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  [Formation | Emploi]
L’emploi au Saguenay-Lac-Saint-Jean
Un royaume de promesses

par Jean-François Coulombe
Photo : Gilles Potvin, © Le Québec en images, CCDMD

Un autobus par semaine. C’est l’image employée par les médias pour illustrer l’exode des jeunes du Saguenay–Lac-Saint-Jean. Partis pour étudier, plusieurs ne reviennent pas au bercail, faute de travail. La situation de l’emploi est-elle à ce point désespérée? Pas tout à fait.

À l’image de la Route 175 qui y mène, perçue par plusieurs comme périlleuse, l’économie du Saguenay–Lac-Saint-Jean souffre d’une mauvaise réputation de chômage élevé.

Après tout, le taux de chômage de la région n’est pas tellement supérieur à celui de la métropole – en juin 2005, il était de 11,3 % comparativement à 10,2 % à Montréal.

Cependant, cette statistique en cache une autre. La diminution du taux de chômage ne s’explique pas tant par l’augmentation des emplois que par la baisse du nombre de chercheurs d’emploi : il y a tout simplement de moins en moins de gens qui vivent et travaillent au Saguenay–Lac-Saint-Jean. De 1991 à 2001, la région a perdu 12 599 jeunes âgés de 10 à 34 ans.

Pour Patrick Girard, directeur général du Regroupement action jeunesse (RAJ), les jeunes ont une perception négative des perspectives d’emploi qui les attendent dans leur région natale. «Il faut intervenir avant que les jeunes ne partent et leur vendre la région comme un lieu possible pour y faire une vie», soutient-il.

Les perspectives d’emploi sont, par exemple, excellentes dans le domaine de la recherche médicale. La région dispose de plusieurs chaires de recherche sur l’asthme, l’acidose lactique et le patrimoine génétique.

Dans l’arrondissement Chicoutimi, le kilomètre carré qui comprend l’hôpital régional, le Cégep de Chicoutimi et l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC) fournit à lui seul 4 000 emplois. L’arrivée de la faculté de médecine à l’UQAC, prévue pour 2006, devrait accentuer le développement de la recherche sur les maladies héréditaires, domaine pour lequel cette région est déjà reconnue.

Dans l’arrondissement Chicoutimi, le kilomètre carré qui comprend l’hôpital régional, le Cégep de Chicoutimi et l’Université du Québec à Chicoutimi fournit à lui seul 4 000 emplois.
Parmi les avantages de vivre au Saguenay–Lac-Saint-Jean, le RAJ cite une étude sur le coût de la vie, réalisée en septembre 2004 par le Centre de recherche sur le développement territorial de l’UQAC. Sur une période de 20 ans, pour une maison familiale de modèle semblable, un citoyen du Saguenay–Lac-Saint-Jean aura, une fois son hypothèque payée, 113 000 $ de plus dans ses poches qu’un résident de Montréal. De plus, il aura passé 4 000 heures de moins dans sa voiture entre la maison et le travail.

Mais encore faut-il trouver un travail.

Créer le mouvement
Afin de freiner le déclin démographique enregistré dans la région depuis plusieurs années, le RAJ, de concert avec plusieurs partenaires, a mis sur pied la stratégie MigrAction, dont la mission est de créer les conditions favorables à l’établissement des jeunes au Saguenay– Lac-Saint-Jean. La stratégie, élaborée en 2001 mais appliquée concrètement en 2004, vise l’insertion socioprofessionnelle des nouveaux diplômés. On fait le pari que si un jeune obtient une première expérience de travail dans la région, il y a de fortes chances qu’il choisisse de s’y établir.

«D’ailleurs, le taux de rétention des diplômés de l’UQAC dans la région est de 80 à 85 %», affirme Jean Wauthier, directeur des affaires publiques à l’UQAC. Ce qui signifie que quatre sortants sur cinq travaillent et vivent dans la région une fois leurs études terminées.

Le Carrefour jeunesse-emploi, en partenariat avec Ressources humaines Canada, offre des subventions salariales aux jeunes diplômés qui obtiennent un premier emploi dans la région. On encourage ainsi les entreprises à faire place à la relève. «Sur les 240 jeunes ayant bénéficié d’une forme de subvention salariale durant la première année d’application de cette stratégie, 90 % vivent encore dans la région», note Patrick Girard, du RAJ.

Le RAJ a réussi à convaincre le gouvernement du Québec de créer un crédit d’impôt, d’une valeur maximale de 8 000 $, alloué aux personnes qui désirent venir travailler et vivre au Saguenay–Lac-Saint-Jean. «Pour l’année financière 2003, première année d’application de ce crédit, 540 personnes se sont partagé une somme totale de 2,6 millions de dollars. De l’argent sonnant directement réinvesti dans l’économie régionale par l’achat de biens et services, souligne Patrick Girard. Et on pense avoir doublé ce montant pour l’année 2004.»

Pourvu que la manne résiste aux budgets des prochaines années.


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