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[À la une]
La vie d'artiste
Une magie nécessaire
par Anick Perreault-Labelle
Les artistes jouent un rôle social essentiel : ils expriment nos passions et nous aident à découvrir qui nous sommes. Et soutenir leur labeur est très rentable!
Au Québec, la culture a représenté en moyenne 4 % du PIB entre 1996 et 2001, rapporte Statistique Canada. Quant aux ménages, ils ont dépensé en moyenne 1 260 $ en loisirs culturels en 2002, indique l’Observatoire de la culture et des communications du Québec. Et, bien sûr, nos musées et festivals de qualité attirent les touristes et leurs dollars, leurs yens ou leurs euros!
Même si le gouvernement soutient parfois des artistes débutants ou obscurs, les contribuables y trouvent donc leur compte. «Auriez-vous vu l’intérêt de commanditer Les échassiers de Baie-Saint-Paul, à la fin des années 1970, une troupe de tout-nus aux cheveux longs qui a pourtant donné naissance au Cirque du Soleil quelques années plus tard?» demandait le président de l’Union des artistes, Pierre Curzi, dans un discours prononcé en 2005 devant la Chambre de commerce du Montréal métropolitain.
Et le gouvernement ne peut pas laisser au marché la délicate tâche de déterminer qui seront nos prochaines grandes vedettes, estime Jean-Guy Lacroix, codirecteur du Groupe de recherche interdisciplinaire sur la communication, l’information et la société de l’Université du Québec à Montréal. «Avec sept millions d’habitants, le Québec est un petit marché. Contrairement aux États-Unis et à leurs 300 millions d’habitants, nous n’avons pas la masse critique pour garantir que la demande justifiera automatiquement un certain niveau de production artistique.»
Ceci dit, nul besoin d’invoquer des arguments économiques pour comprendre l’importance de soutenir publiquement les artistes : il suffit d’imaginer un univers sans télévision, sans concerts, sans radio, sans livres, sans musées et sans festivals. Évidemment, ce serait bien, bien ennuyant. Mais, en plus, nous serions moins capables de comprendre et de formuler les sentiments qui nous animent.
Les danseurs, peintres et autres créateurs, en effet, «expriment les passions et les peurs d’un peuple, dit Bob
White, professeur d’anthropologie à l’Université de Montréal. En parlant du fond de leur cour, ils mettent des mots ou des images sur nos émotions et expriment la vérité sur une situation politique ou sur ce qu’on ressent.» C’est notamment grâce à leurs horaires inhabituels qu’ils arrivent à opérer cette magie, ces derniers leur donnant la liberté de saisir l’inspiration quand elle se présente. «Rien ne dit que LA bonne idée inspirée viendra en semaine, entre 9 h et 5 h», explique le professeur.
Les arts permettent aussi de nous donner un nom et de savoir qui on est. «L’exemple ultime est Félix Leclerc, dit Bob White. En plus de contribuer à notre patrimoine – dans le sens où ses ouvres représentent désormais le Québec –, il a aidé à façonner notre identité.» Pour Bob White, qui est aussi musicien, les arts ne sont donc pas un simple passe-temps mais «un véritable travail social que la société doit financer».
Paresseux les artistes?
Peut-on vivre de son art?
Une magie nécessaire

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