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[Mode de vie]
Lion dans le salon Une phobie non traitée risque d'empirer.Ève Sansfaçon souffre d’émétophobie (la peur de vomir). Elle connaît bien le crescendo associé à l’évolution de la maladie. Enfant, lorsqu’elle voyait sa petite sour bébé régurgiter, elle tremblait, avait froid et se réfugiait dans la chambre, raconte cette jeune élève en infographie et préimpression au cégep. «Si je voyais quelqu’un vomir, j’avais peur d’être malade aussi. À l’adolescence, j’ai commencé à faire des cauchemars. Petit à petit, tout me ramenait à ma peur : une bouteille de Pepto Bismol, une personne sur une civière, des maux d’estomac, une personne ivre, etc.» «Personne n’est inoculé : la maladie peut survenir dans l’enfance ou à l’âge adulte, indique Marie Claude Lamarche. Une de mes clientes s’est rendue dans un rave. Elle a entendu quelqu’un faire un commentaire sur son odeur corporelle. Depuis, elle a peur de sentir mauvais.» La carrière entre parenthèses De l’avis des experts, l’évitement, l’anticipation anxieuse ou la souffrance dans les situations redoutées peut perturber de façon importante les habitudes de l’individu. Les phobies interfèrent avec le travail, l’école, les relations avec autrui, etc. Petit à petit, elles entraînent aussi l’isolement. La phobie sociale a particulièrement de graves répercussions au travail, souligne Marie Claude Lamarche. «Quand tu as l’air paniqué et fragile, tu deviens vite le bouc émissaire de la boîte. Au travail, le social est très important. Éviter les partys de Noël ou les activités de bureau est très mal perçu par les pairs. Un phobique social se confine à des postes qui demandent moins de contacts. Il n’exploite pas son plein potentiel et se coupe des promotions.» Dominique (nom fictif) connaît bien l’enfer que vivent les gens atteints de phobie sociale et de trouble panique avec agoraphobie. C’est pour cela qu’elle a abandonné ses études universitaires en droit. Malgré sa timidité, cette studieuse et brillante élève fonctionnait bien au cégep. «À l’université, c’était plus exigeant, dit-elle. Je ne me sentais plus à la hauteur. J’avais peur d’aller vers les gens, qu’on juge négativement mon travail, qu’on dise que je ne travaillais pas ou pas assez bien.» Comme si ce n’était pas suffisant, elle a eu sa première attaque de panique à la bibliothèque de l’université. Prise de peur à l’idée de ne pas réussir le travail scolaire sur lequel elle planchait, elle s’est sentie défaillir et a quitté les lieux précipitamment. Aujourd’hui, elle combat donc aussi l’agoraphobie. Basta! Jusqu’à présent, Josée Huot ne s’en tire pas trop mal avec sa «phobie du dentiste». Elle a une dentition et un émail impeccables, selon sa dentiste. Par chance, sinon elle n’aurait plus une dent dans la bouche, lui a-t-elle dit, tellement ses visites sont rares. Le malheur, c’est qu’une phobie non traitée risque d’empirer. Au plus fort de son agoraphobie, Dominique ne sortait plus de chez elle. Et sa phobie sociale la faisait trembler à l’idée de prendre un simple rendez-vous chez le médecin. Pour sa part, Ève Sansfaçon refusait de manger et n’osait rien toucher dans la maison lorsqu’un virus rendait quelqu’un malade. Fort heureusement, les thérapies fournissent des outils pour reprendre la maîtrise de ses réactions physiques, de ses pensées et de ses comportements. Dans certains cas, des médicaments sont utilisés pour diminuer l’anxiété. Les experts consultés louent particulièrement ce qu’ils appellent la thérapie «cognitivo-comportementale». En résumé, elle vise à s’exposer graduellement à l’objet ou aux situations redoutées, de manière à apprivoiser l’anxiété et à réévaluer les dangers réels. Après traitement, si de 70 à 80 % des gens s’en sortent, selon les experts consultés, presque tous voient leur condition s’améliorer. Aujourd’hui, Dominique anime des groupes de soutien pour un organisme communautaire qui aide les personnes atteintes de troubles d’anxiété. Elle reconnaît que la route est longue pour mater sa phobie sociale : elle a si peur d’être jugée sur sa performance que si elle retourne au travail, elle choisira un boulot en deçà de ses capacités. «Je pourrais être commis de bureau, dit-elle, car je serais certaine à 100 % d’exécuter des tâches comme envoyer des télécopies ou faire des photocopies.» Toutefois, à la suite d’une thérapie, elle s’est complètement départie de ses attaques de panique avec agoraphobie. Quant à Ève Sansfaçon, elle croit que jusqu’ici, la thérapie lui a permis de faire 60 % du travail. Elle évalue de façon plus réaliste les probabilités de tomber malade et de vomir. Y a de l’espoir, quand même. |
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