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  [Marché du travail]

Bien écrire, c’est payant!
Cet éveil des entreprises, survenu il y a une dizaine d’années, correspond grosso modo avec l’informatisation des communications en milieu de travail, qui a redonné à l’écrit une importance capitale – pensons seulement aux innombrables courriels envoyés tous les jours. Les organisations ont alors constaté à quel point les aptitudes en rédaction avaient un impact majeur sur les profits et l’image de l’entreprise. Car lorsqu’ils sont alignés avec talent, les mots peuvent convaincre, diriger, séduire, instruire, guider.

En fait, quand le niveau de compétence linguistique d’une population croît de 1 %, la productivité d’un pays augmente de 2,5 %, et le PIB gagne 1,5 %, révèle une autre étude de Statistique Canada et de l’OCDE.

Bref, en cette époque où le savoir est tant prisé, où l’ordinateur rend chaque travailleur plus autonome et susceptible de produire une communication, jamais les postes requérant de bonnes aptitudes en communication n’auront été si nombreux.

Cynthia Guay s’en rend bien compte, elle qui traite quotidiennement avec des employeurs à l’agence Adecco Montréal. «Près de 60 % des offres d’emploi exigent des compétences élevées en français. Les employeurs insistent pour que nous testions les postulants sur le plan rédactionnel. Parfois, ils le demandent même pour des postes non spécialisés.»

«Les entreprises sont de plus en plus chatouilleuses à l’égard de la qualité de la langue, car le souci de l’excellence du français est souvent associé à l’excellence de leurs produits», remarque Gérald Paquette, chef des communications et porte-parole de l’OQLF. Un rapport, une publicité ou un manuel bourré de fautes sème le doute quant à la valeur du contenu ou du produit.

Suivant la même logique, les compagnies hésitent à embaucher des gestionnaires qui présentent des faiblesses en communication, car cela peut nuire à leur crédibilité auprès des employés.

Une génération sacrifiée
«L’ennui, c’est que les entreprises ont beaucoup de mal à dénicher des candidats capables de répondre à ces exigences toujours plus élevées en matière linguistique», estime Gérald Paquette. En mots clairs, les attentes des employeurs progressent plus vite que les compétences des travailleurs, qui maîtrisent pourtant mieux le français qu’au cours des dernières décennies.

«Il y a encore beaucoup d’efforts à faire pour améliorer les compétences linguistiques de toute une génération de travailleurs qui a fréquenté un système scolaire où l’on délaissait l’architecture de la langue au profit de la créativité et de la liberté d’expression, poursuit le porte-parole de l’OQLF. Il y a vingt ans, dans les maisons d’enseignement, on ne corrigeait pas les fautes des élèves à l’extérieur des cours de français. On ne tenait compte que des idées émises. Résultat : bon nombre de ces travailleurs ont aujourd’hui un vocabulaire général pauvre et construisent leurs phrases de façon boiteuse.»

Autre problème majeur, peut-être plus insidieux encore : les interférences entre l’anglais et le français. «Les calques de l’anglais, comme retourner un appel [au lieu de rappeler] ou un compte passé dû [au lieu d’un compte échu] se glissent inconsciemment sur le plan de la signification et de la construction, affirme Mme de Villers. Les gens ne réalisent même pas qu’ils empruntent à l’anglais, d’où le danger.»

Cela dit, la situation devrait se redresser, croit Gérald Paquette. «Les entreprises se sont tellement plaintes du manque de compétence des travailleurs en français auprès de l’OQLF que nous avons alarmé les établissements d’enseignement, en particulier les écoles de formation professionnelle et technique, et certains établissements universitaires comme HEC Montréal et l’École Polytechnique. On attend donc les fruits de la nouvelle récolte. Il y a encore beaucoup de corrections à faire dans le milieu de l’emploi, mais je crois que nous nous dirigeons vers une étape de consolidation.»

Pierre Georgeault, du Conseil supérieur de la langue française, souhaite pour sa part que le gouvernement investisse davantage dans la formation linguistique des nouveaux arrivants, en particulier ceux qui sont d’origine non latine. Il aimerait également que des programmes de «francisation qualifiante», c’est-à-dire le vocabulaire technique que doit maîtriser un professionnel pour offrir ses services, soient offerts aux immigrants. Ces recommandations viennent d’ailleurs d’atterrir au bureau de la ministre de la Culture et des Communications, Line Beauchamp.

Par ailleurs, M. Georgeault se montre lui aussi plutôt optimiste. Au cours des consultations qui ont mené à la rédaction de l’avis sur le français comme langue de travail, il a découvert avec bonheur que les jeunes étaient plus préoccupés que jamais par la qualité du français. «Les représentants d’associations étudiantes ont décidé de mettre la formation en français dans leurs priorités. C’est la première fois que je vois ça en trente ans. C’est dire qu’ils ont pris conscience que la maîtrise de la langue est une compétence technique nécessaire sur le marché du travail.»




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