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[Salon]
Robert J. Vallerand et la passion au travail
Passion aigre-douce
par Anick Perreault-Labelle
Photo : Nathalie St-Pierre
Un peu partout dans les bureaux, les usines et les chantiers du Québec, ça maugrée, ça proteste, ça rouspète et ça râle. Et pourtant : les deux tiers des travailleurs québécois sont passionnés par leur travail!
C’est ce qu’affirme Robert J. Vallerand, professeur en psychologie à l’Université du Québec à Montréal et auteur de la première théorie psychologique au monde sur la passion. Le directeur du Laboratoire de recherche sur le comportement social et ses collègues ont également découvert que la passion peut parfois être menaçante! En effet, il y a deux grands types de travailleurs qui adorent leur emploi : les passionnés harmonieux, qui trippent simplement très fort sur ce qu’ils font, et les passionnés obsessifs, qui se laissent carrément avaler par ce boulot. qu’ils aiment. Passion, quand tu nous tiens!
N’est-ce pas surprenant qu’autant de monde soit passionné par son travail?
Pour la plupart des gens, le travail semble au contraire une obligation. Être passionné par son travail, cela ne veut pas dire courir au bureau chaque matin! Cela signifie simplement donner plus que ce qui est demandé. Les passionnés aiment ce qu’ils font et leur emploi déborde donc du cadre habituel du 9 h à 5 h. Ils font des heures supplémentaires s’il le faut, lisent sur le sujet ou fréquentent des gens qui ont un rapport avec leur travail. Et quand ils parlent de leur job, il n’y a plus moyen de les arrêter!
Sur la base de recherches empiriques, vous avez conçu la première théorie psychologique sur la passion. Quelles sont vos principales conclusions?
Les plus importantes sont qu’il y a deux grands types de passionnés, les obsessifs et les harmonieux, et qu’étonnamment, ils sont aussi nombreux les uns que les autres. La grande différence entre eux est que contrairement aux obsessifs, les harmonieux arrivent à s’investir pleinement en dehors de leur travail. Parce qu’ils ont d’autres champs d’intérêt dans la vie, des activités qu’ils ont hâte de faire le soir venu, ils sont capables de décrocher de leur vie professionnelle, ce qui n’est pas le cas des obsessifs. C’est pourquoi, entre autres, les harmonieux sont moins sujets à l’épuisement professionnel et qu’ils s’adaptent mieux à la retraite que les obsessifs.
Les passionnés harmonieux et obsessifs ont-ils des points en commun?
Oui, ils se ressemblent beaucoup! D’abord, il va de soi qu’ils aiment l’activité qui les passionne et qu’elle est importante à leurs yeux. Ensuite, ils lui accordent beaucoup de temps et d’énergie : si on adore faire de la musique mais qu’on en joue seulement quelques heures par semaine, c’est plus un intérêt qu’autre chose. Enfin, leur passion définit leur identité. Moi, par exemple, je suis passionné par mon travail. Eh bien, je ne dis jamais «j’enseigne à l’université» mais toujours «je suis professeur».
Qu’ils soient harmonieux ou obsessifs, les passionnés ne sont-ils pas simplement des bourreaux de travail?
Non. Les workaholics n’aiment pas nécessairement leur job, alors que les passionnés adorent ce qu’ils font. En plus, la théorie du workaholism considère seulement le nombre d’heures travaillées, alors que la façon dont on s’engage au bureau ou à l’usine est tout aussi importante.
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