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[Atmosphère]
Philippe Bélanger, oragniste titulaire, Oratoire St-Joseph
Le seigneur des tubes
par Corinne Fréchette-Lessard photo par Nathalie St-Pierre
À 12 ans, j'ai rencontré mon prédécesseur, Raymond Daveluy, et je lui ai annoncé que j'allais le remplacer! Il y a des jeunes qui veulent être président des États-Unis, moi je souhaitais être organiste à l'Oratoire. Quand j'ai eu le poste, j'étais si excité que j'ai dormi dans l'orgue les deux premiers soirs.
Le stéréotype de l'organiste, c'est un vieux monsieur austère qui n'a pas repassé sa cravate depuis 30 ans. Ça sent les boules à mites! Moi, j'essaie de faire vivre la liturgie. L'orgue est un instrument puissant qui déménage!
La musique donne une saveur aux offices. C'est un peu comme une trame sonore de film. Mon scénario, c'est ce qui se passe à l'autel : j'écoute les psaumes, j'image les propos, j'improvise des accompagnements. Je crée une atmosphère différente le jour de Noël ou pendant la Semaine sainte, par exemple. Je suis le berger musical, le métronome de l'office.
Comme organiste titulaire, je dois avoir des compétences en liturgie, des connaissances théologiques et je dois maîtriser le répertoire musical religieux. Sans être prêtre, j'élabore les cérémonies religieuses avec les Pères de Sainte-Croix.
L'Oratoire n'est pas une paroisse comme une église de quartier. La musique y occupe une place importante et beaucoup de gens viennent pour entendre l'orgue ou les Petits Chanteurs du Mont-Royal. Les attentes sont élevées et je dois chaque fois les satisfaire. Contrairement à un auditoire de concert, les fidèles prient et chantent. Je ne peux pas entrer dans ma bulle et les oublier!
L'Oratoire est un lieu riche spirituellement, un temple qui a une âme. Son atmosphère feutrée commande le respect, et sa dimension zen est contagieuse. Travailler ici, c'est une cure à la réalité agressive de la vie à l'extérieur.
Jouer de l'orgue, c'est très athlétique. J'utilise autant mes mains que mes pieds : c'est un art martial!
Je passe beaucoup de temps à l'intérieur de l'instrument, car l'orgue de l'Oratoire est un mastodonte. Il a la hauteur d'un édifice de huit étages, pèse 42 tonnes et contient 5 811 tuyaux. Chaque tuyau joue une seule note et je dois les accorder un à un.
L'instrument de l'Oratoire est la plus grande réalisation de Rudolf von Beckerath, qui fut à l'orgue ce que Stradivarius était aux violons. C'est un très grand privilège d'en jouer et le jour où je deviendrai insensible à cet honneur, j'arrêterai.
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