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[Carrière]
Tout mettre dans le même panier
Autre péril du succès hâtif : investir toute son énergie dans la réalisation professionnelle. Idéalement, pour atteindre l'équilibre, explique Jacques Limoges, un individu doit réaliser quatre projets distincts : développement personnel, affectif, économique et social. Or, plus la carrière prend de l'importance, plus le travailleur tend à sacrifier ou à retarder les projets personnels et affectifs, pourtant essentiels à sa sérénité. On dit alors qu'il devient «mono-projet».
«Les effets pervers du mono-projet ne sont pas négligeables, insiste Jacques Limoges. Car quand il cesse, c'est le vide sidéral. Cela peut conduire à la dépression, à la toxicomanie, au suicide.» Ironiquement, ne pas s'investir ailleurs que dans son travail nuit aussi. au travail! «Pour progresser, il faut ajouter des cordes à son arc, voyager, avoir de l'intérêt pour d'autres domaines, affirme Jocelyne Bisaillon. Si on n'évolue pas, notre travail n'évoluera pas. D'où le risque, pour ces travailleurs qui ont sans cesse besoin d'être stimulés, de vivre de la démotivation.»
C'est précisément ce qui est arrivé à Claude Charron. L'ex-politicien s'est lassé de la politique à force de faire le tour du jardin. «À 35 ans, je n'avais plus rien à apprendre du métier. La prochaine étape aurait été de succéder à René Lévesque, mais je savais que je n'y parviendrais pas à cause de mon homosexualité. J'ai frappé un mur. Je voulais désespérément sortir de ma cage, mais je doutais de moi, car je n'avais jamais fait autre chose que de la politique. Et c'est à ce moment que j'ai volé un manteau chez Eaton. Inconsciemment, ce crime était ma façon de me libérer.» On connaît la suite : après trois ans d'errance et de réflexion, Claude Charron est revenu à la vie publique en tant que journaliste et animateur, principalement sur les ondes de TVA.
Michèle Fortin (nom fictif), une femme d'affaires prospère de 39 ans qui souhaite garder l'anonymat, a aussi traversé une période intense de démotivation et d'angoisse. Pendant cinq ans, elle s'est investie corps et âme dans l'entreprise familiale qu'elle a reprise. «Mais depuis deux ans, j'ai l'impression d'avoir fait le tour de mon terrain de jeu, raconte-t-elle. Et je ressens un grand vide à l'intérieur. Mes proches m'encouragent à travailler moins et à profiter de la vie, mais j'en suis incapable! Je n'ai jamais développé de talents dans d'autres créneaux que le boulot. Alors j'ai fondé une autre entreprise, je voyage beaucoup, je me défonce dans le sport. Sans pour autant avoir complètement résolu ma crise existentielle.»
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Du plafond au tapis
Petit guide des réussites éclair

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