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[Formation | Emploi]
Jeu électronique
Passer au niveau supérieur
par Jean-François Perreault
La barre est de plus en plus haute pour faire le saut dans le jeu vidéo. Être à l'aise avec les manettes et la souris est loin d'être suffisant : il faut songer aussi aux études supérieures.
Il existe pas moins de 44 programmes de formation au Québec liés de près ou de loin à la production de jeux électroniques. Mais dans ce milieu qui évolue à la vitesse grand V, les écoles ont peine à suivre les besoins des entreprises. «Les écoles forment de très bons outilleurs, mais il est aussi important de développer l'esprit d'analyse et la créativité», soutient Jean-Pierre Faucher, organisateur du Sommet du jeu de Montréal. «Des juniors, l'industrie en compte suffisamment. Il faut former la main-d'ouvre davantage à l'université, et même au deuxième cycle.»
Pas assez éduquée, la main-d'ouvre? Dans sa récente étude, L'industrie du jeu électronique au Québec : enjeux de formation et développement économique, TechnoCompétences fait état «des écarts quantitatifs importants entre les bassins de main-d'ouvre qualifiée de l'industrie et l'offre disponible sur le marché québécois». Dans le cas des profils artistiques, l'organisme déplore que «le niveau trop faible ou trop étroit des formations de base limite la capacité des candidats à tirer tout le parti artistique de l'innovation technologique». Par conséquent, les candidats qui ont un profil universitaire auraient de plus en plus la cote.
L'école spécialisée serait-elle déconnectée de l'industrie ou est-ce l'industrie qui est trop exigeante? En fait, plus une entreprise est petite, plus les postes offerts nécessitent une grande polyvalence de la part des employés. Inversement, plus elle est grande, plus les tâches sont spécifiques. Il est donc difficile pour une école de s'ajuster aux besoins effervescents de l'industrie, font remarquer les établissements d'enseignement. Isabelle Marazzani, directrice du marketing et des communications au Centre NAD, ne parle pas de difficultés, mais plutôt «de défis, qui vont bien au-delà de la quincaillerie» et qui passent par la sélection des professeurs issus de différentes entreprises et l'ajustement constant des programmes. Cette école offre maintenant des stages rémunérés en entreprise. «Notre programme, c'est un work in progress», dit-elle. Michel Murray, directeur de l'école ICARI, fait quant à lui remarquer que les entreprises peuvent être très exigeantes envers les diplômés. «Avec les délais de production qui sont toujours courts, la structure des équipes n'est pas vraiment faite pour accueillir des apprentis.»
Martin Rhéaume, directeur de studio chez Beenox à Québec (acquise par Activision en mai dernier), a dû mettre sur pied un système de compagnonnage pour compléter la formation des nouveaux employés. Toutefois, il ne reproche pas aux établissements d'enseignement de ne pas être assez spécialisés. «Ce n'est pas leur rôle», croit-il.
Ubisoft gère maintenant son propre campus à Montréal en partenariat avec le Cégep de Matane, l'Université de Sherbrooke et le ministère de l'Éducation, du Loisir et du Sport du Québec, qui investira dans le projet jusqu'à 5,3 millions de dollars au cours des cinq prochaines années. Plusieurs programmes sont déjà offerts, dont l'apprentissage du métier de concepteur de niveaux de jeu, un profil prometteur. Toutefois, cette décision gouvernementale a stupéfié bon nombre d'entreprises et d'établissements, qui saisissent mal pourquoi le gouvernement a privilégié une seule entreprise plutôt que de favoriser l'ensemble de l'industrie. Claude Reeves, vice-président Ressources humaines chez Ubisoft, affirme que les diplômés seront libres d'aller travailler chez les concurrents. Mais ailleurs, on en doute. «Soyons réalistes, les meilleurs iront directement chez Ubisoft. Les autres diplômés disponibles, ce seront ceux qui ne se seront pas qualifiés. Pourquoi on les engagerait?» questionne Martin Rhéaume, chez Beenox.
«Les jeunes croient à tort que s'ils jouent beaucoup, ils en savent assez pour travailler dans l'industrie. Ceux qui tentent de décrocher un diplôme en informatique, en art ou en gestion des affaires nous intéressent beaucoup plus.»
- Jason Della Rocca, International Game Developers Association
Sans faute
Il faut comprendre que la différence entre un bon jeu et un jeu exceptionnel se traduit souvent par d'énormes écarts dans la vente du produit. Pour cette raison, les entreprises recherchent l'excellence sur tous les plans chez leurs employés : aptitudes personnelles, formation, expérience, passion pour les jeux électroniques. Elles sont devenues très sélectives dans leur recrutement.
Au chapitre des profils artistiques, les formations spécialisées offertes notamment par le Centre NAD, ICARI et Collège Inter-Dec, de même que les différentes formations collégiales en animation et imagerie numérique proposées par des établissements publics sont valables pour apprendre à maîtriser les principaux logiciels utilisés par l'industrie, croit Jean-Pierre Faucher, directeur du développement et des partenariats à l'Alliance numériQC et organisateur du Sommet du jeu de Montréal.
Des programmes de formation continue - visant l'apprentissage de certaines méthodes ou de logiciels précis - existent également. Par ailleurs, de nombreuses entreprises favorisent aussi l'autoformation en remboursant les achats de livres de leurs employés.
Dans les écoles spécialisées comme dans l'industrie, on valorise de plus en plus les individus qui ont de l'imagination, un bon coup de crayon, mais aussi un parcours de vie varié. D'ailleurs, Jason della Rocca, directeur exécutif de l'International Game Developers Association, met en garde ceux qui souhaitent quitter l'école le plus tôt possible pour aller cogner à la porte des studios de jeux vidéo. «Les jeunes croient à tort que s'ils jouent beaucoup, ils en savent assez pour travailler dans l'industrie. C'était peut-être valable il y a quelques années, mais ce n'est plus vrai. Ceux qui tentent de décrocher un diplôme en informatique, en art ou en gestion des affaires nous intéressent beaucoup plus.» Son conseil? Poursuivre ses études en fonction de ses forces et de ses champs d'intérêt, puis si la passion du jeu demeure, trouver le créneau de l'industrie qui nous branche le plus : les professions techniques, les professions artistiques, la gestion des affaires ou celle du personnel. Aucun parcours n'est universel.
Mais il n'y a pas que les études qui comptent pour se frayer un chemin. Au-delà de la formation, un portfolio étoffé est primordial pour accéder à plusieurs postes artistiques. Enfin, les recruteurs s'intéressent aussi à la personnalité des candidats. Puisque le travail en studio s'effectue surtout en équipe, ils préfèrent les individus capables de s'intégrer à un groupe plutôt que les solitaires. Mais par-dessus tout, il faut aimer jouer!
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