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[Marché du travail]
Une société sans classes sociales
Les ouvrages critiques et les débats ACTUELS portent peut-être le germe d'une nouvelle utopie : le bonheur au travail, pour tous.L'«homme nouveau» rêvé par les marxistes, un bourreau de travail, devait faire passer l'intérêt de la collectivité avant ses besoins personnels. Il a trouvé son paroxysme à l'époque stalinienne avec une organisation du travail fondée sur l'émulation hystérique des ouvriers, le stakhanovisme - expression inspirée du cas d'Alekseï Grigorievitch Stakhanov, un mineur soviétique très motivé qui aurait réussi à extraire seul 105 tonnes de charbon en une nuit du mois d'août 1935. À l'époque, la norme était de sept tonnes par mineur... En réalité, le communisme tel que théorisé par Marx et compagnie n'a jamais existé. Les pays communistes étaient des États socialistes totalitaires qui contrôlaient tous les aspects de l'existence des travailleurs, parfois jusqu'à l'esclavage (le goulag en URSS, par exemple), ce qui a provoqué un bain de sang d'une amplitude inégalée, en URSS, en Europe de l'Est, en Chine... «Le monde du travail était organisé comme dans les sociétés capitalistes, avec encore plus de contrôle social», souligne Mona-Josée Gagnon. Feu la division du travail Dérivé du communisme, le maoïsme (de Mao Tsé-toung, chef historique du Parti communiste chinois, 1893-1976) est encore plus excessif. En postulant qu'il existe, dans une société, des tâches non gratifiantes que personne n'a envie de faire, les maos ont conceptualisé le partage collectif des plates besognes par toute la population, le travail agricole ou en usine, par exemple. «Donc, il ne devait plus y avoir de division du travail. Les gens ne seraient plus seulement médecins ou sociologues, mais des travailleurs qui feraient un peu de tout, explique Mona-Josée Gagnon. C'est ce qui a été essayé en Chine lorsqu'on envoyait les intellectuels travailler dans les champs», notamment pendant la Révolution culturelle, qui a battu son plein entre 1965 et 1968. Au Cambodge, les Khmers rouges, commandés par le dictateur Pol Pot, ont littéralement vidé les villes en 1975-1978 et transformé les campagnes en vastes camps de travail forcé pour intellos. Leur mépris de la bourgeoisie s'est transformé en délire génocidaire, deux millions de Cambodgiens y ont laissé leur peau durant cette période. Une société sans autorité L'anarchisme, version soft du communisme, repose sur la conviction que les travailleurs peuvent vivre en harmonie sans aucune forme de pouvoir ni de lois. Contrairement à une idée reçue, l'anarchie n'est pas synonyme de chaos social. L'utopie valorise plutôt un nouveau sens de la liberté individuelle et sociale au moyen de coopératives, de mutuelles et du syndicalisme révolutionnaire, l'ordre et la justice reposant sur des contrats librement consentis entre individus. D'ailleurs, le principal théoricien de l'anarchisme, le Français Pierre Joseph Proudhon (1809-1865), n'a jamais privilégié la violence comme mode d'établissement de l'anarchisme. Les anars ont été particulièrement actifs pendant la guerre civile espagnole (1936-1939) : profitant de la confusion générale, ils ont expérimenté de petites sociétés communautaires... avant de se faire fusiller par les fascistes du général Franco! À l'inverse du communisme et du maoïsme, l'anarchisme est toujours en évolution. Il reprend du poil de la bête au sein du mouvement altermondialiste qui porte le slogan «Un autre monde est possible». Et demain? En 2005, dans le monde, aucun projet de réforme radicale ne menace le capitalisme et le salariat. Il n'est question que de s'adapter au Marché. «Ce qui est dramatique aujourd'hui, c'est la précarité : toute une génération [les successeurs des baby-boomers] tente d'entrer sur le marché du travail et doit se contenter de contrats et d'emplois précaires. Les inégalités s'accroissent», s'alarme Mona-Josée Gagnon. Y a-t-il encore place pour l'utopie? «Pour contrer la dégradation du marché du travail, il faudrait formuler des utopies quant à un retour à la situation d'il y a 30 ans», à l'époque de l'emploi-à-temps-plein-pour-la-vie, répond la sociologue. Renverser la tendance à la précarité, une utopie pragmatique? «Tout à fait. Il faut adapter les utopies à notre réalité.» De tout temps, le travail a été au cour de la survie de l'Homme. Puisque personne n'y échappe, on rêve maintenant de s'y épanouir. À ce propos, les ouvrages critiques et les débats ne manquent pas actuellement. Ils portent peut-être le germe d'une nouvelle utopie : le bonheur au travail, pour tous. |
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