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[Marché du travail]
Japon
Kimono et bottes de cuir
par Alexandre Robillard
L'image de la Japonaise soumise est en train de changer. Certaines revendiquent même le droit de rester célibataires au-delà de 25 ans afin de poursuivre leur carrière. Mais ce soleil naissant semble encore loin de son zénith.
Jusqu'aux années 1980, dans les entreprises japonaises, la retraite sonnait souvent à l'âge de 25 ans pour les femmes. «Il était normal qu'un patron dise à son employée qu'elle devait quitter l'entreprise pour aller se marier», explique Ruriko Suzuki, une Japonaise de 33 ans mariée depuis 5 ans à un Québécois avec qui elle vit à Tokyo.
Le dicton japonais selon lequel «une femme célibataire après l'âge de 25 ans, c'est comme un gâteau de Noël le lendemain de Noël» était alors la norme. «Le célibat, c'était vraiment une catastrophe au Japon, explique l'anthropologue Bernard Bernier, professeur à l'Université de Montréal et spécialiste de l'économie japonaise. Il y avait des célibataires, mais c'était des exceptions. Elles étaient vues comme des faux hommes ou des fausses femmes. C'était une anomalie.»
Mais depuis quelques années, les Japonaises n'hésitent plus à franchir le cap des 25 ans avant de prendre époux : chez les femmes, l'âge moyen du mariage atteint désormais 27 ans. Les statistiques de l'État japonais indiquent aussi qu'au cours de la dernière décennie, la proportion de femmes de 25 à 29 ans ne s'étant jamais mariées est passée de 40 à 54 %. Tandis que celle des 30-34 ans qui n'ont jamais dit «oui, je le veux» a augmenté à 27 %, soit deux fois plus qu'il y a une dizaine d'années, rapportait récemment l'Associated Press.
En 2004, un livre dédramatisant le célibat chez les femmes de plus de 30 ans s'est hissé parmi les best-sellers japonais, illustrant ce début d'émancipation féminine. Makeinu no Toboe (en anglais, Howl of the Loser Dogs - traduction libre : Le hurlement des perdantes), un essai humoristique écrit par la célibataire Junko Sakai, est devenu pour plusieurs le symbole d'une nouvelle catégorie de Japonaises qui préfèrent rester seules et se consacrer à leur carrière.
«Les Japonaises commencent à prendre conscience que leur liberté n'a rien à voir avec la vie de leur petit ami ou de leur mari», affirme Satomi Yoshida, une célibataire japonaise de 30 ans, responsable des achats dans une entreprise de produits médicaux. «Elles viennent probablement de réaliser qu'elles dépendaient des hommes psychologiquement.»
Femmes à la rescousse
Longtemps, la plupart des Japonaises cessaient de travailler au moment où elles se mariaient ou lorsqu'elles avaient leur premier enfant. Il arrivait ensuite qu'elles retournent travailler vers l'âge de 40 ans. Durant les années 1980, le faible taux de natalité du Japon a cependant commencé à causer une pénurie de main-d'ouvre masculine. L'âge de la retraite des travailleurs a été repoussé et l'embauche des femmes est apparue comme une solution.
En 1986, le gouvernement japonais a d'ailleurs adopté une loi garantissant l'égalité des chances en emploi, notamment pour l'embauche et les promotions. Depuis, la place des femmes augmente constamment sur le marché du travail, une tendance qui se reflète dans l'opinion publique. Un récent sondage publié par le gouvernement montre que, pour la première fois, «le nombre de personnes qui considèrent que la place des femmes est à la maison est en chute libre», rapportait le Japan Times en février dernier.
Cependant, le marché du travail demeure dominé par les hommes. Et les femmes travaillent majoritairement à temps partiel, dans des postes subalternes. «Dans les grandes entreprises, les promotions vont à ceux qui sont en mesure de travailler 70 heures par semaine et, à cause des tâches familiales, les femmes n'ont pas cette disponibilité», affirme Bernard Bernier.
Les femmes continuent à souffrir de discrimination, constate de son côté Mitsuko Horiuchi, conseillère spéciale sur l'égalité en emploi et directrice générale du bureau japonais de l'Organisation internationale du travail (OIT - un organisme qui fait partie de l'ONU). «La société accepte davantage que les femmes donnent la priorité au travail, dit-elle. Mais le défi consiste à nommer des femmes dans les postes de gestion.» Elle note cependant une évolution. Des 47 postes de gouverneurs au Japon, 4 sont occupés par des femmes qui ont été élues. De plus, la direction d'un grand magasin japonais a récemment annoncé la nomination d'une femme au poste de présidente et chef de la direction.
N'empêche, Ruriko Suzuki compare la situation actuelle des femmes de l'archipel asiatique à celle des Québécoises il y a 30 ou 40 ans. Actuellement en quête d'un emploi, elle tombe d'ailleurs parfois sur des offres où il est spécifié qu'on recherche des candidats masculins! «Au travail, les femmes sont encore méprisées et ce sont les hommes qui ont l'autorité», dit-elle.
Recherche d'équilibre
Outre la question de l'égalité des chances, la conciliation travail-famille est un sujet d'actualité au Japon. Récemment, le gouvernement a mis de l'avant des mesures pour lutter contre la dénatalité. Une déréglementation a notamment fait augmenter le nombre de places dans les garderies. Mais les 20 000 établissements offrant des services de garde sont parfois mal situés et leurs heures d'ouverture ne sont pas très pratiques, explique Mitsuko Horiuchi, de l'OIT.
De plus, dans un pays où les travailleurs prennent en moyenne huit jours de vacances par année - et la plupart utilisant moins de 50 % de leurs congés payés -, l'État a aussi mis de l'avant l'objectif que 80 % des femmes prennent un congé de maternité lorsqu'elles ont un enfant. En 2002, elles étaient 64 % à le faire, indiquent des chiffres du Japan Institute for Labour Policy and Training.
Par ailleurs, dans les foyers japonais, les femmes continuent de s'acquitter de l'essentiel des tâches ménagères. Pas étonnant, alors, que certaines femmes préfèrent se consacrer à leur travail et reportent le mariage à plus tard, affirme Machiko Osawa, professeure d'économie à la Japan Women's University.
«La pression est forte sur les femmes pour qu'elles soient à la fois des mères, des épouses et des employées parfaites», dit-elle, citant plusieurs sondages démontrant que dans ce contexte, les femmes sont nombreuses à considérer que le mariage ne leur apportera rien.
Mais dans un pays où, selon les experts, la population de 127 millions d'habitants pourrait passer sous la barre des 100 millions d'ici à 2050, le rôle des femmes dans la société pourrait devenir très rapidement un enjeu considérable. Le soleil se lèvera-t-il aussi pour elles?
GRANDE-BRETAGNE
Maudite machine
La machine prendra-t-elle un jour le pas sur l'homme? Des employés britanniques «marqués électroniquement» commencent à le penser. Dans certains entrepôts d'alimentation, les manutentionnaires doivent porter de petits ordinateurs afin d'accroître leur rendement. Fixés au bras, au poignet ou dans un gilet spécial, ils indiquent aux livreurs où repérer les aliments dans l'entrepôt et calculent le temps que prennent ces employés pour accomplir leurs tâches. Et ils peuvent vérifier que les travailleurs ne s'octroient pas de pauses imprévues! Des universitaires britanniques ont soulevé les problèmes éthiques que cette technologie suppose, tandis que les syndicats déplorent qu'elle fasse de l'employé un esclave et lui enlève toute initiative. Malgré tout, les entreprises qui l'ont adoptée - les distributeurs britanniques Tesco et Sainsbury's, notamment - jurent qu'elle accroît le rendement dans la livraison des denrées alimentaires, réduit le gaspillage et limite les vols. Alléluia.
(Source : Le courrier international, 30 juin 2005.)
ARABIE SAOUDITE
Bye-bye! expatriés!
Les Saoudiens mettent progressivement au chômage les étrangers résidant dans leur pays. Alors qu'un habitant sur trois est un expatrié attiré par la manne des pétrodollars (principalement des Indiens, des Asiatiques et des Pakistanais qui occupent des emplois non spécialisés), le pays est quant à lui grugé par le chômage. Le gouvernement entend donc remplacer les sept millions d'étrangers par de la main-d'ouvre pure laine : depuis le début des années 2000, il a notamment adopté des décrets forçant les entreprises à employer au moins 35 % de nationaux. Mais le hic, c'est le manque de formation des Saoudiens, rapporte le quotidien français Libération. Même si une vingtaine (!) d'universités ont poussé dans ce pays depuis 20 ans, les diplômes délivrés dans des disciplines autres que la médecine ou la pétrochimie ne valent rien. La formation professionnelle et technique ne serait pas davantage au point.
(Source : Libération, 6 juin 2005.)

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