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  [Salon]
Michelle Courchesne, ministre de l'emploi et de la solidarité sociale
En chantier, Madame

par Éric Grenier

Quelle évaluation faites-vous de l'état du marché de l'emploi au Québec depuis le début de l'année?
Le recrutement de personnel qualifié se révèle difficile dans certaines régions et certains secteurs économiques. Je n'aime pas dire que nous sommes en pénurie de main-d'ouvre, je préfère parler de besoins de main-d'ouvre. On sent qu'il y a dans le marché du travail un mouvement lié aux enjeux démographiques d'une population qui vieillit et d'une population active qui a une forte tendance à diminuer. Cette situation nous demande collectivement d'être plus efficaces et de mieux cibler nos actions pour combler ces besoins de main-d'ouvre.

Pourtant, des milliers de Québécois ont perdu leur emploi depuis le début de l'année. En mai, il y avait 26 000 emplois de moins qu'en décembre dernier. Comment réagissez-vous face à cette situation?
Nous regardons ces indicateurs avec beaucoup de sérieux, mais selon nous, le marché de l'emploi au Québec est encore loin de se trouver dans une situation critique. Ce qui nous préoccupe le plus, c'est la stagnation du taux d'emploi, soit le pourcentage des gens aptes à travailler qui occupent un emploi. Il nous faut comprendre pourquoi ce taux stagne, et savoir si c'est lié au vieillissement de la population. Nous sommes par ailleurs très conscients des réelles difficultés vécues par les travailleurs de certains secteurs, comme le textile et la forêt, où les pertes d'emplois sont nombreuses. Nous déployons des moyens pour réorienter ces personnes.

Ne devrait-on pas agir avant que les mises à pied ne surviennent? Pourquoi votre gouvernement a-t-il réagi des mois après les fermetures d'usines à Huntingdon alors qu'on savait depuis dix ans que le secteur du textile serait libéralisé?
Ce n'est pas seulement au gouvernement de réagir. Il faut aussi une mobilisation du milieu. Nous ne pouvons forcer personne à se préparer à de telles échéances. Les gens doivent prendre en main l'avenir de leur communauté et de leur industrie. Ce que démontre ce genre de situation, c'est que plus une région se mobilise et que les intervenants socio-économiques se mettent en mode prévention-solution, plus les succès en matière de création d'emplois sont indéniables. La responsabilité du gouvernement dans ce genre de situation en est une de soutien à ces communautés et à ces industries, comme avec nos programmes FIER [Fonds d'intervention économique régional, où plusieurs millions de dollars par région sont disponibles pour les municipalités, les entreprises et les individus qui ont des projets de développement économique].

Votre gouvernement a répété que le régime péquiste étouffait l'économie. Depuis l'élection de votre gouvernement il y a deux ans, la création d'emplois n'a pas été suffisante pour soutenir la croissance démographique de la province. Pendant ce temps, dans l'ensemble du Canada, il s'est créé de trois à quatre fois plus d'emplois qu'ici. Même le Nouveau-Brunswick fait mieux que le Québec. Êtes-vous toujours sûre d'avoir la bonne recette?
Nous avons connu une période exceptionnellement faste pour l'emploi jusqu'à il y a quelques mois. Dans votre analyse, il serait toutefois intéressant de se demander si les emplois fortement subventionnés par le précédent gouvernement n'ont pas disparu une fois les subventions encaissées. Autrement dit, voir si la création d'emplois a été artificiellement élevée dans les années passées à cause de l'interventionnisme de l'État. Le seul gage de succès pour l'emploi est la mobilisation de toutes les ressources d'une région - politiques, sociales, communautaires, entrepreneuriales et syndicales. Cela doit se faire région par région, selon la manière de chacune. Nous n'appliquerons plus de formule consacrée d'avance, «mur à mur» à travers le Québec.




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