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Comment ça marche?
La créativité

par Marie-Hélène Proulx

C'est bien connu, les idées géniales se manifestent de manière inopinée. Au grand dam des neuropsychologues d'ailleurs, qui voudraient bien en comprendre les mécanismes cérébraux.

C'est en sortant du bain, alors qu'il tentait de déterminer si la couronne du roi Hiéron était entièrement faite d'or, qu'Archimède découvrit la notion de masse volumique. Quel formidable dispositif s'est déclenché dans son cerveau au moment de crier «Eurêka!», qui signifie «J'ai trouvé!», en grec?

À vrai dire, on ne sait à peu près rien des mécanismes cérébraux qui se cachent derrière les éclairs de génie. «L'innovation est une propriété complexe du cerveau», explique François Richer, directeur du Centre de neuroscience de la cognition et professeur en psychologie à l'Université du Québec à Montréal. «Pour comprendre un peu mieux le processus créatif, il faudra trouver la réponse à la question suivante : pourquoi pense-t-on à une chose en particulier à un instant donné? Des chercheurs croient que la pensée résulte d'une compétition entre nos réseaux de neurones qui, eux, représentent des informations dans l'inconscient. Les gagnants de cette lutte, c'est-à-dire les réseaux qui réussissent à émerger dans la conscience, se distinguent par leur utilité. Par exemple, ils procurent de la fierté personnelle ou ils nous permettent d'accéder à des ressources matérielles. On peut donc dire que les idées sont guidées par les motivations et les émotions, mais aussi par des connaissances et la capacité à raisonner.»

«L'innovation a besoin d'un terreau fertile, parfois suscité par un inconfort chronique. Il y a beaucoup d'anecdotes sur l'imagination des éternels insatisfaits, des idéalistes, des enfants de ghettos et des victimes d'oppression.»
- François Richer, neuropsychologue
Tout ce branle-bas de combat se déroulerait surtout dans les lobes frontaux du cerveau. Les grands innovateurs ont-ils des cellules mieux tricotées dans les lobes frontaux? «On l'ignore, poursuit François Richer. Chose certaine, l'innovation comporte un débit de la pensée plus élevé et une moins grande sélectivité des idées. Des personnes dans des états maniaques peuvent avoir plus d'idées en une journée que la moyenne des gens en une année. L'innovation a besoin d'un terreau fertile, parfois suscité par un inconfort chronique. Il y a beaucoup d'anecdotes sur l'imagination des éternels insatisfaits, des idéalistes, des enfants de ghettos et des victimes d'oppression.»

La créativité n'est pas nécessairement une affaire d'intelligence, mais cette dernière se révèle fort précieuse au moment d'élaborer des intuitions et de faire des liens de cause à effet, note encore le neuropsychologue. Moins utiles, cependant, sont le stress et la fatigue, qui ont des effets négatifs sur la capacité d'innovation. Les personnes anxieuses ont souvent de l'imagination, mais elles la canalisent dans des préoccupations limitées et peu productives. Quant à l'insécurité, elle peut rendre les gens plus rigides dans leur façon d'aborder les problèmes.

La créativité a-t-elle un âge? Oui et non. Selon François Richer, «les jeunes sont souvent plus innovateurs que les vieux grâce à des niveaux d'hormones élevés, une plus grande excitabilité, une plus grande naïveté générale et des envies d'expérimenter non retenues par la peur, les échecs et les désillusions».

Cependant, remarque Sylvie Labelle, spécialiste en leadership créatif, il faut parfois bien des années pour absorber la matière nécessaire à l'avènement du fameux eurêka! Aussi, Benjamin Franklin a-t-il inventé la lentille bifocale à 78 ans, tandis que Giuseppe Verdi a écrit l'opéra Falstaff à 80 ans.

Se basant sur des études longitudinales, le psychologue René Bernèche note, quant à lui, un creux dans le développement du potentiel créatif à l'adolescence. «En cherchant à s'identifier à un groupe à tout prix, les jeunes perdent parfois leur capacité à se distinguer. Ils prennent moins de risques, de peur d'être rejetés par leurs pairs. Mais ce potentiel rejaillit au cégep, alors qu'ils sont appelés à faire des choix personnels. Ainsi, certaines périodes de la vie sollicitent-elles davantage le potentiel créatif d'un individu.»




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