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Et le pot!
Bref, le Québec n'est pas en mal de bonnes idées. Mais notre bulletin affiche çà et là de mauvaises notes qui traduisent de sérieuses lacunes.

L'une d'elles concerne la difficulté de mettre en valeur l'imagination des chercheurs québécois. «C'est le maillon faible de la chaîne, soutient le ministre du Développement économique régional et de la Recherche, Claude Béchard. Les universitaires ont plein d'idées, mais elles se matérialisent trop rarement en réalisations commerciales. Pour une raison bien simple : les chercheurs ne sont pas des administrateurs, et vice versa.»

Le Québec accuse un certain retard en matière de développement de nouveaux produits et le gouvernement veut désormais favoriser un meilleur arrimage entre les universités et les entreprises.

Or, selon Hélène Tremblay, présidente du Conseil de la science et de la technologie, l'innovation est d'abord la responsabilité des individus. «Elle doit venir des citoyens. La clé pour promouvoir collectivement la créativité, c'est la formation. Il est impossible de penser que le personnel a, a priori, les compétences pour innover. Ce qui m'inquiète, c'est qu'au lieu d'augmenter, le taux de persévérance des jeunes au secondaire diminue. Le taux de diplomation est à 67 % au secondaire chez les moins de 20 ans, alors qu'on vise 85 %.»

Le système d'éducation québécois gagnerait en effet à promouvoir la créativité. Selon René Bernèche, les programmes pédagogiques ne mettent pas assez l'accent sur le potentiel créateur. «Nos objectifs de formation doivent laisser plus d'initiatives aux élèves. Il faut leur apprendre à penser par eux-mêmes, plutôt que d'attendre des solutions toutes faites.»

C'est aussi ce que soutient Marc Thouin, professeur de didactique des sciences à l'Université de Montréal, qui a développé une méthode incitant les enfants du primaire à faire preuve de créativité pour résoudre des problèmes. «Des études démontrent que les exercices pédagogiques qui freinent l'initiative des élèves sont moins efficaces. Apprendre par coeur ne donne rien, ils oublieront aussi vite.»

Les méthodes de diffusion de la matière préoccupent le Conseil supérieur de l'éducation, qui prépare un rapport sur les pratiques innovantes des enseignants. «La réforme en cours dans nos écoles primaires et secondaires vise précisément à mettre fin au bourrage de crâne», signale Jean-Pierre Proulx, président.

Un avenir créatif
Autre sphère où la créativité semble faire défaut : la politique. L'historien des sciences Jacques Ruelland est catégorique : «On n'a pas de politiciens d'envergure qui proposent un grand projet social avec une vision à long terme. Il est temps que nous trouvions une façon de nous organiser autrement et de parer à l'augmentation des coûts liée au vieillissement de la population. Malheureusement, les leaders politiques ont une gestion à courte vue qui nous bouche l'horizon.»

«J'ai confiance que d'ici à une génération ou deux, on utilisera notre créativité pour nous redéfinir. Pour le moment, on stagne. On est dans une période de transition, de flottement.»
- Jacques ruelland, historien des sciences
À son avis, les Québécois ont besoin de leur Hubert Marcuse, philosophe et maître à penser américain, et de leur Marshall McLuhan, sociologue révolutionnaire du Canada anglais. «J'ai confiance que d'ici à une génération ou deux, on utilisera notre créativité pour nous redéfinir. Pour le moment, on stagne. On est dans une période de transition, de flottement.»

Gérard Bouchard estime aussi que nos élites politiques n'arrivent pas à trouver le discours pour traduire nos aspirations. «On traverse une phase très singulière de notre histoire : on est en train de redéfinir nos mythes, ceux qui avaient porté le Québec contemporain de la Révolution tranquille jusqu'aux années 1990, comme la société laïque, l'américanité, la Québécitude, la réussite en affaires, des mythes qui sont arrivés en bout de course.»

Jean David, ancien pilier du Cirque du Soleil et auteur de l'essai Quel Cirque!, dans lequel il réfléchit notamment à la politique, aux médias et à l'éducation, propose une solution originale pour donner au Québec un nouveau souffle. «Notre société n'a pas de plan de match. Et il ne faut pas compter sur nos gouvernements contrôlés par les lobbys pour se redonner une vision. C'est pourquoi je propose de faire un brainstorming national, où chaque citoyen sera appelé à exprimer, par écrit, ses inquiétudes, ses valeurs et ses souhaits pour l'avenir. Ensuite, on compilera les réponses et nous les présenterons sur la place publique. Notre collectivité doit reprendre la parole.»

Quels résultats ce grand remue-méninges pourrait-il donner? Personne n'en a la moindre idée!




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