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Des neurones bien branchés?
Les Québécois ont pourtant une vieille relation avec l'innovation.

Au XIXe siècle, déjà, les notables louaient notre ingéniosité. «On a dit depuis longtemps que le besoin est l'inventeur des arts, et rien ne prouve mieux cette vérité que la vie du défricheur canadien», écrivait Antoine Gérin-Lajoie en 1862.

Il y a peut-être un brin de chauvinisme dans cette réputation, nuance l'historien Jean-Pierre Trudel, qui consacre son doctorat aux inventeurs canadiens-français du XIXe siècle. «Ces aptitudes n'étaient pas propres à nous. Les élites intellectuelles qui s'extasiaient devant notre savoir-faire étaient peut-être impressionnables, parce que trop éloignées de la réalité paysanne.»

Pour l'heure, rien n'indique que nous soyons plus inventifs que nos voisins : en 2003, le cinquième des brevets canadiens était attribué à des entreprises, institutions et individus québécois. C'est l'équivalent de notre poids économique au Canada. Pas de quoi se vanter de quoi que ce soit.

Le Québec n'est pas en mal de bonnes idées. Mais notre bulletin affiche çà et là de mauvaises notes.
Pour Jacques Ruelland, historien des sciences et professeur à l'Université de Montréal, la débrouillardise, signe ostensible de la créativité, demeure la principale qualité intellectuelle des Québécois. «Se prendre en main fait partie de notre conscience collective. Et ce faisant, on devient innovateur. Les Québécois croient profondément à la science et à la technologie. Ils sont passés de Dieu à la science.»

«Les Québécois ont parfois tendance à se péter les bretelles un peu trop facilement, remarque pour sa part Gérard Bouchard, professeur d'histoire et de sociologie à l'Université du Québec à Chicoutimi. Toutefois, la province se débrouille assez bien. En génétique par exemple, nos chercheurs ont su créer une expertise indispensable à d'autres pays, et ont pu intégrer les réseaux de recherche internationaux.»

Les fleurs...
Si la Révolution tranquille, formidable période d'ébullition cognitive, a donné naissance à de grandes entreprises, stimulé la recherche scientifique et permis l'essor de l'industrie culturelle, elle a aussi favorisé des innovations sociales qui font désormais partie des meubles : la Caisse de dépôt et placement, la nationalisation de l'électricité, les cégeps, la Loi sur le financement des partis politiques, la Loi 101...

«Les Québécois ne sont ni plus ni moins innovants socialement que les autres, affirme Yvan Comeau, professeur à l'École de service social de l'Université Laval et directeur adjoint du Centre de recherche sur les innovations sociales. Chacun innove à sa façon, dans ses propres créneaux, et nous nous en inspirons. Le concept des cuisines collectives, par exemple, a été importé du Pérou. Tout comme nous exportons le concept des centres de la petite enfance. Tout n'est pas parfait : en ce qui a trait à la santé, aux formules d'hébergement pour les personnes âgées et aux transports en milieu urbain, il y aurait moyen d'être plus créatif.»

Autres domaines de prédilection de notre créativité : les technologies de pointe, l'environnement, les biotechnologies et les nanotechnologies appliquées à l'avancement de la médecine. Parce que ce sont des domaines liés à l'affectif, selon l'historien des sciences Jacques Ruelland. «Tout ce qui concerne la vie et la lutte à la maladie touche très fort les Québécois. C'est un peuple émotif qui pense d'abord avec son coeur.»

Pour ce qui touche à la collaboration interuniversitaire, le Québec fait aussi figure de pionnier, remarque Gérard Bouchard. Aujourd'hui, les chercheurs unissent leurs forces et développent des leaderships qu'ils n'auraient pu acquérir s'ils avaient été isolés. On est peut-être conscient qu'il s'agit là de la seule façon, pour une petite nation aux moyens limités, de faire face à la concurrence des plus grands en matière de créativité.»




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