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Les 50 ans et plus
Les savants

par Marie-Hélène Proulx

Oubliez le farniente 12 mois par année, les parties de golf avec les copains et les après-midi à jardiner. Pour une bonne portion de travailleurs, quitter le marché de l'emploi à 55 ans est une vue de l'esprit. Par nécessité économique, mais aussi par choix. Vers une nouvelle définition de la retraite?

Ne parlez pas de retraite à Jean Martel, 51 ans, consultant en gestion à la Fédération des caisses Desjardins du Québec. «Le travail est trop important pour moi. Un jour, j'aimerais travailler six mois par année, mais je n'ai aucune envie d'arrêter totalement. J'aurais l'impression qu'il me manque quelque chose. Le boulot est pour moi une façon de créer, d'avoir des rapports sociaux.»

Le cas de Jean s'inscrit dans une tendance qui ne cesse de prendre de l'ampleur. Depuis quelques années, au Québec, le taux d'emploi des hommes âgés de 55 à 64 ans a nettement augmenté, passant de 48 % en 1995 à 54 % en 2003, indique une étude récente de l'Institut national de la recherche scientifique (INRS).

Une part de ces travailleurs restent sur le marché de l'emploi parce qu'ils n'ont pas les moyens de prendre leur retraite. «Avec l'éclatement de la bulle technologique au début des années 2000, beaucoup ont vu leurs économies fondre comme neige au soleil, rappelle Lyne Monfette, coordonnatrice de la stratégie d'Emploi-Québec à l'intention des travailleurs et travailleuses de 45 ans et plus. Dans ce contexte, Liberté 55 va demeurer un rêve pour plusieurs.»

Mais à l'instar de Jean Martel, bon nombre de gens relativement nantis refusent de quitter la vie active. «Il n'est pas rare de voir les travailleurs dans la cinquantaine planifier une troisième étape de vie au travail», constate Catherine Morneau, conseillère d'orientation.

Et des statistiques confirment son observation : une étude menée en 2002 par Statistique Canada a révélé que deux ans après avoir pris une retraite volontaire d'un emploi de carrière à temps plein, 30 % des travailleurs de 50 ans et plus occupaient un autre emploi, en majorité à temps plein! Selon Frédéric Lesemann, professeur de sociologie à l'INRS et directeur du Groupe de recherche sur les transformations du travail, des âges et des politiques sociales, «ce brouillage des frontières entre l'emploi et la retraite» est là pour de bon.

Pourtant, il y a à peine 10 ans, un travailleur de 45 ans était considéré comme étant en fin de carrière, puisqu'il était encouragé à prendre sa retraite vers 55 ans, remarque la chercheuse Chantale Lagacé dans son étude sur la gestion prévisionnelle de la main-d'oeuvre vieillissante. «Les sociétés créent les âges, écrit-elle. Être vieux ou pas, c'est une question de jugement social qui se traduit par des pratiques et des politiques. Ce n'est pas simplement une question de déclin inéluctable...»

«Depuis la fin des années 90, le discours se transforme, observe aussi la professeure Martine D'Amours. Même le vocabulaire se modifie : on ne parle plus de travailleurs âgés, mais expérimentés

Selon cette sociologue, ce changement de perception s'explique en partie par la diffusion d'études annonçant une pénurie de main-d'oeuvre qualifiée et la prise de conscience des effets catastrophiques qu'ont eu les départs hâtifs à la retraite en matière de perte d'expertise et d'impact sur les finances publiques - comme ce fut le cas des infirmières québécoises. Cette situation a fait réagir le gouvernement, qui prône désormais une politique plus active de maintien ou de retour au travail des personnes de 45 ans et plus.

Mais ces considérations économiques n'expliquent pas à elles seules l'allongement de la vie professionnelle. Dans nos sociétés modernes, le travail définit l'individu : il lui confère statut, réseau social, estime de soi et dignité. «Les gens ont besoin de sentir qu'ils appartiennent à une communauté, qu'ils produisent, qu'ils sont utiles, explique Lyne Monfette, d'Emploi-Québec. C'est pourquoi une fois à la retraite, plusieurs décident de continuer à travailler, font du bénévolat ou prennent part à la vie politique. Ils ne veulent tout simplement pas rester inactifs.»

Louise Durocher, 51 ans, gestionnaire de projets en informatique au Cirque du Soleil, planifie déjà d'oeuvrer auprès des prisonniers lorsqu'elle prendra sa retraite. «Mes désirs matériels ne sont pas énormes, alors je ne vois pas la nécessité de continuer à travailler. Par contre, j'ai besoin de me sentir valorisée à travers une contribution sociale.»

John Zukauskas, recruteur pour la firme montréalaise de recrutement Graduate Consulting Services Ltd, remarque depuis quelques années «une véritable explosion» de la demande d'emplois dans les organismes sans but lucratif (OSBL) de la part des travailleurs. «Ce sont, pour la plupart, des gens qui n'ont pas de soucis financiers et qui veulent redonner à la société. D'où la naissance de sites Internet comme CharityVillage où sont affichés des emplois dans les OSBL.»

La cinquantaine
L'âge où l'on respire. Contribuer à la société, d'accord, mais à son rythme. Fuir l'encadrement rigide. Certains travailleurs se sentent âgés, mais d'autres, expérimentés.



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