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Denise Leroux
Pas toujours rose
Hélas, tout ne va pas pour le mieux dans le meilleur des mondes. Frédéric Lesemann, professeur de sociologie à l'Institut national de la recherche scientifique (INRS) et directeur du Groupe de recherche sur les transformations du travail, des âges et des politiques sociales, est catégorique : les travailleurs plus âgés vivent des réalités bien différentes, selon le secteur, le type d'organisation, les politiques sociales, le niveau de qualification, le poste, le contexte économique... «Dans certains milieux, le travailleur vieillit très mal, alors qu'ailleurs, l'âge n'est pas du tout un enjeu. L'expérience devient même un atout.»

Ceux qui tirent le mieux leur épingle du jeu : les gens très qualifiés, comme les diplômés collégiaux et universitaires oeuvrant dans les milieux de l'aéronautique, des télécommunications, de la pharmacie et des biotechnologies, de même que les travailleurs des secteurs de la santé et de l'éducation, où les besoins de main-d'oeuvre sont criants et où on cherche à retenir les bons éléments le plus longtemps possible. «Les plus mal en point, lorsqu'ils perdent leur emploi, sont les travailleurs peu scolarisés et peu qualifiés», remarque Martine D'Amours, sociologue et professeure adjointe à l'Université Concordia.

«Plus on vieillit, plus il est ardu de se trouver un nouvel emploi, ajoute Frédéric Lesemann. Moins on est scolarisé, plus la difficulté croît. Ça se complique encore si, comme pour bien des femmes, le parcours sur le marché du travail est jalonné d'interruptions, grossesses obligent. Le cumul d'expériences est alors moins important. Le hic, c'est que les travailleurs âgés sont souvent les premiers à être mis à pied quand une entreprise bat de l'aile ou procède à une restructuration.»

Paul-André Girard, 49 ans et nouvellement retraité, garde un goût amer de son départ de chez Rolls-Royce, où il occupait un poste de superviseur. Sa retraite, après 31 ans de loyaux services, était «forcée à moitié». «Disons qu'on m'a encouragé à partir. J'aurais pu rester quand même, mais l'ambiance me déplaisait. La compagnie est en train de renouveler son équipe de superviseurs, et la tendance est au rajeunissement... Mon ancienneté a joué contre moi; ma mémoire de l'entreprise était menaçante pour les autres gestionnaires. En plus, je coûtais cher à l'entreprise : avec six semaines de vacances et un gros salaire, j'étais un superviseur de luxe.»

À ces difficultés s'ajoutent les préjugés dont peuvent être victimes les travailleurs vieillissants. Des préjugés qui n'ont souvent aucun fondement scientifique, comme le remarque Chantale Lagacé, chercheuse à l'INRS, dans un rapport récent sur la gestion de la main-d'oeuvre vieillissante. Par exemple, on les accuse parfois d'être moins performants, alors que des études démontrent qu'avec le temps, on compense la perte de vitesse par l'expérience. Autrement dit, on développe des stratégies pour être plus efficace. On dit aussi que les travailleurs plus âgés sont résistants au changement. Encore là, les études montrent que ce phénomène est avant tout une affaire d'individu et ne saurait être associé à un groupe d'âge en particulier.

«Notre société a tendance à poser le vieillissement comme une soustraction, écrit Chantale Lagacé. Vieillir, c'est devenir moins alerte, moins fort, moins rapide, moins vigoureux... Mais on peut aussi voir le vieillissement comme une addition : on acquiert de l'expérience, on prend du recul. Le vieillissement est un processus de la vie qui comporte des déclins et des acquisitions, comme les autres étapes de la vie.»

En 2005, si le marché du travail était une ville, avoir 40 ans et l'habiter signifierait :

«Connaître les petites places secrètes, les raccourcis et ses voisins. C'est recevoir beaucoup d'invitations et vouloir tout faire, mais c'est aussi manquer de temps et d'énergie. Et du coin de l'oeil, c'est regarder sa ville en essayant d'imaginer ce qu'elle pourrait nous offrir dans quelques années pour réussir à nous retenir.»
- Denise Leroux, 47 ans

«C'est se sentir assez à l'aise de s'y trimballer, car l'expérience, comme un quartier connu, donne une certaine sécurité. C'est aussi se sentir stimulé, car il reste encore bien des quartiers à découvrir.»
- Lyne Monfette, 44 ans





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