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Les 30-39 ans
Les superhéros

par Mylène Tremblay

Arrivés sur le marché du travail au début des années 1990, après une longue crise de l'emploi, les trentenaires ont été parmi les premiers à goûter aux «Mc Jobs», un modèle de petits boulots qui leur est resté en travers de la gorge. Flash sur des travailleurs courageux qui cherchent à faire leur nid et à trouver un sens à leur course professionnelle.

Des trentenaires, Monique Saint-Amand, conseillère d'orientation au Club de recherche d'emploi Montréal Centre-ville (CREMCV), en voit chaque semaine dans son bureau de la rue Sherbrooke. Plusieurs d'entre eux affichent un parcours professionnel en dents de scie. «C'est la génération la plus blessée, remarque-t-elle. Ils ont fait leur entrée sur le marché du travail dans les années 90 avec les mêmes espoirs que la génération précédente. Mais ils se sont heurtés à un contexte économique défavorable. On les sent assurément plus amers que les gens de 20 ans.»

Subissant les contrecoups de la morosité économique des années 80, plusieurs jeunes aujourd'hui dans la trentaine ont été appelés - et le sont toujours - à occuper des «Mc Jobs» ou des postes à forfait qui offrent peu d'avantages sociaux ou de sécurité d'emploi. Force Jeunesse, un organisme qui se porte à la défense des droits des travailleurs de 20 à 35 ans, attribue cette inégalité en partie aux clauses de disparité de traitement, une pratique discriminatoire qui a pris de l'ampleur à la suite de la récession des années 80 et qui révise à la baisse les conditions d'emploi des jeunes travailleurs. «Les jeunes composent actuellement une minorité sur le marché du travail, fait valoir François Tremblay, président de l'organisme. Ils ont de la difficulté à se faire entendre et à réclamer leurs droits auprès des baby-boomers, qui prennent les décisions en fonction des intérêts de leur génération.»

Ainsi, une fois le cap de la trentaine franchi, plusieurs se retrouvent toujours dans une situation précaire. «On remarque une diminution du salaire moyen des jeunes d'aujourd'hui par rapport à celui de 1985, note François Tremblay. Mais c'est peut-être parce qu'ils poursuivent de plus longues études et entrent sur le marché du travail plus tard.»

«Quand on parle de précarité, il faut comprendre que ceux qui sont dans la trentaine et qui rêvent encore d'un «vrai» job cherchent en fait un travail qui existait dans le modèle des années 50, 60 et 70, précise de son côté Monique Saint-Amand. Le marché a résolument changé. La notion d'emploi permanent est en train de disparaître de façon définitive.»

La trentaine
La quête de la stabilité. On tente de faire son nid, de consolider ses acquis professionnels et d'améliorer ses conditions de travail et de vie.
Alors qu'ils abandonnent tranquillement cette utopie, les trentenaires se consolent avec les perspectives démographiques. Cette fois-ci, le vent souffle de leur côté. Leurs aînés commencent à battre en retraite, libérant des postes clés et leur cédant graduellement les commandes. Et ce n'est qu'un début. L'expérience professionnelle acquise par les trentenaires séduira les employeurs quand viendra le temps pour eux de renouveler leurs troupes de gestionnaires, entre autres.

Là où les 30-39 ans prennent particulièrement leurs aises actuellement, c'est dans le secteur des technologies de l'information. «En dépit de l'éclatement de la bulle technologique, ce secteur demeure le fief des plus de 30 ans. Ce n'est pas l'eldorado pour les plus jeunes. On remarque une diminution du nombre d'emplois disponibles dans ce domaine pour les gens de 20 ans», indique Madeleine Gauthier, chercheuse à l'Observatoire Jeunes et Société de l'Institut national de la recherche scientifique.

«Au fond, chaque tranche d'âge a ses chances et ses malchances. Certains secteurs d'emploi sont plus ouverts que d'autres selon les époques», poursuit-elle, en précisant que les travailleurs qui sont entrés dans le marché du travail dans les années 60 et 70 ont envahi le secteur des services et la fonction publique. Les quadragénaires, pour leur part, ont investi les secteurs de l'administration et de la gestion. Les trentenaires, les technologies de l'information. De sorte qu'aujourd'hui, une demande commence à se faire sentir dans les secteurs des services, délaissés progressivement par les baby-boomers.




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