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[Carrière]
Un pari risqué
Soyons réalistes : à l'heure actuelle, la décision de refuser une promotion ou de prendre moins de responsabilités peut avoir des impacts sur la carrière d'un individu. C'est du moins ce qu'observe l'économiste Diane-Gabrielle Tremblay, qui a interrogé des milliers de travailleurs.
«Dans les secteurs où il y a pénurie de main-d'oeuvre, les employeurs sont prêts à faire des concessions pour garder leurs employés. C'est moins le cas dans des domaines où ils ont l'embarras du choix pour les candidats. Des employés ayant refusé des promotions ou ayant demandé de travailler quatre jours par semaine m'ont avoué qu'ils craignaient d'être licenciés. Les entreprises ne le diront pas ouvertement, mais dans des périodes de mises à pied, ceux qui sont au bureau 14 heures par jour risquent moins de se faire montrer la porte. Aux yeux de bien des dirigeants, cette présence est une preuve d'engagement, de dévouement.»
Mais certaines histoires se terminent bien. Sylvie Ladouceur, travailleuse sociale au CLSC Saint-Laurent, a dit non à un poste de chef de programme il y a huit ans, malgré l'insistance de sa patronne. «J'avais déjà été responsable d'une équipe d'auxiliaires familiaux, et je ne voulais pas revivre cette pression. J'ai donc choisi de garder mon poste actuel. Bien sûr, au début, ma supérieure était déçue... Mais elle a finalement compris. Je pense même qu'elle m'envie un peu! Il faut dire que je travaille en milieu communautaire. Ici, la recherche de l'équilibre est très prisée.»
«Je pense que si le travailleur démontre sa volonté de contribuer à l'entreprise et de réussir, le risque de se faire mettre sur la voie de garage parce qu'il refuse des mandats plus exigeants s'atténue», remarque Martin Raymond, qui travaille pourtant dans le milieu compétitif de l'industrie pharmaceutique. «C'est du moins ce que j'ai senti à la suite de ma décision de mettre en veilleuse mon ascension professionnelle.»
«Les entreprises doivent passer d'une gestion des ressources humaines à une gestion humaine des ressources.»
- Pierre Gauthier, psychologue organisationnel et président de la Société Pierre-Boucher
Car renoncer à des postes de direction ou décider de travailler moins d'heures par semaine ne signifie pas qu'on ne veut plus progresser ou qu'on aime moins son boulot, insiste Sylvie Ladouceur. «J'estime être une femme ambitieuse. J'adore mon travail et mon désir d'apprendre est toujours le même. La preuve : je me suis récemment jointe à une équipe en santé mentale parce que je voulais mettre à profit d'autres connaissances. J'avais fait le tour du jardin en soutien à domicile.»
Même chose pour le représentant pharmaceutique Steve Wolstenholme. «J'ai toujours refusé des postes de cadre parce que j'adore mon travail, en particulier le contact avec les médecins. Je n'ai pas la personnalité d'un gestionnaire : je suis trop individualiste et anticonformiste. Mes patrons comprennent désormais que ma place est ici et tout le monde me respecte.»
Selon le chercheur Charles-Henri Amherdt, il faut cesser de faire une équation entre promotion et récompense, rétrogradation et punition. «Désormais, la trajectoire professionnelle qu'on suit s'établit en fonction de nos besoins personnels, selon les époques de notre vie. Ce qui signifie que parfois on monte, tantôt on descend, et parfois on reste à la même place.»
Devenir boss? Pas question!
Des leaders plus humains?

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