









|
|
[Carrière]
L'ambition est-elle out?
Mais où diable sont allés ces jeunes loups prêts à casser la baraque pour devenir calife à la place du calife? Doit-on conclure que l'ambition n'a plus la cote auprès de la nouvelle génération?
D'aucune façon, répondent les spécialistes. «Les jeunes sont tout à fait prêts à prendre des postes de gestion et à s'investir, insiste Pierre Gauthier. Ils sont dévoués, productifs et efficaces. Mais pour plusieurs, l'ambition professionnelle est inhibée par des conditions de travail qui ne correspondent pas à leur philosophie.»
Charles-Henri Amherdt est chercheur à l'Université de Sherbrooke et directeur du Centre de recherche interuniversitaire sur l'éducation et la vie au travail. Selon lui, «le problème actuel dans les entreprises, c'est que les baby-boomers essaient de séduire la nouvelle génération en se basant sur leurs propres valeurs. Pour eux, les promotions sont associées à des symboles positifs : argent, prestige et statut social. Monter en grade, c'est la récompense suprême qu'on ne peut refuser - même si le poste ne nous convient pas. Or, les jeunes n'y croient plus : ils ont vu leurs parents faire des burnouts, perdre leur emploi et traverser des divorces déchirants. Alors, pas question de troquer la qualité de vie et la famille contre quelques milliers de dollars
de plus.»
Conséquence : le fossé des préjugés entre les deux générations se creuse au travail. C'est du moins ce que constate le psychologue Pierre Gauthier, qui donne des conférences dans les entreprises sur la cohabitation intergénérationnelle. «Les baby-boomers trouvent les jeunes peu endurants, trop familiers, mal habillés, agités, attirés par la facilité et chialeux. Mais malgré tout, il y a une réelle volonté de se comprendre. De toute façon, face à la pénurie de main-d'oeuvre, les compagnies n'auront pas le choix de changer radicalement leur approche s'ils veulent garder leurs leaders. Très bientôt, ce sont les jeunes qui tiendront le gros bout du bâton.»
Car il faut dire que lorsqu'elle n'est pas satisfaite, cette nouvelle génération prend la poudre d'escampette en moins de deux. Judith, 31 ans, conseillère en ressources humaines pour le réseau public, n'a pas hésité à plier bagage lorsque sa colérique patronne a dépassé les bornes. Épuisée de faire 60 heures par semaine depuis deux ans et demi sans pouvoir prendre de vacances, elle a renoncé à un gros salaire et à des mandats prestigieux pour commencer un doctorat en communication.
Le designer Martin Mathieu a aussi quitté sans remords une position enviable de directeur artistique chez la prestigieuse agence de publicité montréalaise Diesel Marketing pour bâtir sa propre boîte. «J'étais en désaccord avec la philosophie de l'entreprise, trop axée sur le rendement. On me demandait de faire des heures de fou, parfois même de dormir dans un coin de mon bureau, sans pour autant reconnaître mon travail!»
«Les cages dorées ne réussissent pas à retenir ces jeunes leaders bourrés de talent, remarque Pierre Gauthier. Beaucoup sont dégoûtés par la cupidité et l'avarice qui guident l'économie. Pour qu'ils restent, il faut leur offrir de l'écoute, du mentorat, de la reconnaissance, de la flexibilité et un milieu convivial qui leur permettent de s'épanouir. Pas seulement une machine à piastres, mais bien une communauté! En clair, les entreprises doivent passer d'une gestion des ressources humaines à une gestion humaine des ressources.»
«Des employés ayant refusé des promotions ou ayant demandé de travailler quatre jours par semaine m'ont avoué qu'ils craignaient d'être licenciés.»
- Diane-Gabrielle Tremblay, titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les enjeux socio-organisationnels de l'économie du savoir, téluq
Mais est-ce là un voeu pieux? Certes, comme le remarque Jacques Neatby, directeur chez Secor - une firme-conseil en management -, «le discours actuel fait en sorte qu'on peut librement parler à nos patrons de l'équilibre travail-famille sans paraître déloyal envers l'entreprise, ce qui n'était pas le cas auparavant».
«Les gestionnaires ne veulent plus nécessairement faire carrière», remarque Line Cardinal, professeure à l'École des Sciences de la gestion à l'Université du Québec à Montréal. L'universitaire estime que les organisations s'adaptent de plus en plus à cette nouvelle réalité, comme en témoigne l'apparition des congés sabbatiques, du télétravail et du partage des tâches.
Devenir boss? Pas question!
Des leaders plus humains?

|
|