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  [Carrière]
Refuser une promotion
Devenir boss? Pas question!

par Marie-Hélène Proulx
Illustration : Rémy Simard

Ils ont tourné le dos aux primes alléchantes, au pouvoir et au prestige social. Ces jeunes travailleurs ont pourtant tout ce qu'il faut pour monter très haut. Mais passer douze heures par jour au bureau? Pas question! L'ambition professionnelle est-elle démodée?

C'est un désaccord avec son patron qui a fait déborder le vase, il y a cinq ans. Gérant des représentants dans une entreprise pharmaceutique, Martin Raymond, la jeune trentaine, MBA en poche, visait les hautes sphères du pouvoir. Convaincus de son talent, ses supérieurs l'encourageaient à gravir les marches deux par deux.

Un jour, Martin est convoqué à une réunion dans les Maritimes. La session de travail commence lundi, mais les employés sont tenus d'arriver à l'hôtel la veille. Papa depuis quelques jours, Martin demande à son patron la permission d'arriver lundi, question de soutenir son épouse éreintée. «J'ai négocié pendant une heure et demie, pour finalement être obligé de prendre l'avion dimanche, raconte-t-il. En tant que nouveau gérant, me disait mon patron, je devais être présent dès le départ pour favoriser l'esprit d'équipe... À partir de cet incident, j'ai commencé à me détacher. Au sommet de mon échelle de valeurs, il y a désormais ma famille. Depuis, j'ai refusé plusieurs promotions et je ne veux pas de responsabilités supplémentaires.»

Des jeunes qui choisissent de mettre un frein à leur ascension professionnelle, Diane-Gabrielle Tremblay, titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les enjeux socio-organisationnels de l'économie du savoir à la Téluq, en a croisé plus d'un en menant ses recherches. En 2003, elle a réalisé une enquête auprès de 1 000 travailleurs québécois issus de secteurs variés, la plupart dans la trentaine. «Les résultats indiquent que 28 % des femmes et 18 % des hommes disent avoir déjà refusé des mandats spéciaux (devenir chef d'équipe, par exemple) pour des raisons personnelles et familiales, soutient la chercheuse. Par ailleurs, 12 % des femmes et 10 % des hommes affirment avoir déjà carrément refusé une promotion officielle.»

«Désormais, la trajectoire professionnelle s'établit en fonction de nos besoins personnels. Parfois on monte, tantôt on descend, et parfois on reste à la même place.»
- Charles-Henri Amherdt, chercheur à l'Université de Sherbrooke et directeur du Centre de recherche interuniversitaire sur l'éducation et la vie au travail
Pierre Gauthier, psychologue organisationnel et président de la Société Pierre-Boucher, une firme de psychologie industrielle, observe aussi ce phénomène depuis plusieurs années. «Environ la moitié de notre clientèle est formée de jeunes cadres dont il faut évaluer le potentiel [pour le compte des entreprises] en vue de la relève pour des postes de direction. Or, bon nombre d'entre eux nous disent : "Moi, je n'ai pas d'objection à devenir vice-président, mais à 17 h, je ramasse mes petits!" C'est presque devenu un cliché...»




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