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  [Formation | Emploi]
L'agriculture
Le bio à grande échelle

Les données du Canadian Organic Growers (COG) ne laissent aucun doute : de plus en plus de fermes traditionnelles se tournent vers l'agriculture biologique. En 1992, le Canada comptait près de 1 200 fermes biologiques. En 2003, on en dénombrait un peu plus de 3 000. Une augmentation de plus de 100 % en une décennie!

Au Québec, en 2003, 792 fermes sur 35 000 produisaient bio, selon la Fédération d'agriculture biologique du Québec (FABQ). Bien qu'en progression, ce créneau ne représente encore que 1 à 2 % de la production agricole au Québec. Il semble que ce soit loin d'être suffisant pour répondre à la demande des consommateurs, puisque 80 % des produits biologiques vendus au Québec sont importés.

C'est que la conversion au bio est loin d'être simple. Les ressources se font attendre. «Nous manquons d'agronomes qualifiés dans la production bio pour accompagner le développement de ces fermes en transition», explique Geneviève Blain, secrétaire générale de la FABQ. Elle soulève aussi que la production biologique nécessite davantage de main-d'oeuvre pour effectuer le désherbage et la cueillette manuelle de fruits et légumes. D'autres experts-conseils en agriculture biologique détenant des compétences diverses (en normalisation, en gestion, en droit alimentaire ou en commerce, par exemple) sont recherchés à l'heure actuelle.

Par ailleurs, six organismes de certification, notamment Québec Vrai et GarantieBio-Écocert, ont le droit de certifier des exploitants biologiques au Québec. Ils ont besoin de gens qui connaissent l'agriculture bio, qui sont à l'aise avec les normes de production et savent les faire appliquer, ajoute Marcel Roy. «Le gros problème de l'agriculture biologique, poursuit-il, c'est la mise en marché. Les petits commerces et les distributeurs, par exemple, veulent des produits uniformes à longueur d'année. C'est difficile, mais le système s'organise, avec la création de regroupements de producteurs.»

Mis sur pied il y a six ans, le regroupement Produitsdelaferme.com est un exemple du virage agricole que prend actuellement le Québec. Formé d'une quarantaine de producteurs et de transformateurs de produits traditionnels et biologiques de la région de Coaticook, dans les Cantons-de-l'Est, il mise sur la force des produits du terroir. «On s'est aperçu que les produits du terroir pouvaient créer de l'emploi dans nos régions, explique Line Boulet, agente de développement agroalimentaire pour l'organisme. Mais les producteurs ne savaient pas comment faire leur mise en marché, d'où l'initiative de regrouper nos produits sous un même logo.» Les fruits, légumes, produits de l'érable, truites fumées, foies gras et autres denrées du terroir proposés par les membres ont désormais fait leur entrée dans les magasins IGA de la région.

Tout le monde s'entend pour dire que le bio est en croissance et, pourtant, certains producteurs craignent des temps de vaches maigres.
Tout le monde s'entend pour dire que le bio est en croissance et, pourtant, certains producteurs craignent des temps de vaches maigres. C'est le cas de Pierre Clavet, propriétaire de la ferme Le Crépuscule située à Yamachiche, qui se consacre à l'élevage biologique de poulets de grain, de boeufs, de veaux et de porcs depuis 1992. «Il fut une période où il manquait de viande bio, mais actuellement l'offre dépasse la demande. J'ai de plus en plus de mal à placer ma viande dans les magasins tellement il y a de fournisseurs.»

Selon lui, certains producteurs de viande délaisseraient même le bio pour retourner à l'agriculture traditionnelle. «Il y a une guerre dans le bio actuellement, tant en ce qui a trait aux prix qu'à la qualité des produits. De gros producteurs arrivent sur le marché avec des prix défiant toute concurrence. Nous, on travaille avec huit sortes de grains pour alimenter nos animaux, alors que d'autres fermes, pourtant certifiées biologiques, les nourrissent avec deux ou trois types de grains pour maintenir les prix au plus bas. On ne peut malheureusement pas rivaliser avec eux. C'est décourageant!»

Alors que l'ensemble du secteur agricole est confronté à d'importants besoins de main-d'oeuvre - l'âge moyen des agriculteurs québécois est de 46 ans -, les producteurs biologiques ont besoin d'un nombre croissant de travailleurs. Pour l'instant, ils s'accommodent d'un savoir-faire gagné au fur et à mesure des expériences. Mais ce n'est pas suffisant...


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