









|
|
[À la une]
L'économie parallèle
Souterrain vague
L'économie souterraine est en santé et elle est là pour de bon. Et surprise : c'est tant mieux! Pourvu qu'elle ne prenne pas davantage de poids, elle serait essentielle à la vigueur de l'État.
«En 1997, l'économie souterraine représentait 4 % du PIB québécois : en 2001, cela s'est traduit par une perte fiscale d'environ 3,3 milliards de dollars pour la province», dit Bernard Fortin, professeur d'économie à l'Université Laval et auteur de plusieurs études sur le sujet. Il faut ajouter à cette somme astronomique, qui a été estimée sur la base d'enquêtes et de savants calculs, les montants perdus à cause de la fraude ou de l'évasion fiscales : les contribuables qui «oublient» de déclarer la vente de leurs actions ou qui transfèrent une partie de leurs revenus dans des paradis fiscaux, par exemple.
De tout cet argent qu'on veut lui cacher, Revenu Québec prévoit récupérer 1,5 milliard de dollars cette année. C'est plus que les 1,3 milliard de dollars soutirés aux mauvais payeurs l'an dernier. Revenu Québec a en effet raffiné ses méthodes. Pour arriver à ses fins, il croise désormais différents fichiers contenant de l'information financière sur les individus et les entreprises. Les incohérences sont ainsi plus facilement décelées. Par exemple, un couple peut éveiller des soupçons s'il déclare des revenus de moins de 30 000 $ tout en possédant une résidence de 100 000 $ et deux voitures - le fisc peut en effet recourir aux dossiers de l'assurance automobile.
Le travail au noir, qui ne représente qu'une partie de l'économie souterraine et de la fraude fiscale, touche surtout l'entretien ménager, la rénovation, la construction, la garde d'enfants et la restauration, estiment Bernard Fortin et ses collègues dans L'économie souterraine au Québec : mythes et réalités (Presses de l'Université Laval, 1996). «Au Canada, nous estimons que 50 % des chantiers de construction de moins de 5 000 $ se font au noir», confirme David Foster, chargé de projets à l'Association canadienne des constructeurs d'habitation.
Mais les Québécois feraient plutôt figure de bons élèves. Selon le Fonds monétaire international (FMI), l'économie parallèle accapare en moyenne de 14 à 16 % du PIB dans les pays de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). «L'économie québécoise dépend beaucoup de l'exportation : ça suppose des contrats et des garanties qui sont incompatibles avec le travail au noir», explique Claude Montmarquette, professeur au Département de sciences économiques de l'Université de Montréal et coauteur de L'économie souterraine au Québec.
Partout en Occident, les transactions à l'ombre sont à la hausse : depuis le début des années 1990, elles ont augmenté de 30 % dans les pays de l'OCDE, selon le FMI.
En Europe, un marché du travail fortement réglementé expliquerait la popularité de l'économie souterraine. Le travail au noir est aussi très présent aux États-Unis, même s'ils sont les champions de la déréglementation. «Ils le voient peut-être d'un meilleur oeil parce qu'ils l'associent à la liberté», suggère Bernard Fortin. Sans oublier qu'il y a beaucoup d'immigrants illégaux chez nos voisins, dont le travail, par définition, n'est pas déclaré.
Le travail au noir
Impôts à deux vitesses
Souterrain vague

|
|