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«Les emplois au noir, ce sont souvent des jobines de soir ou de fin de semaine : on y trouve donc beaucoup d'étudiants», tempère Bernard Fortin, qui est aussi titulaire de la Chaire de recherche du Canada en économie des politiques sociales et des ressources humaines.
«Avec la situation désastreuse des prêts et bourses, ça ne risque pas de s'améliorer : s'ils déclarent leurs revenus d'été, les étudiants ont moins de chances d'être boursiers», ajoute Jacques Hamel. Plusieurs choisiraient donc d'aller underground ou de se faire offrir un ordinateur plutôt qu'un salaire imposable.
Les jeunes ne sont pas les seuls responsables de leur fraude. Leurs employeurs partagent le blâme. Parfois, ce sont ces derniers qui souhaitent que le travail se fasse à l'ombre. Dans le commerce de détail, notamment, des employeurs embauchent des «travailleurs ponctuels» pour venir à bout d'un surcroît de travail temporaire.
«Pendant la période des fêtes, il nous arrive d'embaucher pour quelques semaines des personnes qui retirent de l'aide sociale ou de l'assurance-emploi et qui cherchent un revenu d'appoint. Il y a aussi des étudiants qui n'ont pas intérêt à déclarer des revenus pour ne pas mettre en péril l'obtention de leurs prêts et bourses, explique Caroline (nom fictif), gérante dans une boutique populaire de Montréal. Ça ne vaudrait pas la peine de mettre quelqu'un sur le payroll pour une si courte période, et ces personnes sont toujours disponibles pour ce type de contrat.»
D'un point de vue financier, les employeurs ont aussi tout à gagner à recruter au noir. «En embauchant quelqu'un au noir, un entrepreneur de la construction économise 40 % en ne payant pas les avantages sociaux que reçoit un ouvrier syndiqué», dit André Martin, porte-parole de la Commission de la construction du Québec (CCQ). En effet, il «échappe» ainsi à ses cotisations à la CCQ, à la CSST, à la Régie des rentes du Québec et à l'indemnité de congé. Résultat, il peut soumissionner à un prix qui bat toute compétition... et obtenir le contrat.
On s'en doute : personne ne sait exactement combien de jeunes ou de travailleurs ne déclarent pas leurs heures de travail sur les chantiers. «Mais on peut penser que si on demande à un jeune de travailler au noir, il sera moins en mesure de refuser qu'un ouvrier plus âgé qui est reconnu pour ses compétences», estime André Martin.
«Si un client lui propose "d'oublier" de lui facturer les taxes, un jeune entrepreneur de la construction qui n'a pas encore établi sa réputation ne peut pas vraiment dire non : son seul argument de vente est son bas prix», renchérit David Foster, chargé de projets à l'Association canadienne des constructeurs d'habitation.
On ne sait pas non plus qui sont les employés au noir dans la restauration. «Mais on sait que ces travailleurs sont plus nombreux dans les établissements indépendants qui ont cinq ou six employés et qui ne sont pas syndiqués», indique Benoît Boulet, représentant syndical au Syndicat des métallos, où sont regroupés quelque 5 000 travailleurs de la restauration et de l'hôtellerie. Or, «grosso modo, plus de 80 % des restaurants au Québec sont indépendants, moins de 10 % d'entre eux sont syndiqués et 60 % de la main-d'oeuvre y a moins de 34 ans», énumère François Meunier, vice-président aux affaires publiques à l'Association des restaurateurs du Québec. Le terrain est propice...
Ceci dit, en vieillissant, les jeunes augmentent leurs chances d'occuper des emplois plus stables où il est moins facile de cacher ses revenus. «Je ne demande pas mieux que de trouver suffisamment de contrats pour arriver à payer mes impôts!» dit Sophie, qui espère être sortie de «cette galère» dans quelques années. Avec l'âge vient aussi le désir de fonder une famille ou de s'acheter une maison. La sécurité financière devient alors plus importante. «Quand j'étais célibataire, ça ne me dérangeait pas de ne pas avoir droit à la CSST si je me blessais, admet Charles. Cela a changé depuis que j'ai un enfant.» Mais, papa ou pas, il continuera à cacher la moitié de ses revenus au fisc. «Parce que ceux qui ont vraiment beaucoup d'argent sont ceux qui paient le moins d'impôts», se justifie-t-il.
«On dirait que la désillusion du public envers ceux qui les gouvernent est complète et que les Québécois souffrent d'une écoeurite», conclut François Avard.
Et c'est le fisc qui écope!
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Le travail au noir
Impôts à deux vitesses
Souterrain vague

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