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  [Marché du travail]
L'heure supplémentaire
Un simple plan

Chronique par Éric Grenier

Nous avons un plan. Il s'intitule Plan gouvernemental pour l'emploi et le gouvernement du Québec l'a déposé en janvier. Mais la nouvelle est passée inaperçue, le Plan ayant été dévoilé le jour même où le premier ministre Jean Charest avait d'autres plans, comme celui de retirer l'offre de financement des écoles privées juives... On le comprend, l'attention était retenue ailleurs.

D'une certaine manière, c'est mieux ainsi. Car le Plan pour l'emploi n'est qu'une maquette pour se donner, peut-être un jour, un vrai plan qui, lui, pourrait éventuellement permettre au Québec d'accéder à la belle compagnie des contrées du plein emploi.

En effet, le Plan actuel prévoit que le gouvernement Charest annoncera d'ici à juin des mesures «concrètes» - aucun indice ne permet de savoir lesquelles - pour répondre aux besoins du marché du travail. De plus, il dévoilera d'ici à la fin de l'année une «stratégie» de qualification de la main-d'oeuvre et la mise à jour de l'ensemble des «instruments d'intervention touchant le marché du travail».

De belles promesses et bien des intentions pour s'attaquer à l'objectif de défoncer, pour de bon, le plancher de 8 % de chômeurs. Une mission jonchée de râteaux sur lesquels tous les précédents gouvernements se sont misérablement cassé le nez.

Un peu comme pour la cravate à pois offerte en cadeau, c'est l'intention qui compte, dit-on. Mais pour atteindre le plein emploi, ici comme ailleurs, les intentions ne suffisent pas. Par exemple, malgré sa propre trâlée de plans pour l'emploi semblables aux nôtres, le Danemark conservait d'année en année son contingent de sans-emploi. Face à l'échec, le gouvernement du pays des Lego s'est enfin bricolé un vrai plan. Au début des années 90, il a élaboré le concept de la flexicurité, qui consiste à éliminer à peu près toutes les entraves imposées aux employeurs, comme le salaire minimum, les indemnités en cas de mises à pied, de même que la réglementation du temps de travail.

Ça a l'air rough en apparence, mais en échange, s'ils perdent leur emploi, les Danois peuvent recevoir jusqu'à 90 % de leur salaire en allocations de chômage pendant cinq ans, et ont immédiatement accès à des formations gratuites payées par l'État.

La révolution dans ce concept est qu'on s'intéresse moins au statut du travailleur qu'à ses transitions professionnelles : périodes d'emploi à plein temps, d'autres à temps partiel, périodes de chômage, d'autres consacrées à des obligations familiales ou à de la formation. L'important est que ces transitions soient perçues par tous comme des éléments de réussite, plutôt que d'échec.

Avec une plus grande flexibilité, le gouvernement danois soutient que les employeurs sont plus enclins à embaucher même s'ils craignent de futures mises à pied. Aussi, ils n'hésiteraient plus à transformer des postes au statut précaire en postes permanents, car ils pourront facilement les abolir au besoin.

Le Bureau International du Travail (BIT) lui donne raison : le Danemark a réduit son chômage de 12,5 % en 1993 à moins de 6 % depuis au moins cinq ans. De plus, selon le BIT, les pays qui recourent à cette stratégie ont de bons taux de transformation des emplois temporaires en emplois permanents. En trois ans, environ 65 % des emplois temporaires au Danemark ont été transformés en emplois permanents.

Selon le BIT, une grande flexibilité des règles du marché du travail ne résout le problème du chômage que si les travailleurs jouissent d'une sécurité d'emploi et de revenus suffisants grâce à des dispositifs d'aide à la formation et à la recherche d'emploi intensive et à un soutien financier qui les incitent à accepter plus de mobilité et de souplesse. Aussi, le dialogue entre les gouvernements, les travailleurs et les employeurs sur la politique à adopter est le fondement de la flexicurité.

Le Québec est-il prêt pour la flexicurité? Elle obligerait les employeurs à accepter une hausse de leur fardeau fiscal et les travailleurs à sacrifier quelques vaches sacrées, comme des éléments du Code du travail ou des Normes du travail. Elle forcerait aussi le gouvernement du Québec à démontrer un courage de superhéros pour suggérer une telle stratégie. Quelqu'un a-t-il un plan pour l'aider à le trouver?


 
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