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[Formation | Emploi]
Transport de personnes
Faire le plein
par Alexandre Benoit
Le 25 janvier dernier, le Comité sectoriel de main-d'oeuvre de l'industrie du transport routier au Québec (Camo-route) dévoilait un verdict clair à propos de la pénurie de conducteurs d'autobus de passagers. Le départ à la retraite des baby-boomers fera mal et c'est cette année que le malaise commencera à frapper.
La prochaine fois que vous monterez à bord d'un autobus ou d'un autocar, ayez une pensée spéciale pour le chauffeur. Par les temps qui courent, il vaut de l'or.
Les nombreux départs à la retraite - en particulier dans les régions de Montréal, de Québec et de la Montérégie où est concentrée l'offre de service du transport de personnes - font qu'on embauchera au total un peu plus de 600 de ces professionnels du volant, en 2005 seulement. Ce nombre augmentera au cours des prochaines années.
«L'année 2005 est une période où les départs à la retraite feront mal. La plupart des employés de compagnies de transport en commun de la génération du baby-boom ont été embauchés entre 1970 et 1975, explique Guy Normandeau, directeur général de Camo-route. Dans les grandes compagnies de transport urbain, la trentième année de service est celle où tout employé peut se prévaloir du droit à la retraite. Mais cette vague de départs, qui est visible dans le transport en commun dans les centres urbains, n'est pas le seul facteur expliquant le besoin de chauffeurs. Par exemple, un taux de roulement d'employés élevé crée un besoin encore plus criant dans le transport scolaire.»
Ce qu'il y a de plus inquiétant, toutefois, c'est la répartition des conducteurs selon l'âge. Plus des deux tiers ont au moins 45 ans et les conducteurs âgés de 26 à 35 ans ne forment que 10 % de la main-d'oeuvre. Quant aux 20-25 ans, ils sont presque totalement absents.
Selon les données présentées en janvier dernier par Camo-route, près de 14 000 personnes sont titulaires d'un permis de classe 1, 2 ou 3 de la Société d'assurance automobile du Québec; leur emploi consiste principalement à conduire un autobus. Il existe au total 712 entreprises possédant au moins trois véhicules destinés au transport de personnes. Ces dernières se partagent les 7 800 autobus jaunes servant au transport d'élèves. En milieu urbain, 39 sociétés ou régies intermunicipales de transport en commun sont à l'oeuvre dans les principales villes du Québec. Quelque 200 véhicules desservent le transport interurbain par autocars et le transport nolisé.
La bataille pour la relève
Les employeurs se livrent une concurrence féroce pour embaucher les candidats issus des écoles autorisées à donner les cours de conduite menant à l'octroi des permis de classe 1, 2 et 3. Il y a deux écoles publiques, soit les centres de formation en transport routier de Saint-Jérôme et de Charlesbourg, où les droits exigés pour la formation sont de 150 $. Trois écoles privées, situées à Mont-Royal, Gatineau et Montréal, offrent également ces cours. Quoique la formation y soit beaucoup plus coûteuse (près de 9 000 $), les élèves inscrits peuvent tous bénéficier des programmes de financement à la formation de la main-d'oeuvre d'Emploi-Québec. Dans certains cas, ils peuvent même profiter de stages rémunérés couvrant presque la totalité de leurs droits de scolarité.
Par ailleurs, selon un sondage mené par Camo-route, plus de la moitié (55 %) des chauffeurs et employeurs s'entendent pour dire que la principale qualité recherchée lors de l'embauche, outre le permis de conduire, est la patience. Des critères comme l'expérience en transport de marchandises ou de personnes sont donc secondaires.
Sur la Rive-Sud de Montréal, les huit conseils intermunicipaux de transport qui desservent les villes de banlieue éloignées de la Montérégie et les commissions scolaires doivent faire face à un joueur de taille, le Réseau de transport de Longueuil (RTL). Il prévoit embaucher en moyenne 40 nouveaux chauffeurs par an, au cours des prochaines années. «La concurrence pour les chauffeurs entre les différents employeurs est très forte. Chez nous, il arrive qu'on doive annoncer un poste cinq fois dans l'année avant de le pourvoir!» précise Stéphane Gaudreault, conseiller en dotation au RTL.
De l'autre côté du fleuve, la Société de transport de Montréal (STM) veut en embaucher neuf fois plus, soit 543 cette année. Pour exploiter quotidiennement l'entièreté de son réseau, la STM fait actuellement travailler plus de 3 600 personnes.
La concurrence touche aussi les entreprises de transport interurbain et d'autocars nolisés. «Nos chauffeurs quittent souvent pour aller vers les sociétés de transport en commun et les conseils intermunicipaux de transport», dénote Lyne Drapeau, directrice des ressources humaines chez Orléans Express. Dans ce domaine, les employés sont contraints de travailler les fins de semaine et les jours fériés. Ce n'est pas le cas dans le transport en commun des grandes villes, où l'inverse se produit : les utilisateurs, nombreux
en semaine, créent plutôt des besoins du lundi au vendredi.
Selon un sondage de Camo-route, c'est le transport scolaire, qui regroupe 45 % des employeurs, qui se plaint le plus de difficultés à recruter du personnel et d'un fort taux de roulement. Cependant, dans l'univers du bus jaune, ce sont les conditions de travail, plus que les départs à la retraite, qui gênent le recrutement. «La nature de l'emploi, soit d'assurer le transport des enfants à l'école, ne garantit à l'employé qu'un horaire de 25 heures par semaine, explique Guy Normandeau. Ce qui fait qu'une bonne partie du personnel offrant ces services est constituée de gens voulant un emploi d'appoint à l'aube de la retraite. Et ils ne restent pas en poste bien longtemps.»
En janvier dernier, Camo-route lançait un appel à l'ensemble de l'industrie du transport routier pour qu'elle modernise ses méthodes de recrutement afin de faciliter l'embauche de forces vives. Les entreprises comptent trop sur les vieilles méthodes des banques de CV et sur le bouche à oreille, croit Camo-route. Elles devraient utiliser davantage Internet, les centres locaux d'emploi (CLE) et les journaux locaux.
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