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[Formation | Emploi] Conflits d'horaires
par Jean-Sébastien Marsan
La prochaine fois que vous croiserez un camion format géant sur la route, pensez-y : le conducteur (ou sa conjointe) est peut-être au volant depuis plus d'une dizaine d'heures, voire plus...
«Le just-in-time met une énorme pression sur le camionneur pour qu'il aille plus vite et met en péril la sécurité.»La réaction des routiers à cette proposition a fait autant de fracas que l'entrée d'un «18 roues» dans un magasin de porcelaine chinoise. Selon Jean-Claude Véronneau, camionneur d'expérience, allonger la journée de travail est indéfendable. «Aucun corps de métier ne travaille 18 heures par jour!» Le syndicat canadien des Teamsters (affilié à la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec) a évoqué le spectre d'une «hécatombe» sur les routes. «Ce changement serait non seulement dangereux pour la sécurité des camionneurs mais aussi pour celle du public en général», déclarait Robert Bouvier, président du syndicat, en novembre dernier. Au moment d'écrire ces lignes (fin de janvier 2005), des consultations suivent leur cours. Il est impossible de dire quand le règlement sera modifié et aura force de loi. D'ici là, la règle des 15 heures s'applique. Les camionneurs retiennent leur souffle. «Ça n'a pas de sens! Les gouvernements et les patrons de l'industrie nous parlent toujours de sécurité, mais on accepte que des gens conduisent 13, 14 ou 15 heures par jour! dénonce Gaétan Légaré, directeur exécutif de l'Association nationale des camionneurs artisans inc. Et quand il y a un accident, on blâme toujours le chauffeur.» «Le just-in-time met une énorme pression sur le camionneur pour qu'il aille plus vite et met en péril la sécurité», croit Gaétan Légaré. La livraison just-in-time, qui s'est imposée au cours des années 1990, consiste à livrer la marchandise au fur et à mesure des besoins du client, pour éviter qu'il n'accumule des stocks. Les routiers ne sont plus payés à l'heure, mais plutôt selon la distance parcourue et pour chaque livraison. «Tout fonctionne sur rendez-vous, illustre Jean-Claude Véronneau. Je dois prendre la marchandise à telle heure et j'ai rendez-vous à telle autre heure chez le client. Que je mette plus de temps pour faire le voyage, le client s'en fout, son heure de rendez-vous pour le déchargement est la même et il ne la changera pas. Il faut arriver à l'heure, autrement il y a des pénalités monétaires à la compagnie de transport et la chaîne de production du client s'arrête.» Il suffit que surgisse un problème susceptible de ralentir la circulation (embouteillage, travaux routiers, accident, tempête de neige, etc.) pour que le chauffeur soit considéré comme responsable du retard. «Et un chauffeur en retard ne prendra pas le temps de s'arrêter pour dormir et ce sera la course tout au long du voyage...», avertit Jean-Claude Véronneau. |
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