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La perfection existe-t-elle?
par Jean-Sébastien Marsan

Une petite délinquance de temps à autre n'a jamais fait de mal à personne, direz-vous. Erreur : mis bout à bout, les comportements déviants finissent par user le moral des troupes et par effriter la qualité des milieux de travail. Employeurs et salariés peuvent-ils éviter ces dérapages?

Comme ils ne visent généralement pas une personne en particulier, les comportements déviants sont dénués de violence, explique François Courcy, professeur au Département de psychologie de l'Université de Sherbrooke et spécialiste de la violence en milieu de travail. «Souvent, ce n'est pas fait contre l'organisation, mais pour soi et au détriment de l'organisation. Il n'y a pas de méchanceté là-dedans.»

Sauf qu'ils ont des effets négatifs, surtout s'ils sont multipliés. «En milieu universitaire, par exemple, des employés prennent fréquemment du matériel de bureau ou du papier pour compléter la liste des effets scolaires dont leurs enfants ont besoin, illustre-t-il. Ces petits gestes isolés, si on les accumule, coûtent très cher aux organisations.»

En fait, il y a différentes sortes de «péchés». Les spécialistes de la psychologie du travail et des organisations distinguent les comportements antisociaux (comme la violence, le harcèlement, etc.) des comportements de déviance organisationnelle, des gestes qui semblent bénins, mais dont l'accumulation peut provoquer des dégâts considérables.

Invité à commenter les témoignages recueillis par le magazine Jobboom, François Leduc, psychologue du travail et des organisations (Leduc Godin et Associés), voit dans ces sept péchés des «comportements défensifs, protecteurs, quelquefois négatifs. Il s'agit de situations dans lesquelles les personnes abusent de leurs conditions de travail par profit personnel ou par vengeance.

«La déviance organisationnelle peut prendre deux formes, poursuit François Leduc. Il peut s'agir d'un comportement critique, qui va quelquefois jusqu'à la résignation : essayer de s'abstraire, de se distancer, de se protéger du milieu de travail.» Méfiance, scepticisme, cynisme, manque de respect ou de confiance, dénigrement, ralentissement des tâches, résistance passive et sabotage en sont quelques manifestations, ajoute-t-il.

Par ailleurs, d'autres travailleurs - peu nombreux! - pèchent au nom du bien commun : ils refusent d'accomplir une tâche jugée dangereuse ou dénoncent ouvertement une situation au nom des collègues, explique François Leduc.

La prévention du vice
Les patrons peuvent-ils éviter les entorses à l'éthique? «Premièrement, l'entreprise doit mettre des règles au clair, répond François Courcy. Par exemple, ne pas permettre aux employés de faire des interurbains personnels au travail : souvent, les gens ne savent pas que c'est interdit. Deuxièmement, il faut des mesures de contrôle, comme un inventaire. Si l'entreprise se rend compte qu'elle a vendu l'équivalent de quatre boîtes de feuilles à photocopier pendant la semaine, mais qu'il en manque une cinquième, elle doit se demander où est la boîte manquante», dit le professeur de psychologie.

Les répercussions d'un sabotage isolé sur l'ensemble du personnel sont fréquemment invoquées par les entreprises pour décourager les délinquants, ajoute François Leduc. Et l'argument n'est pas faux. «Les organisations cherchent à mettre en valeur un intérêt supérieur, au-delà de l'intérêt personnel : s'il y a sabotage, tout le monde est perdant. Le saboteur pense s'adresser à l'entreprise, mais c'est son propre milieu de travail qu'il sape. C'est une question de morale.»

Évidemment, dans le meilleur des mondes, les employeurs seraient épris de justice et d'équité. Malheureusement, certains milieux de travail sont si éprouvants que les salariés, inévitablement, se révoltent. «Oui, les employés peuvent agir par vengeance, commente François Courcy, mais c'est une exception. Pour nuire à l'employeur, ils peuvent voler du matériel, saboter, réduire la qualité du travail et surtout, ralentir la production.

«Les travailleurs réagissent dans un esprit d'équité, poursuit-il. Au cours d'une étude qui s'est déroulée dans un hôpital, on s'est rendu compte que lorsqu'on réduit le salaire des employés, les gens volent à peu près l'équivalent de ce qu'ils ont perdu en salaire. Par exemple, des médicaments comme le Tylenol disparaissent. Les employés se disent victimes d'une injustice et ils rétablissent l'équilibre à leur façon.»

François Courcy est convaincu que l'équité est une valeur particulièrement chérie des Québécois. Pour éviter la déviance organisationnelle, l'employeur doit maintenir une organisation du travail juste, loyale, où les salariés se sentent reconnus, valorisés.

François Leduc abonde dans ce sens. «Que les employeurs aux prises avec de tels problèmes de comportement pensent à restaurer la qualité du climat de travail et des rapports humains dans leur propre organisation», dit-il.

Aider la nature humaine
La déviance organisationnelle serait-elle dans la nature humaine? Un démon sommeille-t-il en chacun de nous? Soyons optimistes : comme l'a soutenu le philosophe Jean-Jacques Rousseau, l'homme est un animal social et sa bonté est naturelle. Porteur d'un idéal de liberté, il doit résister à la corruption que peut engendrer la société... ou le milieu de travail.

«En psychologie, des chercheurs ont essayé d'établir quelles seraient les valeurs propres à toutes les cultures du monde, rappelle François Leduc. Ils en sont arrivés à six axes. En effet, toutes les traditions culturelles et spirituelles du monde valorisent :

1) la sagesse et le savoir, autrement dit l'acquisition de connaissances;

2) le courage, la volonté d'atteindre des objectifs malgré les contraintes;

3) l'amour et le respect, soit une certaine forme de bonté à l'égard des autres;

4) la justice;

5) la modération;

6) la transcendance, c'est-à-dire essayer de se dépasser.»

Un excellent sujet de méditation pour les gestionnaires de ressources humaines.


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