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  [Formation | Emploi]
Un Québec vert pâle
par Martine Roux

Montréal, décembre 2004. Dans la vapeur des gaz d'échappement mêlés de condensation, des automobilistes attendent que le feu passe au vert. La glace d'une voiture s'ouvre... et une conductrice balance contenants de frites, de hamburgers et de boissons gazeuses directement dans la rue. Consternation chez les uns, indifférence chez les autres. Même si ces scènes se raréfient, nous avons encore bien des croûtes à manger avant de vivre à l'heure du développement durable.

Même s'ils rincent leurs contenants de yaourt avant de les mettre au bac vert, les Canadiens sont les deuxièmes plus grands producteurs de déchets par tête de pipe, indique l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). Plusieurs boivent encore dans des verres en styromousse, balancent leurs vêtements à la poubelle et consomment des tonnes de produits sur-emballés. Entre 1990 et 2000, c'est aussi dans notre plussse meilleur pays au monde que les émissions de CO2 (gaz à effet de serre) ont augmenté le plus sur la planète : elles ont crû de 10,1 % par citoyen, le double de la moyenne des pays membres de l'OCDE. On s'éloigne de l'objectif de Kyoto, qui vise plutôt leur réduction.

Alors que le gouvernement québécois déposait à l'automne dernier un plan de développement durable qui vise les ministères, les entreprises et les citoyens, des enjeux deviennent cruciaux pour garantir la qualité de vie des générations futures. Mais attention : ce n'est pas parce que les besoins apparaissent plus criants que la création d'emplois liés à l'environnement suivra nécessairement, précise Robert Ouellet, directeur général du Comité sectoriel de main-d'oeuvre de l'environnement. «Prenons l'exemple de Kyoto : il est difficile de prévoir dans quelle mesure les enjeux liés à ce protocole (signé par le Canada) se concrétiseront en matière d'emplois ou de compétences spécialisées.»

Nous vous présentons ici quelques-uns des enjeux qui attendent le Québec au cours des prochaines années. Sont-ils ou non porteurs d'emplois? Chose certaine, ils risquent de monopoliser l'attention.

Les énergies propres
En octobre dernier, le gouvernement Charest dévoilait un programme de production d'énergie de 1 000 MW qui sera réalisé d'ici à 2012 dans huit parcs de la Gaspésie. Fer de lance de la recherche d'énergies propres, ce projet est à ce jour le plus important appel d'offres en éolien lancé dans le monde.

La réduction des gaz à effet de serre et les changements climatiques
En vertu du protocole de Kyoto ratifié par le Canada, l'objectif canadien est de ramener les émissions de gaz à effet de serre (GES) à 6 % sous le niveau de 1990, un niveau que le pays dépasse présentement de plus de 20 %. Le gouvernement Charest, quant à lui, n'a pas donné suite au plan de réduction québécois des GES mis au point par son prédécesseur. Mais l'abandon du controversé projet de centrale thermique du Suroît, à l'automne 2004, est un pas dans la bonne direction.

La gestion des matières résiduelles
Selon Recyc-Québec, chaque Québécois produit une tonne et demie de déchets par année. Heureusement, nous figurons parmi les plus grands recycleurs au pays. Entre 1988 et 2002, le taux de récupération par personne est passé de 0,18 tonne à 0,64 tonne annuellement, selon le dernier Bilan de la gestion des matières résiduelles au Québec (2002). Malgré tout, c'est encore bien loin de l'objectif général fixé par le gouvernement du Québec, soit de recycler 65 % de nos déchets d'ici à 2008. Selon les spécialistes, nous n'en récupérons actuellement que 40 %.

La gestion de l'eau potable
Le ministre québécois de l'Environnement, Thomas Mulcair, jure que la gestion de l'eau restera publique. Mais il en va autrement pour la gestion des infrastructures servant à transporter l'eau, qui pourrait être soumise à de nouvelles règles en vertu des projets de loi 61 et 62. Quoi qu'il en soit, plusieurs entreprises (américaines, notamment) s'intéressent à nos importantes réserves d'eau, ce qui en inquiète plus d'un. D'autant plus que les Grands Lacs présentaient dernièrement de nouveaux agents pathogènes et des taux de mercure en suspension anormalement élevés et que le niveau d'eau du fleuve Saint-Laurent et des Grands Lacs diminue de façon alarmante. Par exemple, la section du lac Saint-Pierre, entre Sorel et Trois-Rivières, pourrait ne devenir qu'un étroit chenal à moyen terme.

La gestion des sols contaminés
Dans des villes comme Montréal ou Québec, une grande proportion des sols est contaminée par divers polluants (produits pétroliers, cuivre, zinc, etc.). Le hic, c'est que le coût de décontamination à court terme est souvent si élevé qu'il devient difficile de trouver par la suite une vocation rentable aux terrains assainis. Le choix des procédés n'est pas simple non plus : par exemple, une récente analyse aux alentours de l'usine saguenayenne Bennett Environnemental, qui reçoit et traite les sols contaminés, a révélé des niveaux inquiétants de dioxine et de furane, des produits cancérigènes. Autrement dit, on décontamine un endroit, pour mieux en contaminer un autre...

La gestion des forêts
Le patrimoine forestier québécois est en péril : les arbres sont plus petits qu'il y a 20 ans, notait en décembre dernier la Commission d'étude sur la gestion des forêts, et les exploitants ont «écrémé» les forêts de feuillus. Pour mettre fin à ce saccage ainsi qu'à celui de la forêt boréale, la Commission proposait des changements majeurs visant à protéger la diversité des forêts, dont légiférer en matière d'exploitation. Si rien n'est fait d'ici à trois ans, le Québec se dirige tout droit vers un mur, soulignaient les commissaires.

Et bien sûr, il y a l'augmentation des rejets industriels toxiques, la levée du moratoire sur les grandes porcheries et les nouvelles règles environnementales qui régissent leur exploitation, la biodiversité, les pesticides, les pluies acides (qui n'ont pas disparu, même si elles ont été oubliées)... Et que la Terre tourne.


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