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  [Formation | Emploi]
Sous-traitance et services-conseils
La difficile impartition

par Mylène Tremblay

Les modifications à l'article 45 du Code du travail donneront-elles un élan à l'industrie des services-conseils? Encore faudrait-il que les dirigeants d'entreprises québécois apprennent à déléguer.

En décembre 2003, les principales centrales syndicales du Québec ont bruyamment manifesté leur mécontentement contre le gouvernement Charest. À leurs yeux, le gouvernement venait de donner au patronat une arme de destruction massive contre le syndicalisme : un accès simplifié à la sous-traitance, par la modification de l'article 45 du Code du travail, qui régit les manières par lesquelles un employeur peut recourir à la sous-traitance.

Ainsi, depuis l'entrée en vigueur de cette loi en février 2004, les employeurs peuvent plus facilement déléguer une partie de leurs activités à un tiers, en y transférant aussi les employés, sans que le syndicat et la convention collective ne s'appliquent au sous-traitant, comme c'était le cas auparavant. Depuis, les termes «sous-traitance» et «impartition» sont sur toutes les lèvres : une force diabolique pour les uns, une force divine pour les autres.

Mais la sous-traitance, c'est bien autre chose qu'une simple manière de se débarrasser d'un syndicat ou de conditions d'emploi jugées trop coûteuses par un employeur. C'est aussi une philosophie de management qui se doit d'abord d'être adoptée par les dirigeants des entreprises, ce qui n'est pas gagné.

Des Québécois frileux
Au Québec, les propriétaires de PME sont particulièrement frileux à l'idée de déléguer à des tiers certaines tâches liées aux processus de production, de fabrication, d'assemblage et de finition. Selon une étude menée auprès de 1 952 entreprises canadiennes à l'été 2000 par Alain Halley, professeur en gestion des opérations et de la production à HEC Montréal, à peine 29 % des entreprises québécoises recourent à la sous-traitance, comparativement à 43 % dans l'ensemble du Canada.

À peine 29 % des entreprises québécoises recourent à la sous-traitance, comparativement à 43 % dans l'ensemble du Canada.
Or, contrairement à l'avis du Conseil du patronat ou de la Fédération de l'entreprise indépendante, ce n'est pas l'article 45 qui expliquerait cet écart, mais la culture québécoise! «Le Québécois propriétaire de PME a la volonté de conserver la mainmise sur toutes les activités. Il veut être indépendant, explique Alain Halley. Alors, il fait rarement appel à la sous-traitance. À cet égard, le Québécois est nettement différent du Canadien anglais.»

Plusieurs experts interrogés estiment que la sous-traitance permet non seulement de rapporter des économies importantes, mais aussi de stimuler la productivité de l'entreprise. Selon les chiffres recueillis par les Manufacturiers et exportateurs du Québec dans le cadre d'un sondage, 40 % du temps de travail dans les entreprises québécoises a été dédié à des activités réellement productives au cours de l'année 2003. Le reste du temps, les travailleurs s'employaient, par exemple, à chercher de la paperasse égarée. Cela a des conséquences sur la productivité de nos entreprises : d'après Statistique Canada, en 2003, le PIB réel par heure s'élevait à 42,26 $ au Québec, comparativement à 44,26 $ dans le reste du pays.


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