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Un portrait noir et blanc
Le patronat hésite à se prononcer sur la question du salaire minimum. En effet, plusieurs entreprises - dont IGA, Metro, Pharmaprix ou l'Hôtel Omni Mont-Royal - ont décliné nos demandes d'entrevue ou n'ont pas répondu à nos multiples appels.

Les employeurs qui se sont prêtés au jeu avaient quant à eux une réponse toute prête : leurs employés au salaire minimum ne vivent pas dans la pauvreté. Selon eux, la majorité sont des étudiants qui habitent chez leurs parents ou des adultes dont la paie est un revenu d'appoint pour leur ménage. Les chiffres leur donnent en quelque sorte raison : au Canada, 62 % de ceux qui gagnent le salaire minimum ont moins de 25 ans, 47 % ont moins de 19 ans, 60 % travaillent à temps partiel, et 60 % vivent avec leurs parents ou d'autres membres de leur famille. À peine 25 % vivent en couple - avec ou sans enfants -, et moins de 5 % sont des chefs de famille sans conjoint, calcule Statistique Canada.

«On pourrait peindre un portrait très sombre de ces travailleurs, mais ce ne sont pas tous des paumés qui n'ont rien trouvé de mieux : certains sont là parce qu'ils aiment les horaires flexibles ou le contact avec le public», constate François Meunier, vice-président aux affaires publiques à l'Association des restaurateurs du Québec.

Les petits salariés ont intérêt, en effet, à aimer travailler avec le public. Leurs boulots, concentrés dans le secteur des services, se retrouvent majoritairement dans les hôtels, restaurants et magasins. En plus de servir les clients, ces travailleurs y accomplissent une foule de tâches : ils répondent au téléphone, réceptionnent les commandes, tiennent la caisse, remplissent les tablettes, assurent la propreté du commerce, font briller les planchers et les toilettes des résidences, etc.

«On pourrait peindre un portrait très sombre de ces travailleurs, mais [...] certains sont là parce qu'ils aiment les horaires flexibles ou le contact avec le public.»
- François Meunier, Association des restaurateurs du Québec
Question de bonheur
La plupart des employés consultés par le Magazine Jobboom aiment ce qu'ils font. Et, même quand leur travail ne les inspire pas, tous se sentent fort utiles à la société. «C'est noble de nourrir les gens, dit simplement Hamid, un homme de 41 ans qui trime pour 10 $ l'heure comme cuisinier à la foire alimentaire d'un centre commercial. J'aime quand les clients sont heureux, quand je vois que je leur fais plaisir.»

De son côté, l'infographe Sabine Lemouzy reçoit 9 $ l'heure pour réaliser des publicités imprimées pour une filiale de la maison d'édition Hachette. «J'aime cela parce que c'est un travail créatif et que personne ne me dit quoi faire toutes les minutes. Et puis, c'est un boulot important : il donne aux gens le goût de lire», raconte cette fille rieuse de 26 ans qui aimerait bien gagner plus de sous pour aller visiter sa famille en France.

Les conditions de travail des petits salariés ne seraient pas trop mauvaises non plus. Certes, tous ne vivent pas le parfait bonheur. Mais la situation serait beaucoup moins sombre que celle décrite par Barbara Ehrenreich dans le livre L'Amérique pauvre : comment ne pas survivre en travaillant (Grasset, 2004). Dans cette longue enquête, la journaliste américaine a occupé incognito les boulots de vendeuse, de serveuse, de femme de ménage et d'aide-soignante. Elle a notamment découvert que certains employeurs exigeaient un test de dépistage de drogue avant l'embauche ou que certaines de ses collègues devaient aller au travail même si elles étaient malades ou blessées.

On serait loin de cela au Québec. Ici, d'abord, les gens démunis reçoivent plus d'aides gouvernementales qu'aux États-Unis. En outre, l'organisme Au bas de l'échelle, qui défend les droits des travailleurs non syndiqués, n'a pas eu vent d'entreprises québécoises exigeant des tests de dépistage de drogue à leurs petits salariés. D'ailleurs, la loi les interdit, sauf exception. Enfin, les employés qu'a rencontrés le Magazine Jobboom se sentent généralement respectés par leurs patrons et peuvent facilement manquer une journée ou un après-midi de temps à autre. «Ça ne pose pas de problème, particulièrement si on avertit à l'avance, dit Patrick Levert. On travaille moins ce jour-là et plus le lendemain.»

«Au Québec, les mauvaises conditions de travail sont moins liées au salaire qu'au secteur économique ou à la non-syndicalisation», résume Dominique Savoie, directrice du service de recherche de la Fédération des travailleurs du Québec (FTQ).




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