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[Mode de vie]
La cohabitation au travail
Le goût des autres
par Sylvie L. Rivard
Nous passons plus de temps avec eux qu'avec notre famille ou nos amis. Le malheur, c'est qu'on ne les a pas choisis. Emmerdeurs, tapageurs, paresseux, mémères ou téteux de boss : en les côtoyant, on a parfois l'impression d'être au purgatoire. Comment composer avec nos collègues de travail?
Julien (nom fictif) a intérêt à apprécier ses collègues de travail. Jointeur souterrain - il entretient des lignes électriques dans le sol -, il bosse avec quatre gars pendant 12 heures d'affilée, tout en étant prisonnier d'un environnement sale, sombre, humide et enfumé. C'est ce qu'on appelle de la cohabitation extrême!
Parfois, c'est carrément l'enfer, raconte-t-il. «Quand j'ai débuté dans le métier, le fun des plus vieux était de taper sur la tête des plus jeunes en les harcelant ou en les insultant. Ils disaient : "On va avoir son moral!" Et lorsqu'une personne se fâchait ou pleurait, ils se félicitaient. Avec le temps, on se fait une carapace.»
Pour le commun des travailleurs, ce sont souvent les petits travers de nos partenaires de 9 à 5 qui nous hérissent les poils. Certains ont une hygiène douteuse, d'autres sont bordéliques ou tapageurs. Sans parler de ceux qui répandent leurs goûts musicaux, jacassent sans cesse au téléphone, décrivent leurs problèmes digestifs ou prennent leurs messages en mains libres.
Une chargée de projet que nous nommerons Diane, par exemple, n'est plus capable de supporter deux collègues qui passent leur temps à placoter au téléphone. «Le premier est très efficace dans tout ce qui ne concerne pas la job : les rénovations de sa maison, son implication dans le party de Noël, le compte rendu des émissions de télé-réalité...» Avec la deuxième, elle s'abstient de prendre de ses nouvelles car... «J'ai peur d'écouter pour la énième fois l'histoire de son père mourant, de sa fille enceinte ou de son fils qui ne se ramasse pas!»
Pas facile de vivre 40 heures par semaine avec des collègues qui nous emmerdent, remarque Anne Geneviève Girard, psychologue industrielle et conseillère en ressources humaines au sein de la firme qui porte son nom. «Dans la vie privée, on choisit les gens qui nous entourent. Lorsque ça va mal, on peut aller marcher ou carrément mettre fin à une relation, ce qui est souvent impossible au travail. Nous devons tolérer les goûts, les habitudes et les travers des autres.»
Au cours de sa carrière de professeur en psychologie à l'Université de Montréal, Jean Morval s'est longuement intéressé aux environnements de travail et à la promiscuité qu'ils génèrent. Son constat? L'intimité n'est pas possible au boulot, encore moins dans les environnements où l'on entasse les gens pour rentabiliser l'espace. «Au travail, les espaces privés et publics sont soudés. Dans la vie courante, on cherche parfois à entrer le plus possible en contact avec autrui tandis qu'à d'autres moments, on éprouve le besoin d'être seul. La vie privée permet cette régulation de l'intimité, mais pas le travail.»
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Le goût des autres
Le mur du son

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