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Norvège
Au sein de l'entreprise

par Marie-Eve Cousineau

En Norvège, les travailleuses ont des pauses pour allaiter leur bambin. Lorsqu'elles sont au service du gouvernement, elles sont même payées pour le faire!

Hilde Johansson, une Norvégienne de 33 ans, a terminé son congé de maternité en novembre dernier. Qu'importe, la maman continue de donner le sein à son bambin de sept mois. Premier boire à 11 h, deuxième à 15 h. Pour allaiter, cette infirmière fait des sauts chez elle entre ses visites de patients à domicile. Et son employeur n'y voit aucun problème. «Le gouvernement m'autorise à allaiter mon bébé deux fois par jour, sans justificatif, jusqu'à ce qu'il soit âgé de dix mois, dit cette mère de deux enfants. Par la suite, je devrai lui prouver que j'allaite toujours si je veux bénéficier de pauses payées.»

Fonctionnaires ou pas, les mamans ont toutes droit à des pauses d'allaitement en Norvège. C'est inscrit dans la loi du travail. Elles bénéficient de deux demi-heures par jour, non payées, pour allaiter ou tirer leur lait, tant et aussi longtemps qu'elles choisissent de nourrir leur enfant au sein. Elles ont aussi la possibilité de commencer leur journée de travail une heure plus tard ou de la terminer une heure plus tôt. «Si la maman est employée par l'État ou une institution municipale (comme Hilde Johansson), elle est autorisée à prendre deux heures de pause par jour et elle est payée pendant ce temps», dit Elisabeth Tufte, infirmière et consultante en allaitement au National Breastfeeding Centre, à Oslo, la capitale norvégienne. Les fonctionnaires qui travaillent à temps partiel sont admissibles aux mêmes pauses.

Allaiter son enfant va de soi en Norvège, un pays champion en la matière. Pas moins de 80 % des Norvégiennes donnent le sein jusqu'à ce que le bébé atteigne l'âge de six mois, souligne Gro Nylander, coordonnatrice nationale pour l'allaitement et obstétricienne à l'hôpital Rikshopitalet, à Oslo. Lorsque leur enfant souffle sa première chandelle, 40 % des mamans allaitent encore. «Ici, les mères se sentent habituellement à l'aise d'allaiter leur bébé en public», remarque Rachel Myr, membre de l'Ammehjelpen, une association norvégienne de mères nourrices. «C'est plus embarrassant de nourrir un bébé à la bouteille, parce que tout le monde sait que l'allaitement est la meilleure formule!»

Dans le monde du travail, l'allaitement est donc plutôt bien accepté. Hilde Johansson donne le sein dans l'intimité de sa maison, mais certaines de ses collègues, dont l'enfant est gardé à l'hôpital où elles travaillent, le font dans une chambre. Il reste que concilier travail et allaitement n'est pas toujours aisé, puisque les mamans doivent parfois se déplacer à la garderie pour nourrir leur enfant. Hilde Johansson n'a pas ce problème : son mari, en congé parental, l'attend à la maison. «C'est tout de même plus difficile d'allaiter l'après-midi, constate l'infirmière, car j'ai toujours beaucoup de travail à ce moment de la journée.»

Sortez ce sein!
L'allaitement a beau avoir la cote en Norvège, des travailleuses éprouvent parfois des problèmes à faire reconnaître leur droit de pause, estime Rachel Myr. «Certains collègues ou patrons les critiquent, dit-elle. Cependant, je ne crois pas que cette situation soit la norme.» En effet, les employées formulent rarement des plaintes contre leurs employeurs, remarque Christian Didriksen, conseiller à Svartjenesten, un service qui répond aux questions des travailleuses concernant les droits et obligations de la loi norvégienne sur le travail. «Lorsqu'un employeur refuse d'accorder des pauses d'allaitement, c'est souvent parce qu'il ne connaît pas la loi», soutient-il.

N'empêche, l'allaitement au boulot est une réalité peu répandue. La raison est simple : les Norvégiennes bénéficient de congés de maternité on ne peut plus généreux. Les parents ont droit à 52 semaines de congé rétribuées à 80 % de leur salaire, ou à 42 semaines de congé pleinement payées! Résultat : après ce long congé d'un an, les bébés ont bu du lait maternel à satiété et ont souvent commencé à manger du solide. L'allaitement apparaît alors moins essentiel.

En comparaison, au Québec, selon la Loi sur les normes du travail, les parents d'un nouveau-né ou ceux qui adoptent un enfant ont droit à un congé parental d'au plus 52 semaines, mais sans salaire. Si le parent est admissible à l'assurance-emploi, par contre, il peut bénéficier de prestations pendant une partie de cette période. Par ailleurs, le congé de maternité payé par l'employeur est de 18 semaines.

Comme c'est le cas au Québec, les parents norvégiens peuvent partager la période de congé entre eux. Ainsi, jusqu'à récemment, Hilde Johansson demeurait à la maison avec le bambin. Son conjoint a maintenant pris le relais pour les cinq prochains mois. Même si leur enfant a commencé à manger un peu, les pauses d'allaitement apparaissent essentielles à leurs yeux. «C'est important d'allaiter durant un an, croit Hilde Johansson. Cela protège le bébé, notamment contre les allergies.»

En Norvège, le conjoint d'Hilde Johansson fait figure d'exception, d'après Lise Nordbrønd, directrice générale de Kilden, un centre norvégien d'études sur les femmes et les genres. Selon elle, tant dans la société que dans la famille, la division du travail se fait encore selon les sexes. «Peu d'hommes prennent plus de quatre semaines de congé», estime-t-elle. Ce sont donc les Norvégiennes qui doivent composer avec leur carrière professionnelle et la pression sociale pour être de «bonnes mères» qui allaitent.

Hilde Johansson approuve. Pendant qu'elle allaite, une femme ne peut faire progresser sa carrière, résume-t-elle. Les promotions lui échappent souvent, les défis aussi. «Les pauses d'allaitement, c'est merveilleux. Mais d'un autre côté, elles représentent un "honey trap" (une prison dorée) pour les femmes», conclut la jeune mère.


BELGIQUE
Fermiers au bord de la crise de nerfs

Les campagnes de la Wallonie, partie francophone de la Belgique, sont quadrillées de psychologues par les temps qui courent. Ils ont d'ailleurs fort à faire : surendettés, stressés et soumis à de multiples contrôles sanitaires, le tiers des agriculteurs de cette région sont en situation d'épuisement professionnel. Forcés d'investir des sommes colossales pour soutenir la concurrence européenne, ces derniers sont en outre isolés les uns des autres, et les ruptures familiales se multiplient. Instauré par le gouvernement en 2001, le réseau de soutien psychologique et social aux agriculteurs a été particulièrement sollicité l'année dernière : les psychologues ont reçu quelque 750 appels de détresse en 2004. Un grand nombre des agriculteurs qui demandent de l'aide veulent mettre la clé sous la porte, notamment parce que leurs enfants refusent de reprendre la ferme. Cette situation met en péril la croissance de l'agriculture au plat pays puisque la relève manque à l'appel, alors que le métier d'agriculteur exige des compétences de plus en plus complexes en informatique et en gestion.
(Source : Le Soir, 4 janvier 2005.)


HONGRIE
Sans-abri inc.

Des entrepreneurs hongrois aux prises avec le fisc ou avec des créanciers ont trouvé un moyen original de se débarrasser de leurs dettes : les mettre sur le dos de sans-abri. Par le biais d'un intermédiaire, ces employeurs ont en effet vendu leur entreprise à des nécessiteux. Ceux-ci ont simplement fourni leurs papiers d'identité et signé le contrat de cession pour devenir formellement propriétaires des actifs disponibles. Résultat : à Budapest, la capitale hongroise, des adresses de centres d'accueil pour sans-abri servent de siège social à 70 sociétés! C'est de leur plein gré que les sans-logis en question se sont retrouvés à la tête de sociétés en difficulté, devenues bidon. L'histoire ne dit pas ce que le stratagème leur a rapporté, mais, chose certaine, il a fait perdre des millions d'euros au gouvernement hongrois!
(Source : Courrier international, 23 décembre 2004.)


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