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  [À la une]
par Corinne Fréchette-Lessard
Photo : Patrice Bériault

La démographie
vue par David K. Foot


Bien qu'il se profile à l'horizon, le grand choc démographique n'a pas encore eu lieu. Selon l'Institut de la statistique du Québec, ce n'est qu'en 2013 que la population active du Québec commencera à décliner. Mais attention, affirme le démographe et économiste David K. Foot, les changements démographiques ont tout de même altéré le marché du travail depuis l'an 2000. Avec une main-d'ouvre qui grisonne et l'arrivée dans les rangs de la génération écho, la donne a bel et bien changé. Anatomie d'une transformation extrême à saveur démographique.

«Lorsqu'il est question du vieillissement de la population, il faut considérer l'ensemble de la société plutôt qu'uniquement les tranches plus âgées», lance d'entrée de jeu David K. Foot, auteur du best-seller Entre le boom et l'écho – Comment mettre à profit la réalité démographique à l'aube du prochain millénaire (Éditions du Boréal, 2000). Tout le monde vieillit, les jeunes aussi.

C'est peut-être cette tendance à observer les changements démographiques à travers le prisme de la vieillesse qui explique l'égarement des entreprises dans leurs stratégies démographiques. «Depuis l'an 2000, les employeurs appréhendent une pénurie de main-d'ouvre, explique l'expert. Ils ont en partie raison : au moment où les baby-boomers prendront leur retraite en masse, les travailleurs se feront en effet plus rares. Toutefois, les premiers boomers, nés en 1947, auront 65 ans en 2012. Les grandes vagues de départs ne débuteront donc pas avant la prochaine décennie.»

En attendant, ajoute le professeur à l'Université de Toronto, les enfants des boomers font leur entrée sur le marché du travail. Résultat : la main-d'ouvre est plus nombreuse aujourd'hui qu'il y a cinq ans et la proportion de travailleurs sans emploi a augmenté au Canada. On est loin de la pénurie! Les yeux tournés vers l'éventuelle disette de personnel, les employeurs peinent à relever les défis que le profil démographique actuel de la main-d'ouvre soulève : accommoder à la fois les jeunes fringants et les têtes grises, deux groupes dont les besoins diffèrent grandement.

Ralentir la cadence Pour beaucoup de cinquantenaires en fin de carrière, les cinq dernières années ont porté le sceau de la désillusion. «Avec la déconfiture des marchés boursiers au début du millénaire, une grande proportion des baby-boomers et de la génération qui les précède a vu la valeur de son avoir diminuer considérablement, avance David K. Foot. Du coup, le rêve de “Liberté 55” est devenu impossible.» Par ailleurs, indépendamment de leur situation financière, tous les baby-boomers ne sont pas pressés de se retrouver sur la touche.

Il existe donc un réel désir chez les travailleurs plus âgés de rester au boulot tout en ralentissant le rythme. Du côté de la course contre la montre, ils ont déjà donné; ils convoitent plutôt des horaires flexibles et des semaines réduites.

Or, déplore David K. Foot, les entreprises manquent cruellement d'initiative et d'imagination à cet égard. «Nous avons grand besoin de politiques de retraite graduelle. Des mesures qui donneraient aux employés dans la cinquantaine la possibilité de travailler une partie de l'année pour une portion de leur salaire et leur permettraient de continuer à contribuer à leur régime de retraite tout en étant partiellement rentiers.» Cependant, dans le climat actuel, c'est tout le contraire. Ceux qui souhaitent réduire leurs heures au bureau se voient accusés de manquer de dévouement à l'entreprise et sont donc freinés dans ce désir.

Voir loin, mais pas trop Du côté des jeunes, les dernières années ont vu l'arrivée sur le marché du travail de ceux que David K. Foot nomme la «génération écho» (et que d'autres appellent plutôt la «génération Y»), les enfants des baby-boomers nés entre 1980 et 1996. Ce qu'ils souhaitent? Un peu de place. Plus nombreux que les générations qui les ont précédés, et avec les baby-boomers toujours en poste, ils doivent mettre les bouchées doubles pour se dégoter un emploi. Et ce, même s'ils font preuve de beaucoup d'adaptabilité. «Les jeunes travailleurs savent pertinemment que l'emploi à vie n'existe plus. Ils sont conscients de l'importance du perfectionnement dans un marché où ils seront appelés à changer d'occupation plusieurs fois au cours de leur carrière.» Dans ce contexte, accorder aux boomers les mesures de retraite progressive qu'ils désirent serait d'autant plus indiqué. Cela permettrait en effet de faire de la place aux jeunes, d'assurer la transmission des connaissances et de gonfler la main-d'ouvre en préparation de la pénurie tant redoutée.

Les yeux rivés sur cette pénurie annoncée, les entreprises ont plutôt choisi de faire pression sur les gouvernements pour augmenter le taux d'immigration. Or, cette stratégie augmentera le nombre de travailleurs disponibles et rendra la tâche encore plus difficile à la jeune génération écho, conclue David K. Foot. «Bien qu'elles soient conscientes de ces enjeux démographiques, les entreprises n'agissent pas en conséquence.» Ni pour s'ajuster au présent, ni pour préparer l'avenir.




 
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