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[À la une]
2000-2005
Ce qui a changé
par Annick Poitras
Photo : Deborah Baic - Alpha Presse
Cinq ans, c'est une foule de changements qui prennent place et transforment tranquillement le quotidien des travailleurs. Cinq personnalités phares illustrent ici les plus importants. Mais d'abord, un regard au rétroviseur.
La démographie
De la noirceur à la lucidité
2000 Loin des bureaux de l'Institut de la statistique du Québec où on jonglait déjà avec des chiffres alarmants, le silence planait sur le vacillement de notre démographie. C'était matière explosive dans les hautes sphères gouvernementales et un sujet peu discuté dans les médias. Pourtant, les prévisions étaient claires : le Québec allait au galop vers un déclin démographique sans précédent. Conséquence inquiétante : une pénurie de main-d'ouvre se profilait et débuterait dans la prochaine décennie. L'alarme a finalement été sonnée publiquement au cours des dernières années. Il était temps.
2005 La démographie est au centre des débats sur l'avenir de notre société. Nos dirigeants cherchent à mettre de l'avant des solutions nationales et les employeurs de tous les milieux sont sur les dents. Mais selon l'auteur et démographe David K. Foot, pour l'heure, on soigne la peur plutôt que de s'attaquer au bobo.
La nouvelle économie
De la flambée à la bonne braise
2000 C'était un modus vivendi. Un vent d'oxygène soufflait sur les milieux de travail : massages du vendredi, tenues décontractées, hiérarchie aplatie. La nouvelle économie était encore un bel idéal. Bien plus qu'une fragile bulle techno qui allait bientôt éclater, c'était avant tout les débuts d'une économie basée sur l'innovation et profondément métamorphosée par la technologie : communications accélérées, frontières abolies, concurrence accrue.
2005 Le Québec s'est remis de l'éclatement de la bulle qui a eu l'effet d'un tsunami : seules les entreprises les plus solides ont survécu. C'est donc avec ces forces de la nature que la province bâtit son avenir dans l'économie du savoir. Bref, on a peut-être sorti les tables de pool des bureaux, mais on a gardé le goût de faire des affaires autrement. Et ça augure plutôt bien, croit Alexandre Taillefer, un entrepreneur aguerri.
L'équité
De l'attente au dénouement
2000 L'équité salariale poursuivait son long et laborieux voyage, à l'image de la lutte des femmes. Son point de départ : l'adoption quatre ans plus tôt de la Loi sur l'équité salariale, qui visait à corriger les écarts salariaux entre les hommes et les femmes occupant des emplois de même nature. En effet, depuis des lustres, le salaire moyen des Québécoises représentait 70 % de celui de leurs collègues masculins, ce qui ne dépassait guère les normes salariales en vigueur en 1917.
2005 Un nouvel épisode de l'égalité des femmes sur le marché du travail a été bouclé. Le 21 novembre marquait enfin l'échéance fixée par la Loi. Il aura fallu neuf ans pour arriver à destination, mais aujourd'hui, les employeurs québécois doivent montrer patte blanche. Monique Simard, ancienne syndicaliste et militante féministe, constate qu'on avance, mais bien lentement. L'équité salariale est certes un pas important, mais il resterait un bon bout de chemin à défricher pour atteindre une véritable égalité au travail.
La conciliation travail-famille
De l'épuisement à la colère
2000 Ça rouspétait dans les chaumières. L'essoufflement gagnait tant les parents que les enfants, tous écartelés entre la garderie, l'école, le bureau, la maison et les devoirs de chacun. Au bout du rouleau, les travailleurs ont haussé le ton et exigé des mesures qui faciliteraient leur marathon quotidien. Et ils ont été entendus. La dernière campagne électorale fut marquée au fer par cet enjeu.
2005 Pendant que la politique du gouvernement libéral amasse toujours poussière, le ras-le-bol général s'ancre et fait son ouvre. Désormais, les employeurs qui pognent sont ceux qui chouchoutent les parents. Les nouveaux congés parentaux sont plus longs et mieux rémunérés. Enfants du divorce, les jeunes loups tant convoités par les entreprises ont la famille tatouée au cour. Et plus personne ne rit lorsqu'un homme dit vouloir travailler moins pour consacrer du temps à ses enfants. On le croit plutôt sur parole. Ç'a été du moins le cas pour l'ex-ministre Joseph Facal, un papa qui ne regrette pas son choix.
L'épidémie burnout
Du tabou à la tolérance
2000 C'était encore un sujet de ragots dans les bureaux. Un employé qui s'absentait trop longtemps pour cause de «maladie» était montré du doigt avec ironie par ses collègues. «Le burnout, une maladie?» C'était pourtant les débuts d'une véritable épidémie qui prend sa source dans l'intensification du travail, un phénomène qui sévit partout en Occident : devoir faire toujours plus en toujours moins de temps. Usés, les travailleurs se sont mis à tomber comme des mouches.
2005 Les coûts de l'assurance-maladie explosent et les employeurs trouvent la note salée. Conscientisés, ils s'intéressent de plus en plus aux causes du stress au travail. Le burnout et les problèmes de santé mentale sont désormais reconnus, mieux tolérés et une réflexion est amorcée. L'important, c'est de trouver un équilibre, estime l'athlète professionnelle Isabelle Blais-Beisiegel, qui un jour, comme tant d'autres, a sombré dans l'épuisement.
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