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[Hors
piste]
Cinéma
Paradiso
par
Annick Poitras
Nom : Jacinthe Boisvert
Âge : 37 ans
Occupation : Examinatrice-classificatrice à la Régie du cinéma
Formation : Baccalauréat en communication; maîtrise en communication
et sémiologie; scolarité de doctorat en littérature canadienne comparée
Avant-première : Je regarde en moyenne 1 500 films par année,
à raison de 8 à 10 films par jour, ce qui inclut des bandes annonces et
des courts métrages. J'évalue le film afin de déterminer la catégorie
d'âge du public autorisé à le voir. Au Québec, tous les films doivent
être classés par la Régie du cinéma avant d'être présentés au cinéma ou
commercialisés en vidéocassette ou en DVD. J'ai la chance de voir les
films d'ici et d'ailleurs avant tout le monde. On peut dire que je suis
une cinéphile comblée!
Postsynchronisation : Je travaille généralement avec un autre examinateur-classificateur.
On s'installe dans une salle de visionnage et on ne quitte plus l'écran
des yeux. On regarde chaque film du début à la fin, même s'il s'agit d'un
film de Walt Disney qui sera vraisemblablement classé «Visa général»...
et même si c'est un film XXX! Après, on discute du classement à attribuer.
Il faut toujours en venir à une décision commune; c'est rare qu'on n'y
parvienne pas. On rédige ensuite les motifs de notre classement. Si on
est devant un film de mafia particulièrement violent et qu'on l'a jugé
«16 ans et plus», on expliquera par exemple que les tirs à
bout portant et le sang justifient notre décision.
Sexe, mensonges et vidéo : Est-ce qu'il y a de l'érotisme, de la
sexualité, de la violence ou du langage vulgaire dans ce film? Ce sont
les questions que je me pose le plus souvent. La thématique du film et
son traitement sont aussi des critères d'analyse importants. Un film qui
semble à première vue tout propret peut être finalement très sombre :
il peut banaliser l'usage de la drogue, par exemple. Ce sera pris en considération
dans le classement, car notre rôle est de protéger la jeunesse et d'informer
la population.
Travelling avant : Je suis un peu comme une chirurgienne. Avant
d'«opérer», je prends connaissance du «cas»! Le
centre de documentation de la Régie me fournit un dossier sur les films
que je dois classer. Je connais alors tout ce qui s'est dit sur ce film
ainsi que tous les classements faits à l'étranger.
Science frictions : Ce qui est jugé acceptable au Québec ne l'est
pas nécessairement ailleurs, et vice versa. Il faut bien connaître la
société québécoise pour faire un classement éclairé. Je me tiens au courant
des tendances en lisant notamment des études sociologiques, des sondages
d'opinion et les journaux. Les Québécois sont assez ouverts envers la
nudité et le langage vulgaire. Une femme qui sort de son bain ne les fait
pas sourciller et ils ne font pas grand cas de l'expression «fuck».
Les Anglo-Canadiens sont plus pointilleux sur ces détails.
Drame de moeurs : Il arrive que nous recevions des plaintes de
spectateurs frileux qui ne sont pas d'accord avec notre classement. On
se demande alors si on a été trop permissif. On fait venir le film, et
le coordonnateur ou la directrice le visionne afin de trouver la petite
bête noire qui aurait pu nous échapper. Sur 12 000 à 15 000
films classés par la Régie chaque année, on reçoit entre 25 et 40 plaintes.
C'est peu. On doit donc correspondre au consensus social québécois!
L'Amérique interdite : Quand on a affaire à des films dits pour
adultes, on les regarde de bout en bout pour voir s'il y a présence de
mineurs, de violence ou de bestialité, par exemple. Pour ces raisons,
on doit parfois refuser de classer un film et il ne sera pas présenté
au public.
Cinémania : Ma passion première, c'est la pellicule. Tous les films
m'intéressent, même si je ne les apprécie pas tous. Si j'ai besoin de
déconnecter deux neurones pour rire au bon moment, je le fais, pas de
problème. J'aime beaucoup travailler dans l'univers du cinéma. Certains
collègues qui travaillent ici depuis 10 ans ont une connaissance cinématographique
incroyable. Quand ils me disent qu'un film est bon, je les crois sur parole
et je cours au cinéma!
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