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[Marché
du travail]
Travailler
dans une grande ou une petite organisation?
Tour de taille
par
Steve Proulx
Certains craquent pour les grosses. D'autres préfèrent les petites.
Vaut-il mieux travailler dans une PME ou dans une grande organisation?
Claude Ananou, professeur à l'École des Hautes Études Commerciales (HEC
Montréal), est de son propre aveu un anti-grande entreprise! «Dans
une PME, une personne occupe l'équivalent d'un emploi et demi. Dans la
grande entreprise, c'est l'inverse, il y a une personne et demie pour
un emploi, et dans la fonction publique, trois personnes pour un emploi!»
raille-t-il.
Alors, vaut-il mieux travailler dans une grande ou une petite entreprise?
Pour ce chantre du «dans les petits pots, les meilleurs onguents»,
la question est déjà entendue : les employés d'une PME ont un réel
pouvoir sur les orientations de l'organisation et c'est dans ce seul type
d'entreprise qu'ils pourront toucher et découvrir toutes les fonctions
qu'offre leur lieu de travail.
Une analyse que ne partage pas Alain Courville, cadre dans une entreprise
qui est tout, sauf une PME : Bell Canada compte 12 000 salariés
à travers le pays. Selon lui, oeuvrer dans une grande organisation vous
pousse à vous dépasser, tant les possibilités de cheminement de carrière
sont nettement plus élevées qu'en PME. «On peut se réorienter et
changer d'emploi sans nécessairement changer d'entreprise. On peut donc
avoir un nouveau poste, tout en conservant les mêmes avantages sociaux
et le même environnement de travail.»
Grande ou petite, place au débat.
C'est la personnalité
Observateur neutre de cette polémique, Michel Pauzé, président de la firme
de recrutement de personnel Michel Pauzé et Associés, n'émet aucune préférence :
selon lui, il y aurait une taille d'entreprise pour chaque personnalité.
«Une personne plus autonome, qui aime prendre des initiatives, qui
veut se faire confier un projet et le mener à terme est habituellement
plus motivée dans la petite entreprise.» À l'inverse, pour le travailleur
cherchant davantage de sécurité, de possibilités de se spécialiser et
de meilleurs salaires, la grande entreprise est mieux indiquée.
Ce qui démarque les grosses boîtes des petites, c'est avant tout l'organisation.
Plus c'est gros, plus c'est organisé. Et plus c'est organisé, plus les
employés sont attitrés à des tâches hautement spécialisées. Dans une grande
entreprise, on peut donc trouver un «directeur du sous-département
des services directs aux particuliers, région est du Québec» ou
encore un «délégué administratif de la section comptabilité fournisseurs
à la division des finances».
Alain Courville occupe le poste de directeur de secteur, applications
interactives - Bell.ca. «Il faut savoir travailler avec moins d'information,
dit-il. On est seulement un maillon dans la chaîne. On n'est pas nécessairement
au courant de tout ce qui se trame dans l'entreprise.»
Bref, dans une grande entreprise, chaque employé est une pièce d'une gigantesque
machine. Une machine bien pourvue en moyens, et qui offre son lot de projets
d'envergure à ses employés. «Quand Bell Canada lance un nouveau
produit, dit Michel Pauzé, elle le lance avec tous les outils disponibles,
que ce soit les outils de distribution, de promotion, d'experts à l'interne,
etc.
«Dans une petite entreprise, par contre, poursuit-il, vous n'avez
pas des tonnes d'outils à votre disposition... alors, vous devez travailler
avec ce qu'il y a!» Certains peuvent trouver cela stressant, d'autres
apprécient cette occasion qu'ils ont de se réaliser et de relever des
défis complexes. «Par contre, ils vont sentir à un certain moment
qu'ils manquent de moyens», ajoute Michel Pauzé.
Les gros moyens de la grande entreprise ont un prix. «Bien souvent,
la lourdeur administrative de l'entreprise fait perdre l'enthousiasme
et la motivation, dit Claude Ananou. Pour paraphraser Rousseau :
"L'Homme naît entrepreneur, c'est la société qui le fonctionnarise."
«Au sein d'une PME, poursuit Ananou, on a un responsable de projet,
on va voir un responsable pour telle décision, qu'elle soit mineure ou
stratégique. En nommant des gens, ceux-ci se responsabilisent et se sentent
motivés à donner le meilleur d'eux-mêmes.»
Enfin, on dit aussi que les PME «bougent plus rapidement»,
c'est-à-dire qu'en raison de leur petite taille, elles seraient mieux
en mesure de s'adapter à un monde qui évolue constamment, sur le plan
de la technologie par exemple.
Or, il ne faut pas généraliser; la survie d'une PME est essentiellement
liée au flair de son dirigeant, affirme Alain Rondeau, professeur à HEC
Montréal. «Le leader d'une PME est près de son marché et de son
environnement. Il sent venir les changements et est davantage capable
de faire des ajustements. Mais ce n'est pas toujours le cas. Il y a aussi
beaucoup de PME qui meurent et c'est souvent lié à l'incapacité de la
personne à la tête de l'entreprise de s'ajuster à son environnement.»
Un rythme différent
Selon Michel Pauzé, il est plus long de gravir les échelons lorsqu'on
est employé d'une grande entreprise : «On commence habituellement
au bas de l'échelle et il y a beaucoup d'autres marches à monter avant
d'atteindre un niveau de direction. Dans la petite entreprise, si vous
occupez un poste de débutant, peut-être aurez-vous accès à un poste supérieur
après quatre ans d'expérience seulement.»
Cependant, les PME n'offrent guère de possibilités de formation continue.
C'est le royaume des autodidactes. «Dans une PME, il faut apprendre
par ses propres moyens», dit Michel Pauzé. Une grosse organisation
offre souvent des programmes de formation ponctuels, envoie des employés
se former dans différents services, etc.
D'ailleurs, certaines PME hésiteraient à «trop» former leurs
employés, de peur qu'ils ne quittent pour... la grande entreprise! «Elles
ne seraient pas capables de nourrir leurs ambitions grandissantes, croit
Claude Ananou. C'est alors une lourde perte. Dans une entreprise de 30
ou 50 employés, une personne clé dans le personnel n'a pas huit adjoints
en dessous d'elle pour la remplacer...»

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