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  [Pénurie de main-d'oeuvre en foresterie]
La rareté des ressources... humaines
par Sylvain Turner

Malgré le conflit du bois d'oeuvre qui défraie les manchettes depuis des mois, la majorité des entreprises de l'industrie forestière recrutent plus que jamais. Les intervenants craignent une crise sans précédent si on ne fait pas davantage d'efforts pour attirer les jeunes au sein de l'industrie.


Bien qu'elle soit enracinée aux quatre coins du territoire, à l'exception des grandes villes-centres, l'industrie forestière se dépeuple petit à petit : à l'ère de la mondialisation et du développement durable, la moyenne d'âge de ses travailleurs est de 50 ans. Pire : les entreprises ont du mal à retenir la main-d'oeuvre, et le taux de roulement atteint 30 %. Quant aux établissements d'enseignement, ils ne parviennent pas à recruter suffisamment de jeunes pour constituer la relève dont l'industrie a besoin.

L'industrie forestière québécoise se divise en trois secteurs d'activité : l'aménagement forestier (plantation d'arbres, entretien et récolte), le bois de sciage (principalement le bois d'oeuvre utilisé dans la construction) et les pâtes et papiers. Le litige du bois d'oeuvre qui oppose le Canada aux États-Unis depuis des mois affecte uniquement le domaine des arbres résineux, dont les exportations en sol américain sont taxées à plus de 27 %. Les entreprises de ce sous-secteur perdent donc un marché important, ce qui se traduit par des pertes d'emplois : plus de 7 000 travailleurs québécois ont été mis à pied temporairement ou de façon permanente à cause de ce conflit. Néanmoins, les besoins de main-d'oeuvre sont énormes dans tous les secteurs de la foresterie, y compris dans celui du bois de sciage, rappelle Fernand Otis, coordonnateur du Comité sectoriel de main-d'oeuvre des industries du bois de sciage.

«Les entreprises dont la matière première est le feuillu et celles qui évoluent dans la deuxième transformation ont été épargnées par les droits compensatoires — la surtaxe imposée par les Américains — et continuent de recruter, dit-il. Par exemple, les entreprises de fabrication de planchers comptaient de 500 à 600 travailleurs il y a deux ans. Elles en embauchent maintenant 5 000 et profitent de la vigueur du secteur de la construction.»

Une situation inquiétante
Selon Christian André, directeur général du Comité sectoriel de main-d'oeuvre en aménagement forestier, la situation est encore plus préoccupante au sein de ce secteur. Le vieillissement des travailleurs et le taux de roulement élevé mettent carrément la survie de l'aménagement forestier en péril à moyen terme, souligne-t-il. «On manque de travailleurs à un point tel qu'on se dirige vers une crise majeure, une absence presque totale de main-d'oeuvre en 2010. Déjà, on accuse des retards qui représentent un manque à gagner de 240 millions de dollars dans la réalisation de travaux sylvicoles prévus pour 2005.»

La situation n'est guère plus reluisante dans le domaine des pâtes et papiers. Selon les estimations de l'Association des industries forestières du Québec, il faudra remplacer d'ici à cinq ans 5 000 travailleurs qui prendront leur retraite. «Dans certaines de nos usines, jusqu'à 30 % de la main-d'oeuvre sera admissible à la retraite d'ici à 2008. C'est très inquiétant», soutient Marc Macdonald, directeur de la rémunération et des ressources humaines chez Abitibi-Consolidated, le plus grand producteur de papier journal au monde.

Chez Domtar, l'un des principaux producteurs de papiers fins et de produits forestiers dans l'est de l'Amérique du Nord, les CV pertinents ne pleuvent pas davantage sur le bureau d'Anik Charest, chef des ressources humaines. «Nous avons de la difficulté à recruter le personnel technique dont nous avons besoin, tels des ingénieurs, et différents professionnels, comme certains analystes informatiques. Également, nous constatons que les jeunes comptables possédant deux à trois années d'expérience se font de plus en plus rares.»

Nul besoin d'être devin pour en déduire que les formations liées à la foresterie offrent des perspectives exceptionnelles. En fait, les entreprises s'arrachent littéralement les diplômés. «La demande est plus forte que jamais, notamment grâce à l'essor de la deuxième transformation, soutient Michel Beaudoin, directeur de la faculté de foresterie et de géomatique de l'Université Laval. Le baccalauréat en génie du bois, un programme d'alternance travail-études, est sans aucun doute celui où l'on aurait besoin d'un plus grand nombre d'étudiants. Nos diplômés se placent tous, souvent à un salaire annuel initial oscillant entre 45 000 et 50 000 $.»

On observe le même phénomène dans les établissements de formation professionnelle, dont les diplômés semblent aussi populaires, constate Normand Bélanger, directeur du Centre de formation professionnelle Mont-Laurier. «Dans plusieurs programmes, tels les diplômes d'études professionnelles (DEP) liés à l'aménagement de la forêt, le taux de placement des diplômés est de 100 % et le salaire annuel initial atteint 40 000 $. Ce sont d'excellentes conditions pour des gens qui n'ont suivi qu'une formation d'un an et demi.»

Des carrières à découvrir
Malgré des perspectives de carrière et des conditions salariales alléchantes, pourquoi l'industrie forestière ne parvient-elle pas à recruter les travailleurs dont elle a besoin? C'est une question de mobilité de main-d'oeuvre, croit le porte-parole d'Abitibi-Consolidated, Marc Macdonald. «Le défi consiste à recruter des candidats prêts à aller travailler en région éloignée, comme la Côte-Nord, la Haute-Mauricie ou l'Abitibi. Il y a des gens qui adorent cela, mais un nombre important de candidats qualifiés hésitent à quitter les grands centres, même si nous leur offrons d'excellentes conditions.»

Normand Bélanger estime pour sa part que la perception de l'industrie par la population constitue un autre obstacle au recrutement. «La foresterie a une image négative. Pour plusieurs, c'est presque devenu criminel de couper un arbre. Les jeunes se tournent donc vers d'autres secteurs.»

Les écoles sont les premières à souffrir de cette situation. Certaines d'entre elles ont enregistré une baisse de 40 % de leur population, remarque Normand Bélanger. En fait, de moins en moins de jeunes s'inscrivent dans les programmes liés à la foresterie, et ce, à tous les niveaux d'enseignement. Depuis deux ans, le Cégep de Saint-Jérôme ne peut donner le programme de techniques en transformation du bois : il n'y a pas suffisamment d'inscriptions.

Pour remédier à cette situation, les intervenants s'entendent pour dire que l'industrie devra absolument redoubler d'efforts afin de concurrencer les autres secteurs d'activité qui, eux aussi, tentent d'attirer les jeunes. «C'est toute la main-d'oeuvre spécialisée dont la foresterie aura besoin dans l'avenir qui est en péril, souligne Michel Beaudoin, de l'Université Laval. L'industrie doit donc investir plus que jamais, de façon concertée, dans la promotion de ses carrières auprès des jeunes, dès le secondaire.»

D'importants fabricants de produits forestiers comme Tembec et Industries Maibec ont déjà commencé à tracer la voie que l'industrie devra suivre. Audacieuses, elles promeuvent leurs perspectives de carrière dès le primaire et le premier cycle du secondaire. Certaines vont même jusqu'à payer les études professionnelles des jeunes qu'elles recrutent pour obtenir le capital humain dont elles auront besoin au cours des prochaines années pour assurer leur croissance.


Premières Olympiades de la formation professionnelle en foresterie

Une formation en foresterie vous intéresse? Vous aurez l'occasion de voir de quel bois se chauffent les diplômés de ce secteur lors des Olympiades de la formation professionnelle en foresterie, qui se tiendront les 24 et 25 septembre prochain à la Seigneurie Joly, près de Lotbinière. Des diplômés en abattage et façonnage des bois, en récolte de la matière ligneuse et en aménagement de la forêt s'affronteront pour faire valoir leurs connaissances et leurs habiletés. D'autres métiers de la foresterie seront aussi en démonstration. L'entrée est gratuite.

Pour information : www.csmoaf.com


Recherchés


Les entreprises de la foresterie devront pourvoir à des milliers de postes au cours des prochaines années. Voici quelques-uns des travailleurs les plus recherchés et les formations qui mènent à ces postes.

EMPLOI FORMATION
Aménagement forestier  
Contremaître forestier DEP* en aménagement de la forêt
Abatteur manuel DEP en récolte de la matière ligneuse
Opérateur de machinerie forestière DEP opérateur de machinerie forestière
Technicien forestier DEC* en technologie forestière

Bois de sciage
 
Ingénieur en transformation du bois Baccalauréat en génie du bois
Scieur DEP en sciage
Mécanicien de machines fixes DEP en mécanique de machines fixes
Électricien DEP en électricité

Pâtes et papiers
 
Ingénieur en transformation du bois Baccalauréat en génie du bois
Ingénieur mécanique Baccalauréat en génie mécanique
Technicien en pâtes et papiers DEC en technologie des pâtes et papiers
Comptable Baccalauréat en comptabilité

(* DEP : diplôme d'études professionnelles; DEC : diplôme d'études collégiales)



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