accueil-jobboom accueil-jobboomecrivez-nous
à la uneextraitscarnet webarchivesressources
on sait ce que l'avenir vous réserve

présentation du magazine

 
tarifs publicitaires


emplois général
emplois comptabilité / finances
emplois génie
emplois soutien administratif
emplois technologies de l'information
emplois ventes / service à la clientèle
Votre carrière

retour au sommaire
  [À la une]
Quitter la grande ville pour faire sa vie en région
Quand le bonheur
est ailleurs

par Éric Grenier

Chaque année, des milliers de jeunes quittent l'Abitibi, la Gaspésie ou la Côte-Nord pour les grands centres. Rares sont ceux qui reviennent. Mais plus rares encore sont les citadins d'origine qui troquent l'avenue du Parc ou la rue Cartier contre la vie au bout d'un rang. À contre-courant.


Originaire du sud-ouest de la France, où le bordeaux se consomme au même rythme que la «Mol tablette» à Amos, Stéphane Dupuy ne regrette pas d'avoir convaincu sa conjointe, une native de Rouyn-Noranda, de revenir vivre en Abitibi, il y a trois ans.

Mais quelle mouche noire a bien pu piquer ce titulaire d'une licence en bibliothéconomie et d'une maîtrise en communication pour qu'il souhaite tant s'établir dans ce pays de bout de route? «C'est pour le travail et la carrière», répond-il sans hésitation. Stéphane occupe un poste d'agent de recherche à la Régie régionale de la santé et des services sociaux de l'Abitibi-Témiscamingue. Grâce à ses travaux et ses recherches, il est en train de devenir LE spécialiste de la situation sociale des jeunes en Abitibi.

«Je n'aurais pas pu obtenir un emploi comme celui-là ailleurs. En France, ces postes sont occupés par des gens plus âgés et à Montréal, la concurrence est féroce. Ici, si vous avez une bonne formation de base, ils sont très accessibles.»

Sa conjointe n'est pas en reste : Julie Thibeault occupe elle aussi un poste d'agent de recherche. Elle est au service de l'Observatoire de l'Abitibi-Témiscamingue, un centre de collecte de données socio-économiques. « Ç'a été le coup de foudre professionnel entre mon patron et moi», dit la jeune femme de 32 ans, diplômée en science politique, qui avait quitté la région en 1989 pour poursuivre ses études à Montréal. «C'est le job de rêve : j'ai toute ma liberté professionnelle et on me fait confiance. La pression est à son minimum, personne ni rien ne me rushe, surtout pas la circulation!»

Tous deux n'ont mis que très peu de temps à trouver ces emplois à la mesure de leurs ambitions — avant même de déménager à Rouyn pour Julie, et à peine deux mois une fois sur place pour Stéphane. «En région, à partir du moment où tu as un diplôme universitaire et que tu es bilingue, toutes les portes te sont ouvertes. Il te faut juste un peu d'imagination. Les employeurs n'attendent que des candidats comme nous», fait valoir Julie.

Oser
Le discours du jeune couple tranche avec le portrait dépressif des régions du Québec qui tapisse les médias : un amalgame de chômage, de fermetures d'entreprises, d'exode de la population — surtout des jeunes — et de pauvreté.

L'information n'est pas fausse. La moitié des régions affichent des taux d'emploi nettement inférieurs à la moyenne québécoise, qui, elle, caracole déjà sous la moyenne canadienne. Environ les deux tiers des municipalités régionales de comté (MRC) de la province sont engagées dans une lente mais implacable dépopulation, indiquent les données du dernier recensement de Statistique Canada (2001).

Au Saguenay—Lac-Saint-Jean, les journaux reprennent sans cesse cette image qui illustre désespérément le déclin démographique du pays des bleuets : chaque semaine, un autobus plein de jeunes emprunte la route du «parc» vers le sud, pour ne plus jamais revenir. En Gaspésie, ils sont plus de 2 000 jeunes âgés de 15 à 29 ans à quitter la région chaque année pour poursuivre leurs études ou pour trouver un emploi. Moins de la moitié d'entre eux y retourneront, selon le Forum jeunesse régional.

Ces régions en déclin ont une tare en commun : le manque de diversification économique. L'ensemble de leur économie repose sur les richesses naturelles, qui se tarissent. Le cas de la Gaspésie est accablant : la morue et les grands poissons de fond ont disparu, la forêt est en rupture de stocks et la seule mine du coin n'a plus rien dans le ventre.

Dans ce contexte, déménager dans la péninsule et y fonder son entreprise relève d'une certaine audace. À plus forte raison quand on a à peine 20 ans, qu'on est fraîchement diplômé du cégep et qu'on a seulement une expérience de travail de quelques semaines derrière la cravate! «Pourtant, ça n'a pas effrayé le gérant de banque», s'étonne encore Pierre Vallée, fondateur de Audace Design, une firme de conception de matériel promotionnel. Originaire du village de Saint-Tite, près de Shawinigan, Pierre était prêt à tout pour travailler, même déménager à Kuujjuaq s'il le fallait! Mais c'est la Gaspésie qui s'est imposée. «C'est une histoire d'amour, explique-t-il. Ma conjointe vient de Sainte-Anne-des-Monts et elle tenait à retourner vivre chez elle.»

Pour la banque, le risque présenté par le projet de ce jeune «étranger» était tout calculé : personne en Haute-Gaspésie n'offrait le service qu'Audace Design proposait. «J'emploie maintenant sept personnes et je réalise plus de 40 % de mon chiffre d'affaires à l'extérieur de la région. C'est certain que mon entreprise aurait connu une croissance plus importante si elle était située à Montréal ou à Québec, mais so what? Qui, à Montréal ou à Québec, peut se vanter de luncher sur le bord de la mer entre deux réunions?»

Justement, dans le site Internet d'Audace Design, une fenêtre apparaît à l'écran avec cette rafraîchissante invitation : «Un emploi près de la mer vous intéresse?»

Partir
C'est cet appel à la mer qu'ont ressenti il y a trois ans Benoît S. Pilon et Micheline Roy, deux Montréalais pur smoked-meat, maintenant riverains de la baie des Chaleurs. Un coup de foudre pour une maison et un village lors de vacances estivales, il y a deux ans, les a convaincus d'y déposer leurs bagages pour de bon.

Ils ont ouvert l'an dernier un gîte touristique dans une ancienne demeure victorienne de Port-Daniel. Bleu sur Mer est classé «cinq soleils», la plus haute marque de classification décernée par Tourisme Québec aux gîtes du passant — l'équivalent du Ritz Carlton des bed & breakfast. «La Gaspésie a le plus haut taux d'hôtels bas de gamme au Québec, déplore Benoît. C'est inadmissible et nous voulons contribuer à la relance de la région, tout en refaisant notre vie familiale dans un milieu différent de la grande ville.»

Les Gaspésiens ont visiblement apprécié ce vote de confiance à l'endroit de leur région. «À notre arrivée, un éleveur de chevaux nous a offert un poney pour amuser les enfants. Des voisins nous ont donné des chats, de la morue, des cabanes à oiseaux.»

Les bailleurs de fonds en Gaspésie ont cependant été moins enthousiastes face à leur projet pour «clientèle sophistiquée». Aucune institution financière n'a voulu leur consentir de prêt pour la rénovation de la demeure. «Ils craignaient qu'on soit incapables de revendre la maison, parce que personne en Gaspésie, disaient-ils, n'aurait les moyens de se l'offrir», explique Benoît. C'est finalement le Centre local de développement qui allait leur prêter les fonds nécessaires.

Entre l'accueil des clients et le service du petit déjeuner, ils poursuivent néanmoins leur carrière, Micheline en design graphique, et Benoît comme avocat et consultant en communication. «Mais j'ai dû me prendre un numéro de téléphone dans le 514!» dit Benoît. Des clients montréalais rechignaient à faire affaire avec lui, à cause de son indicatif régional, comme si le «418» était associé à une sorte de cambrousse de la Mongolie... «Depuis, ils ne me posent plus de questions sur la distance qui nous sépare; ils ignorent parfois même que je suis en Gaspésie!» Ce qui ne l'empêche pas de faire régulièrement des allers-retours à Montréal pour les affaires. «Je prends le train le soir, je dors pendant le trajet, et le lendemain matin je suis au centre-ville. Une histoire de rien!»

Un an après son inauguration, le gîte va bon train. Au début de juin dernier, près de la moitié de toutes les nuitées estivales étaient déjà réservées. « Ça tranche avec l'an dernier, se souvient Benoît. À notre premier jour d'exploitation, en juillet, nous n'avions ni client ni réservation.» Et quand l'hiver s'est pointé, l'inquiétude a grandi, d'autant plus que toutes les économies familiales étaient passées dans le projet. «En septembre, tout ferme jusqu'en mai, même la succursale de la SAQ à Percé! En plus, nos affaires personnelles ont été lentes à redémarrer. C'est comme si nous avions pris une année sabbatique... De toute façon, nous avons dû réapprendre à vivre. Il nous a fallu ralentir notre rythme : ici, en Gaspésie, il ne faut rien presser.»

Revenir
Les retours d'exilés ne sont pas légion. L'Abitibi-Témiscamingue, par exemple, perd trois fois plus de résidents qu'elle n'en gagne, selon les données de l'Observatoire de l'Abitibi-Témiscamingue.

Mais il y en a! Dans le Témiscamingue, Benoît Viau et Julie Gilbert ont élu domicile à Latulippe, une petite bourgade prise en étau entre la forêt et les champs. Julie a quitté Latulippe à l'âge de 17 ans pour aller étudier à Montréal. Un exode qu'elle croyait permanent. «J'avais le goût de l'aventure, de m'organiser seule et de faire ma propre vie», explique-t-elle. Quant à Benoît, il est né dans le quartier ouvrier de Ville Émard, à Montréal, et a bourlingué au Tennessee, à Vancouver, à Hawaii, en Californie...

Aujourd'hui, ils règnent en maîtres sur plus de 150 hectares de terres cultivées et de forêts — à Laval, on construit facilement 1 500 bungalows sur une telle superficie! —, achetés du père de Julie, il y a trois ans. «On s'était promis qu'un jour, on vivrait à la campagne, qu'on aurait une ferme, avec un lac et une montagne. On a tout ça, maintenant!» s'exclame-t-elle.

Leur propriété borde le réservoir des Quinze, long de plus de 60 kilomètres. «On peut passer nos fins de semaine sur notre plage privée», ajoute Benoît, qui s'occupe de la terre et caresse entre autres un projet de coupe sélective du bois dans sa forêt. Quant à leurs deux chiens, de petits Jack-Russell, ils n'ont plus à fréquenter écureuils et chats de ruelles, mais partagent maintenant leur territoire avec des orignaux, des ours et — oh! désespoir — des mouffettes des bois!

Le Témiscamingue n'est pas l'Abitibi. Le climat est plus tempéré et la végétation, variée. Des parcelles de forêt boréale côtoient des pinèdes centenaires et des érablières. De chaque côté de la sinueuse Route 101, qui dévale du nord au sud jusqu'en Ontario, des collines abruptes sont entrecoupées par des prés vallonneux tout jaunes de pousses de soya. La «ville» la plus populeuse de la région, Ville-Marie, compte à peine 3 000 habitants.

C'est là que Julie a réussi à se dénicher un travail, malgré sa formation pointue en histoire de l'art. Imagination et obstination lui ont permis de se créer une place de choix dans le développement économique et culturel du «Témis'». «Je n'étais pas inquiète. Je savais que le tourisme culturel se développe en région et que je me trouverais un emploi.»

Ainsi, depuis deux ans, elle a participé à l'organisation d'une biennale d'arts à la salle d'exposition de la ville et développé des programmes de sensibilisation au patrimoine auprès des enfants. Ces derniers mois, Julie a piloté la restauration de la Maison du Frère-Moffet, la plus vieille demeure de la région. La coquette maison en pièce sur pièce, située à un jet de caillou du lac Témiscamingue, a ainsi retrouvé ses couleurs d'antan et s'est transformée en musée régional; Julie en est maintenant la directrice. Ce projet, qui devait à l'origine se limiter à un stage de fin d'études à la Société d'histoire du Témiscamingue, est devenu grâce à sa ténacité auprès des autorités locales un emploi à temps plein et un projet mobilisateur pour toute la région.

Rester
Chantal Hallé est comptable de formation. Elle est aujourd'hui à la tête de sa propre entreprise d'organisation d'événements, qui connaît un grand succès en Mauricie. Après quelques années à Montréal, alors qu'elle aussi croyait son exil irréversible, elle est de retour dans la région qui l'a vue grandir. «Il n'y a pas de mal à quitter sa région, c'est même important : j'ai acquis à Montréal des expériences et des compétences professionnelles que je n'aurais pu développer ici. Rien ne sert de retenir les jeunes en région, il faut seulement développer leur sentiment d'appartenance. Et ils reviendront.»

Même à Trois-Rivières, pourrait-elle ajouter. La ville a été tour à tour capitale du papier puis du chômage. Il y a quelques années, les mises à pied se faisaient encore au rythme de 1 000 travailleurs à la fois dans la région. C'est comme si, à Montréal, toute l'industrie de l'aérospatiale disparaissait d'un coup. À Trois-Rivières, c'était le genre de calamité qui survenait une fois l'an.

Mais depuis, le tissu industriel de Trois-Rivières se transforme peu à peu : des industries de technologies de pointe associées à l'énergie et au papier s'y installent, entre autres. Un vestige d'antan demeure cependant : l'odeur d'oufs pourris des usines de papier!

La métamorphose économique de la ville conforte Chantal Hallé dans sa décision de revenir s'y établir. L'an dernier, elle s'est acheté un coquet bungalow dans un nouveau quartier résidentiel du nord de Trois-Rivières. «Il y a toute une génération de jeunes entrepreneurs de la Mauricie qui reviennent chez eux, qui font bouger les choses. On peut même acheter des sushis maintenant à Trois-Rivières! Plus sérieusement, on sent qu'on fait une différence ici. À Montréal, t'es personne, tu te fonds dans une masse. À Trois-Rivières, tes partenaires en affaires deviennent tes amis.»

Julie Thibeault n'aurait jamais imaginé elle non plus revenir à Rouyn, sa ville natale. «Peut-être à 40 ans...», glousse-t-elle, sans trop y croire. Aujourd'hui, un nouvel exode ne lui plairait guère. Sa vie sociale et culturelle s'est notamment enrichie. «On va voir plus de films et de spectacles qu'à Montréal. C'est moins cher et plus facilement accessible. En cinq petites minutes de voiture, on est déjà devant la salle de spectacle.»

Rouyn n'est pas Rome, loin de là, mais la ville n'est pas non plus un bled perdu. Son célèbre festival de cinéma, chaque automne, attire les Montréalais par centaines. La Main, la rue Perreault de son vrai nom, n'a rien à envier aux avenues commerciales des grandes villes. Même par un lundi soir pluvieux, lors de notre passage dans la région, l'artère grouillait davantage de vie que certaines rues touristiques de Québec.

En prime, il n'y a pas de crise du logement! Julie et Stéphane habitent un 7 1/2 dans une maison jumelée toute neuve, à... 515 $ par mois! À une demi-heure de la maison, ils sont au chalet, au bord du lac Vaudray — «le lac de Richard Desjardins», précise Julie. Un petit pied-à-terre dans le bois, au bout d'un chemin forestier, qu'ils rénovent peu à peu.

Si l'exotisme abitibien, avec ses épinettes noires et ses camions emplis de pitoune, a charmé Stéphane au départ, le climat l'a quelque peu refroidi depuis... «Le premier hiver s'est bien déroulé, relate-t-il. Au second, j'ai trouvé ça tolérable, mais au troisième, avec des -40°, alors là! Savais-tu qu'ils ferment les écoles ici pour cause de froid?»

De toute évidence, certaines difficultés d'adaptation sont survenues pour ce «néo-régional» dont l'activité de plein air favorite, au milieu de l'hiver français, était... la voile!


Régions, mode d'emploi

par Guylaine Boucher


Ils ont troqué la métropole ou la capitale contre le Québec des régions et répètent qu'ils y sont heureux. Convaincu que le jeu en vaut la chandelle, vous rêvez de suivre leurs traces, mais vous vous demandez comment faire? Voici quelques conseils judicieux pour y parvenir.

Depuis qu'elle s'est jointe à l'organisme Solidarité rurale, en 1991, Marie Anne Rainville a vu beaucoup de gens quitter la métropole pour aller vivre en région. Certains sont restés, d'autres n'ont pu s'y adapter et ont rebroussé chemin. «Migrer en région, pour un citadin, est un phénomène aussi intense que de changer de pays, prévient la secrétaire générale de l'organisme de promotion du monde rural. Les valeurs des gens des régions sont différentes de celles véhiculées à Montréal ou à Québec, leurs façons de faire aussi.»

Par exemple, on ne cherche pas un emploi en région comme à Montréal. D'abord, rares sont les firmes de recrutement à avoir pignon sur rue en dehors des grands centres. Les contacts de personne à personne entre chercheurs d'emploi et employeurs sont alors beaucoup plus fréquents. Marie Anne Rainville suggère, entre autres, de faire la tournée des employeurs potentiels pour distribuer soi-même son curriculum vitae.

Pour leur permettre d'éviter les faux pas «culturels» et les gestes vains, certains organismes peuvent aider les nouveaux arrivants à s'orienter dans le marché de l'emploi local. Au nombre de ces organismes, on retrouve notamment les Carrefour jeunesse-emploi, les centres locaux de développement (CLD), les municipalités régionales de comté et l'organisme Place aux jeunes du Québec, dont la campagne «Accro des régions» favorise le retour au bercail des jeunes exilés.

Le temps devant être consacré à la recherche d'emploi varie beaucoup d'une région à l'autre, et d'une profession à l'autre. Dans certains cas cependant, la recherche peut se révéler minime : «Il y a des formations passe-partout, soutient Francis Côté, président du Regroupement des Carrefour jeunesse-emploi. Si on est plombier ou médecin, les probabilités de se trouver un emploi sont excellentes partout. Si on est biologiste et que l'on veut aller vivre en Gaspésie, les perspectives seront très bonnes. Même chose si on est chimiste ou minéralogiste et que l'on souhaite déménager en Abitibi.»

Doit-on déménager d'abord et chercher un travail ensuite, ou l'inverse? Nancy Capistran, directrice générale du Groupe Conseil Progesco, une firme-conseil en ressources humaines de Victoriaville, soutient que les deux scénarios sont valables. «Mais les employeurs en région sont encore réticents à embaucher des gens de l'extérieur, parce qu'ils craignent qu'ils quittent après deux ans. En s'installant avant, avec conjoint et enfant, on envoie le message que l'on est sérieux, que l'on souhaite vraiment prendre racine dans le coin.»

En effet, les employeurs des régions s'attendent à une réelle volonté d'intégration et de contribution sociale de la part des «néo-ruraux», affirme Marie Anne Rainville. «Les gens de la ville pensent, à tort, que vivre en région c'est écouter les oiseaux chanter à longueur de journée. Si le seul intérêt d'une personne pour les régions se résume à vivre en ermite, je lui dis de rester là où elle est.»

Magasiner sa région
Tous les gens impliqués dans la promotion des régions s'entendent : il est primordial de «magasiner» son futur milieu de vie avant d'appeler le clan Panneton. La liste des questions à se poser et des éléments à vérifier avant de faire le grand saut est importante (voir plus bas).

Visiter les lieux en hiver comme en été est notamment recommandé, question d'éviter les coups de coeur de vacances qui tournent au cauchemar une fois le premier blizzard venu. L'inverse est aussi vrai : un champ en hiver, c'est inodore et silencieux. En été par contre, tracteurs, fumier et animaux d'élevage lui donnent une toute nouvelle dimension.

Il est important de vérifier quels sont les services à proximité : écoles, hôpitaux, épiceries, pharmacies, cinémas, etc.; correspondent-ils à ce que l'on recherche? Par exemple, l'Abitibi, le Bas-Saint-Laurent et le Saguenay ont des universités. Pas la Côte-Nord ni les Hautes-Laurentides.

Le budget est un autre élément à prendre en considération. Statistique Canada estime que les salaires offerts en région sont de 15 % inférieurs en moyenne à ceux accordés dans les grands centres. Évidemment, le coût de la vie aussi peut y être moindre. Cependant, dans les régions situées à proximité des grands centres, comme les Laurentides, il est généralement plus élevé que dans les zones éloignées, comme la Gaspésie. Ainsi, il est à peu près impossible de dénicher un toit à moins de 60 000 $ à Saint-Jovite, tandis qu'à Murdochville ces temps-ci, on peut presque s'offrir une rue pour le même montant!

Aussi, si le plein air fait partie de nos champs d'intérêt, il faut évidemment tenir compte du type d'activité que nous souhaitons faire : ski, kayak ou bingo? Si vous êtes un maniaque de ski alpin, le Témiscamingue pourrait se montrer bien loin de votre passion. Pour la pêche, par contre...

Même chose pour les activités culturelles. Les villes principales des régions sont en général bien desservies en spectacles, festivals, théâtres et cinémas de toutes sortes. Rimouski a son festival de blues, et bientôt une toute nouvelle salle de spectacle. Rouyn a un festival de cinéma de calibre international. Sherbrooke est fréquemment visitée par les grandes troupes de théâtre montréalaises et a son orchestre symphonique. Cependant, dans les milieux ruraux, il faut parcourir de grandes distances pour assister aux activités ou événements culturels.

Prêt pour l'aventure?

Pour connaître les organismes d'aide et de recherche d'emploi en région, consultez le carnet Web.


Êtes-vous prêt pour la vie en région?

Voici quelques aspects à considérer avant de prendre la clé des champs :

  • Statistique Canada estime que l'écart moyen entre les salaires offerts en région et ceux des grands centres est d'environ 15 %. Il faut pouvoir envisager une baisse de revenu qui, dans certaines régions, pourra être compensée par une baisse du coût de la vie.

  • Certaines petites villes et certains villages ne sont desservis par aucune infrastructure culturelle ou de services de santé.

  • En milieu rural, il est généralement impossible de vivre sans voiture, que ce soit pour se rendre au travail ou... au dépanneur.

  • Dans les grands centres urbains, les enfants ont accès à un éventail de services d'enseignement et d'activités de loisirs organisés. Dans certains milieux ruraux, par contre, les écoles privées sont inexistantes, les cégeps sont éloignés et les loisirs sont organisés par dame Nature!

  • Chaque région a ses particularités et sa culture propre. Les gens originaires de Montréal, de Québec ou de Gatineau devront s'adapter à un nouveau rythme de vie et à des façons de faire, de penser ou d'organiser les choses bien différentes de celles auxquelles ils sont habitués.
(G. B.)


Le grand vide

par Steve Proulx


Les jeunes des régions dites périphériques, comme la Gaspésie, la Côte-Nord et la Mauricie,s'exilent toujours en grand nombre... Pourra-t-on un jour stopper l'hémorragie?

Le dernier recensement de Statistique Canada (2001) montre que la majorité des petites villes canadiennes enregistrent encore une baisse démographique au profit des grands centres urbains, comme Montréal ou Ottawa-Gatineau. «Les jeunes s'en vont (des régions éloignées et des petites villes) parce qu'ils ne peuvent pas s'instruire et n'ont pas d'avenir», peut-on lire dans un récent rapport de l'Institut national de la recherche scientifique (INRS) intitulé La périphérie face à l'économie du savoir. Cette étude, qui fait état de la situation de la main-d'oeuvre dans 11 régions éloignées du Québec, constate d'ailleurs que l'avenir de ces dernières n'est pas rose.

Selon Mario Polèse, professeur à l'INRS et auteur de l'étude, le mal des régions réside avant tout dans leur manque de diversité économique. Par exemple, l'existence d'une seule et même grande entreprise, dans une région, nuirait à l'établissement de nouvelles industries. «L'impact que peut avoir la présence d'un gros employeur en région sur le développement des autres secteurs économiques est dévastateur. À Baie-Comeau, il y a deux usines principales qui offrent de bons emplois et paient de bons salaires pour des ouvriers et des cols bleus. Mais les PME et les entrepreneurs, qui pourraient créer de l'emploi dans d'autres domaines, ont de la difficulté à se développer, à créer de nouveaux créneaux économiques, faute de trouver de la main-d'oeuvre.»

Pour Mario Polèse, il est possible de conjuguer «dynamisme» et «petites villes» lorsqu'on investit dans la diversité. Amos, en Abitibi, est un exemple en la matière, soutient-il. «Il n'y a pas vraiment d'industrie dominante : il y a l'embouteillage de l'eau des eskers, le textile, l'industrie du bois et différentes PME qui fonctionnent assez bien. Ce n'est pas une question de taille, mais de diversification.»

Sur le terrain cependant, on se montre moins enthousiaste. «Un jeune d'Amos qui voudrait devenir ingénieur, ou quelqu'un qui a un métier ultra-spécialisé, ne trouvera pas nécessairement ici des employeurs pour l'accueillir», dit Yannick Dyell, agent de développement au Mouvement de la relève d'Amos-région.

Selon Gino Reeves, directeur général de Place aux jeunes du Québec, un organisme qui lutte depuis 13 ans contre l'exode régional des jeunes Québécois, une partie du problème est plutôt liée à la formation. «Dans les écoles, on devrait insister auprès des jeunes sur les besoins de main-d'oeuvre dans leur coin de pays, dit-il. À l'âge où l'on doit faire un choix de carrière, on n'est peut-être pas préoccupé par cet aspect-là.»

Le fait de posséder une formation rattachée aux besoins de la région est un facteur prépondérant au moment où l'on considère un retour chez soi. « À 18 ou 19 ans, explique Gino Reeves, on ne veut rien savoir de son patelin. C'est seulement plus tard, quand vient le temps d'avoir des enfants, que l'on souhaite se rapprocher de sa famille. Mais dans bien des cas, il est trop tard puisqu'on a déjà étudié dans un domaine qui n'est pas demandé dans sa région.»

Gino Reeves croit que certains incitatifs pourraient donner des résultats. «On pourrait rembourser une partie de la dette d'études de ceux qui retournent dans leur région, leur faciliter l'accès à la propriété ou réduire leur impôt...»

L'organisme Place aux jeunes met sur pied une foule de projets visant à freiner l'exode des jeunes et à stimuler la création d'entreprises en région. Par exemple, le projet Agent de migration Place aux jeunes - Desjardins prévoit l'embauche de 34 «agents de migration» dans 14 régions du Québec. Leur tâche? Sensibiliser les jeunes aux besoins de main-d'oeuvre de leur région, conserver les coordonnées des élèves qui comptent partir pour aller poursuivre des études postsecondaires, et favoriser les liens entre les employeurs locaux et les jeunes qui cherchent à revenir en région. «Les agents ne sont en place que depuis avril 2003. Nous n'avons pas encore de statistiques, mais nous savons que déjà, ils réussissent à ramener chez eux des jeunes qui, sans l'intervention des agents, ne seraient pas revenus.»

carnet web
 
Accueil Jobboom
 

 


Commentaires: lemagazine@jobboom.com
Copyright 1996-2006 Canoë inc., Tous droits réservés
Jobboom est une division de Canoë inc.