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  [Des vacances au Québec]
Par les chemins de travers
par Éric Grenier et Martine Roux

Du camping dans le parc du mont Tremblant, encore le tour de la Gaspésie ou une quinzième visite du Vieux-Québec, très peu pour vous. Que faire cet été, alors? L'équipe de rédaction de Jobboom s'est creusé les méninges à votre place et vous propose d'autres façons de parcourir la belle province.

Des idées vacances pas (trop) chères et surtout inusitées.


Appels de phares

par Martine Roux

Le vent qui hurle, le bercement du ressac... et rien d'autre. Au beau milieu du fleuve, au large de la région du Bas-Saint-Laurent, se dressent des phares qui, à défaut d'être habités — au Québec, le métier de gardien est officiellement disparu en 1988 —, n'attendent que les visiteurs en quête de vertiges.

Il y a d'abord le phare de l'île Rouge, un mal connu et minuscule bout de terre rocheux flottant face à l'embouchure du Saguenay. À moins de se faire navigateur, on y accède d'une seule façon : par hélicoptère! Construit en 1848, le phare sert aujourd'hui de restaurant, où l'on vous proposera un repas cinq services. Après une soirée au coin du feu, vous pourrez ronfler tout votre soûl dans l'une des chambres guillerettes du phare ou des deux maisons voisines. L'île Rouge sert de refuge ou d'escale à plusieurs espèces d'oiseaux.

À 10 kilomètres de sa voisine rouge gît l'île Verte, un magnifique havre de paix abritant 28 âmes. C'est un voyage dans le temps qui vous y attend : une nature vierge, des maisons de bois, de vieilles granges, une route de terre... et plus de vélos que de voitures. Le phare de l'île Verte fut le premier érigé sur le fleuve (en 1809) et on peut aujourd'hui le visiter ou y dormir. L'île constitue aussi une loge de choix pour observer les baleines — un secret bien gardé. On y accède par traversier ou par bateau-taxi pour piétons et cyclistes.

Le Pot du Phare, l'un des trois îlots formant l'archipel du Pot-à-l'eau-de-vie, en face de Rivière-du-Loup, est quant à lui habité par nombre d'oiseaux, dont des petits pingouins et des grands hérons. Son phare offre des repas de fine cuisine régionale et de sympathiques chambres. On s'y rend par bateau depuis le quai de Rivière-du-Loup.


Pour plus d'information sur...


La sainte paix

par Martine Roux

Vous voulez décrocher du rythme effréné de votre quotidien? Simple : réfugiez-vous au monastère! Ne riez pas : quoi de plus dépaysant, en cette époque bruyante, qu'un silence de moine au milieu d'un environnement divin?

Au Québec, hospitalité monastique traditionnelle oblige, la plupart des abbayes accueillent les visiteurs à bras ouverts (hommes ou femmes, ou les deux, selon l'endroit). On ne les oblige pas pour autant à se plier aux règles de la vie monastique ou à assister aux offices religieux. La seule consigne habituellement imposée est de respecter un silence d'or. Quant aux tarifs, ils sont généralement dérisoires.

Par exemple, à l'abbaye cistercienne d'Oka, le don est à la discrétion des retraitants bien que les moines suggèrent un montant de 35 $ par jour, gîte et repas inclus. Les chambres, restaurées à l'ancienne, sont modestes mais douillettes. Les repas sont servis à heures fixes au réfectoire, où l'on partage sa table dans le plus strict recueillement. Dans la chapelle, vous pourrez assister aux liturgies, une expérience sublimée par les chants grégoriens. Située sur une propriété magnifique surplombant le lac des Deux-Montagnes, l'abbaye jouxte le parc d'Oka, un endroit tout aussi propice à la détente et à la quiétude.


Voici quelques établissements qui accueillent les retraitants. Pour réservations (les places sont limitées et s'envolent vite) :

  • Abbaye cistercienne d'Oka : (450) 479-8361, poste 114 / www.abbayeoka.com
  • Abbaye Saint-Benoît (Saint-Benoît-du-Lac) : (819) 843-4080 / www.st-benoit-du-lac.com
  • Abbaye Sainte-Marie des Deux-Montagnes (Sainte-Marthe-sur-le-Lac) : (450) 473-7278
  • Monastère Notre-Dame de Mistassini : (418) 276-0491 / monasteremistassini.org

Le marin Gouin

par Éric Grenier

Ce n'est pas le plus grand lac du Québec mais certainement le plus curieux. Fait d'innombrables îles, tantôt marécageux comme les bayous, tantôt bordé de falaises majestueuses, le réservoir Gouin s'explore comme une galaxie. Tout autour, des plages, des dizaines de kilomètres de plages naturelles sauvages et désertes.

La manière la plus inusitée mais aussi la plus confortable de le parcourir, c'est à bord d'un bateau-maison. Véritables Winnebago flottants (sur deux quilles), les bateaux-maisons peuvent accueillir toute la famille, petite ou grosse, et pour les besoins d'évasion des plus vieux, ils sont accompagnés d'une embarcation plus légère. Au moins une demi-douzaine de pourvoyeurs offrent la location de bateaux-maisons sur le réservoir Gouin.

Malgré la nordicité de la chose (on est à 400 kilomètres, à vol de corbeau, au nord de Montréal), l'eau des plages du Gouin peut être étonnamment chaude en juillet et août, favorisée par sa faible profondeur en maints endroits. Chaque matin, huards et orignaux vous attendront pour le café. Avec une chance de cocu, vous apercevrez peut-être même un loup solitaire.

Et n'oubliez pas votre couteau à fileter : le Gouin est possiblement le site de pêche au doré le plus réputé au monde. Une espèce qui, aux yeux des grandes toques, n'a d'égal que le saumon frais. Surtout grillé sur un feu au bord de l'eau, sous le soleil couchant...

Pour une liste des pourvoyeurs de la région :


Bombay, Port-au-Prince ou Marrakech comme si vous y étiez

par Martine Roux

À travers Montréal, loin des calèches et des cars de touristes, bat le coeur de quartiers pittoresques que même plusieurs Montréalais ignorent encore. Les parcourir à pied, c'est prendre le temps de vivre une expérience totalement dépaysante... et d'humer des parfums de vacances au bout de la rue plutôt qu'au bout du monde.

Rue Jean-Talon Ouest, en plein coeur de Parc-Extension, s'égrènent des commerces indiens, pakistanais et sri lankais, des communautés fortement établies dans ce quartier. Vous y croiserez des turbans, des saris... et d'irrésistibles odeurs de curry! Le parc Athéna, un charmant îlot de verdure jouxtant la gare Jean-Talon, mérite certainement qu'on s'y arrête pour flâner un peu. Saveur du quartier : Bombay Mahal (1001, rue Jean-Talon Ouest) est un restaurant plus-que-sympathique servant des plats typiquement indiens qui n'ont rien à voir avec ceux des restos du Plateau ou du centre-ville.

Saint-Michel est l'un des quartiers les plus cosmopolites de Montréal. Solidement ancrée dans les environs, la communauté haïtienne montréalaise l'a peu à peu transformé. C'est dans ses épiceries que vous trouverez par exemple des racines de malanga ou des chips de banane plantain. Saint-Michel a donné naissance à nombre de groupes locaux de musique hip-hop ou rap, mais le dimanche matin, c'est le gospel qui fait vibrer le quartier. Assister à une cérémonie religieuse dans l'une de ses églises, c'est participer à une expérience joyeuse : en créole ou en français, les messes sont souvent chantées, on y danse et frappe des mains. Saveur du quartier : À la fois marché et restaurant, Steve Anna (3290 et 3302, rue Bélanger) est un lieu de rassemblement incontesté de la communauté haïtienne du quartier. Les clients y causent gaiement et on y sert d'excellents plats du pays, comme les lambis et les grillots.

Le marché Jean-Talon. Un endroit complètement bigarré où se côtoient tant les agriculteurs aux mains calleuses que les femmes voilées. Les quartiers environnants, la Petite-Italie et Villeray, sont bien sûr le coeur de la communauté italienne montréalaise, mais de plus en plus, on s'y croirait davantage à Alger qu'à Rome : les Montréalais d'origine maghrébine ont carrément adopté ce coin de la ville. Le long de la rue Jean-Talon, par exemple entre Saint-Denis et Saint-Laurent, vous trouverez des théières marocaines et des cages à oiseaux. Des saucisses merguez et des olives. Des épices et du thé à la menthe... Saveur du quartier : L'excellent Daou (519, rue Faillon Est) sert une cuisine authentiquement libanaise autrement plus savoureuse que celle des restaurants branchés. Après quelques verres d'arak, la version libanaise du pastis, on oublie vite l'éclairage au néon...

On n'associe pas exactement le Centre-Sud à un quartier vietnamien. Pourtant, c'est bien rue Ontario Est que cette communauté a érigé la pagode bouddhique Tù Quang, un temple majestueux qui contraste avec les bars-salons des environs! À l'intérieur, c'est le faste : Bouddha règne en seigneur et maître dans une orgie de rouge et de jaune d'or. L'autel, décoré d'offrandes de toutes sortes, est dédié aux martyrs vietnamiens. Dépaysement garanti, surtout le dimanche, alors que des Vietnamiens des quatre coins de la ville s'y réunissent. Saveur du quartier : Restaurant à caractère familial, Tháo (2663, rue Ontario Est) sert des spécialités vietnamiennes uniques et exquises. Même ses sandwichs valent le détour!

Pour terminer votre parcours : le collectif d'animation urbaine L'autre Montréal propose des circuits de découverte — à pied, en autobus et même en bateau — animés par des spécialistes de l'histoire, de l'architecture, de l'urbanisme et de la sociologie montréalaise. Certains circuits abordent précisément l'aspect cosmopolite et interculturel de la ville.

Pour plus d'info : (514) 521-7802 ou www.CAM.ORG/~autrmtl/pages/circuits.html


Le train sur le pouce

par Éric Grenier

Au sud et à l'ouest des zones minières de l'Abitibi, au nord du Québec urbanisé, il y a cette région sans nom. Sur une carte de la province, elle a l'air d'un trou de beigne. Parfois, vous êtes officiellement dans les Laurentides, parfois en Abitibi, sinon en Outaouais ou bien en Mauricie.

Pour la majorité d'entre nous, cette région est inaccessible. Qui peut se taper 1 000 kilomètres de routes dignes du désert afghan avec une petite berline?

Sauf qu'il y a l'Abitibi, le train de Via Rail. Et quel train! Un vrai p'tit train du Nord qui, au départ de Montréal, passe par La Tuque avant de franchir, sur presque 500 kilomètres, ce pays de forêt boréale, d'immenses lacs, de rivières bouillonnantes, de villages étonnants d'originalité et de pourvoiries grand luxe. Entre tout ça, il n'y a rien, sinon la paix. Et tout au bout du parcours, la ville de Senneterre.

En route, vous traversez sur trois kilomètres le réservoir Blanc avec l'impression que le train flotte. Plus loin, à l'ouest du hameau de Clova, un panneau vous apprend que vous franchissez la ligne de partage des eaux. C'est ici que les océans Arctique et Atlantique se divisent le continent.

La particularité de ce train, c'est qu'il vous permet de descendre là où vous le voulez, qu'il y ait une gare ou non! Vous choisissez votre destination, selon le lac ou la rivière de rêve que vous aurez au préalable dénichés sur une carte topographique. Puis vous réservez votre place, au moins 24 heures à l'avance, en avertissant Via Rail de l'arrêt désiré. Pour reprendre le train au retour, soyez à l'heure juste et à l'endroit convenu très précisément, pour vous assurer que le chef mécanicien ne vous laisse pas derrière!

Ce qu'on vous propose ici, ce sont donc des vacances pour débrouillards. Dans ce coin, rien n'est organisé, sinon la cinquantaine de pourvoiries de chasse et de pêche accessibles le long du parcours ferroviaire. Pas de visites guidées, de musées de la patate ni de circuits touristiques pour «matantes». C'est à vous, avant de partir ou selon l'inspiration du moment, de créer votre propre programme : vélo de montagne dans les petits chemins forestiers abandonnés, escapade nautique dans l'une des pourvoiries, canot-camping au bout d'un lac et découverte de lieux inusités.

L'Abitibi vous mène aux sources de quelques-unes des plus belles rivières où l'on peut canoter au Québec (on apporte son embarcation à bord du train) : la Bazin, au départ de Parent, et la Gatineau, au sud de Clova.

Deux arrêts pittoresques méritent une descente. Clova, une bourgade d'une vingtaine d'habitants, avec ses gamins attikameks en VTT dans les rues de gravier et ses baraques d'anciens camps de prisonniers de guerre. Et Parent, métropole de cette cambrousse (400 habitants), site d'une ancienne base radar autrefois vouée à notre protection : elle devait détecter l'approche de missiles nucléaires soviétiques!

Pour plus d'information et pour réserver votre place à bord du train : 1 888 842-7245 ou www.viarail.ca/nostrains/fr_trai_queb_mose.html


 
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