Avec la récente dégringolade dans le secteur des télécommunications,
on aurait tendance à croire que l'industrie de l'électronique tourne au
ralenti. Et pourtant... la microélectronique et, bientôt, la nanoélectronique,
donnent un second souffle à ce secteur. État des lieux.
Elle était belle, la bulle des technos. Rappelez-vous ces hordes de jeunes
travailleurs de la nouvelle économie regardant vers l'avenir, les cheveux
au vent. Ils avaient l'étoffe de pionniers prêts à bâtir une société basée
sur les nouvelles technologies et les télécommunications.
Selon un rapport sur l'industrie des produits électriques et électroniques
de la région métropolitaine de Montréal (Table métropolitaine de Montréal,
Emploi-Québec, janvier 2002), le secteur de la fabrication de produits
informatiques et électroniques a vu la valeur de ses expéditions grimper
de 5,8 milliards à 15,1 milliards de dollars entre 1995 et 2000. Mais
à partir de 2001, on commence à s'apercevoir que la croissance est beaucoup
plus lente que prévu. C'est le début de la fin : coupures, restructurations,
chute des titres boursiers. Rien ne va plus.
L'éclatement de la bulle technologique n'a pas affecté que le monde des
télécommunications; elle a aussi éclaboussé l'industrie électronique.
Pour les milliers de personnes qui ont perdu leur emploi du jour au lendemain,
le réveil a été douloureux.
Mais tranquillement, l'industrie se relève de la tempête et rejoint le
niveau de croissance des secteurs traditionnels. «Les emplois perdus
après le krach en 2001 ont été regagnés depuis», soutient Denis
Beauchamp, directeur général de l'Ordre des technologues professionnels
du Québec (OTPQ).
Plus que les télécoms
L'électronique a une belle carte dans son jeu : elle touche à un
grand nombre d'industries. Plusieurs de ses sous-secteurs ont eu la chance
de n'avoir peu ou pas été touchés par la crise des télécoms. On manque
même d'employés dans certains de ces sous-secteurs. L'industrie pharmaceutique,
l'industrie pétrochimique et les imprimeries utilisent de l'équipement
électronique. Le secteur de l'environnement aussi se sert de plus en plus
de systèmes électroniques de contrôle et de mesure.
«Il y a beaucoup d'entreprises spécialisées en électronique qui
ne sont pas directement reliées aux télécoms, et où le marché ne s'est
pas effondré, explique le directeur du Département de génie électrique
à l'Université Laval, Paul Fortier. Pensons notamment aux secteurs de
l'électronique de puissance (les semi-conducteurs, entre autres), de l'électronique
de contrôle ou de l'électronique utilisée dans les transports, pour les
voitures hybrides, par exemple.»
Par ailleurs, l'électronique se miniaturise, tant et si bien que l'on
commence à remplacer le terme «électronique» par celui de
«microélectronique». Les entreprises du secteur de la microélectronique
fabriquent des composants et des systèmes électroniques qui sont à la
base de l'équipement informatique, de télécommunications ou d'instrumentation.
Selon un récent rapport du Comité sectoriel de la main-d'oeuvre de l'industrie
électrique et électronique (CSMOIEE), cette industrie a créé plus de 300
emplois en 2002. Il n'existe pas de statistiques pour 2003, mais selon
Geneviève Lussier, agente de développement au CSMOIEE, la tendance pourrait
se maintenir. On aurait même de la difficulté à pourvoir à certains postes.
«Les ingénieurs de production microélectronique, les technologues
en génie physique, les assembleurs microsoudures (ceux qui soudent les
circuits intégrés) et aussi les gestionnaires de projet sont difficiles
à trouver. Dans ce dernier cas, on recherche souvent des ingénieurs spécialisés
en gestion de projet», ajoute-t-elle.
Selon Denis Beauchamp, beaucoup d'entreprises québécoises en électronique
se spécialisent dans le secteur de l'intégration : «L'intégrateur
assemble les composants électroniques pour en faire un produit fini. Nous
avons des membres qui prospèrent dans ce domaine, surtout en exportant
leurs services.»
Et bientôt, la nanoélectronique fera son entrée au Québec. Dans ce sous-secteur
de l'électronique, les composantes fabriquées ont une taille microscopique.
Pour le moment, le domaine n'en est qu'à l'étape de la recherche, à l'Université
Laval notamment, mais il pourrait d'ici à quelques années donner un second
souffle à l'industrie électronique québécoise.
En fait, l'électronique est un vaste domaine, et les possibilités de formation
qui y mènent le sont tout autant.
Les formations professionnelles permettent d'occuper un emploi en maintenance,
dépannage, réparation ou installation d'appareils ou de systèmes électroniques.
Les diplômés deviennent installateurs de réseaux de télécommunications,
réparateurs d'appareils électroniques ou réparateurs de micro-ordinateurs,
par exemple. D'autres travailleurs de l'industrie possèdent une formation
universitaire en électronique (comme le génie électrique) et une spécialisation
dans un secteur en particulier (réseautique, réparation de micro-ordinateurs,
etc.).
Par contre, c'est la formation collégiale en électronique qui accueille
le plus d'adeptes. Les élèves y reçoivent une formation de base autant
théorique que pratique. Les diplômés de niveau collégial peuvent occuper
des emplois de technologues en entretien, réparation ou installation d'équipements
industriels, de techniciens de systèmes ordinés, entre autres.
Les perspectives d'emploi dans le domaine sont larges puisque les spécialistes
en électronique peuvent même être appelés à travailler dans une organisation
qui n'est pas directement reliée à l'industrie, comme c'est le cas du
technicien en réparation et entretien d'appareils dans un hôpital, par
exemple.
Nouvelles technologies, nouvelles formations
Du VHS au DVD, de la télévision analogique à la numérique, sans parler
des ordinateurs qui deviennent désuets quelques mois à peine après leur
mise en marché... Les innovations débarquent à un train d'enfer dans cette
industrie et les centres de formation doivent sans cesse s'adapter aux
nouvelles technologies.
Le ministère de l'Éducation a mis à jour en septembre les programmes de
diplôme d'études professionnelles (DEP) Réparation d'appareils électroniques
audiovidéo et Installation et réparation d'équipement de télécommunication
pour mieux répondre aux besoins de l'industrie. À l'horaire : beaucoup
de pratique et de concret.
Dans les locaux du Centre de formation professionnelle Émile-Legault,
qui offre ces programmes, on trouve toute une jungle de produits électroniques
éventrés qui deviennent le terrain de jeu des élèves! «Ils travaillent
à des projets concrets, dit Ghyslaine Legault, conseillère pédagogique
au Centre. Par exemple, un groupe monte présentement un réseau d'ordinateurs
qui sera utilisé en classe.» Le Centre offre aussi une attestation
d'études professionnelles (ASP) intitulée Réparation de micro-ordinateurs
et introduction à la réseautique. Selon Ghyslaine Legault, les salaires
des diplômés de ces programmes oscillent autour de 10 $ l'heure.
Du côté universitaire, on a aussi modifié les programmes pour répondre
aux demandes du marché du travail. «Ces dernières années, nous avons
intégré au baccalauréat en génie électrique une séquence de quatre cours
de design qui visent à amener les étudiants à suivre une démarche de gestion
de projet. Auparavant, ils réalisaient un travail de fin d'études, mais
nous n'avions pas de cours pour les habituer à travailler en équipe et
à gérer des projets», explique Paul Fortier, de l'Université Laval.
Lors de ces cours de design, les étudiants réalisent une série de projets
concrets et travaillent avec des outils de pointe comme... des blocs Lego
Mindstorms!
Les principales formations
Diplômes d'études professionnelles (DEP)
Réparation d'appareils électroniques audiovidéo
Réparation et installation d'appareils électroniques domestiques
Installation et réparation d'équipement de télécommunication
Attestation de spécialisation professionnelle (ASP)
Réparation de micro-ordinateurs
Attestations d'études collégiales (AEC)
Assembleur et installateur de systèmes électroniques
Dépannage de systèmes électroniques
Électricité et électronique de maintenance
Technologie des systèmes électroniques domestiques
Diplômes d'études collégiales (DEC)
Technologie de conception électronique
Technologie de l'électronique
Technologie de l'électronique industrielle
Technologie des systèmes ordinés
Baccalauréats
Génie de la production automatisée
Génie électrique
Pour plus de détails sur ces formations, consultez :
l'Inforoute FPT
www.inforoutefpt.org
le Répertoire des programmes et des cours de l'enseignement collégial
du ministère de l'Éducation du Québec
www.meq.gouv.qc.ca/ens-sup/ens-coll/Cahiers/cahiers.asp
et les sites du carnet.