Avant de pouvoir pratiquer la profession tant convoitée, il arrive
que la route soit longue et difficile. Un proche peut tenter de nous faire
changer de choix de carrière. Des employeurs peuvent refuser notre candidature
ou aller jusqu'à dire que nous ne sommes pas à notre place dans un tel
métier! S'il faut dans certains cas se rendre à l'évidence et modifier
notre orientation professionnelle, il est parfois payant de s'entêter.
Vous sortez d'une entrevue d'embauche et vous ne savez trop à quoi vous
en tenir. Quelques jours plus tard, les nouvelles sont mauvaises :
vous n'avez pas été choisi. C'est le genre d'expérience qui peut arriver
à tout le monde, bien sûr. Le problème, c'est lorsque ce scénario se répète
d'une fois à l'autre. Le candidat qui se heurte constamment à des refus
devrait-il se poser de sérieuses questions sur son choix de carrière?
Pas nécessairement, croit Mathieu Guénette, conseiller d'orientation au
Collège Jean-de-Brébeuf et à Emploi-Québec. Dans certains secteurs, comme
les arts et les sports, il y a beaucoup d'appelés et peu d'élus, explique-t-il.
«Il est donc normal de devoir persévérer dans ses démarches.»
Mais encore faut-il déterminer si son ambition est réaliste : une quadragénaire
obèse ne pourrait pas devenir ballerine...
Mathieu Guénette ne décourage jamais une personne de tenter sa chance
dans un secteur «difficile». Mais elle doit être consciente
des embûches auxquelles elle aura à faire face. D'après lui, ce sont souvent
les proches du candidat qui risquent de lui donner une douche froide :
«Les gens offrent des conseils en fonction de leurs expériences
personnelles et en tenant pour acquis que la personne leur ressemble»,
explique-t-il. Par exemple, le père entrepreneur qui a sombré dans la
faillite sera peut-être peu enclin à encourager son fils à se lancer à
son propre compte.
Par ailleurs, faire piètre figure en entrevue, même à répétition, ne signifie
pas automatiquement que l'on s'est trompé de vocation. «Certains
candidats ne "passent" pas en entretien, mais sont très compétents techniquement»,
observe Denis Gagnon, président d'Isocrate Recruteur-Conseil, une firme
de recrutement spécialisée dans la recherche de cadres et de professionnels.
Tout est dans l'art de convaincre... et de se vendre : le facteur
«personnalité» compte pour environ 75 % dans la sélection
d'un candidat, d'après lui. Il peut donc se révéler profitable de consulter
un conseiller d'orientation ou un coach en carrière, par exemple, pour
déterminer si l'on s'est vraiment trompé de voie... ou si de simples maladresses
nous empêchent de percer.
Denis Gagnon cite l'exemple d'un gestionnaire à la recherche d'un emploi
depuis deux ans et qui ne savait pas «se vendre»... De quoi
susciter un questionnement professionnel! «Il était nerveux et mal
préparé pour ses entrevues. Je lui ai donné des conseils et une entreprise
l'a finalement engagé.»
Lâcher le morceau
Même s'ils y travaillent d'arrache-pied, certains étudiants n'arrivent
pas à être admis dans le programme de formation de leur choix, et certains
chercheurs d'emploi ne parviennent pas à obtenir de poste dans le domaine
convoité. Peut-être n'ont-ils pas un dossier scolaire suffisant ou le
profil de compétences nécessaire. «Il faut alors en faire son deuil
et c'est très douloureux», souligne Isabelle Falardeau, psychologue
et conseillère d'orientation au Cégep de Granby Haute-Yamaska. C'est d'autant
plus dur pour ceux qui, depuis l'enfance, entretiennent leur rêve à coup
de «plus tard, je serai...».
À tort, certains choisiront de s'acharner face à leur échec. Dans un livre
intitulé S'orienter malgré l'indécision (Éditions Septembre, 1999),
la psychologue associe ce comportement à celui d'un oiseau, le pic. Si
ces personnes «picossent» toujours le même bout de bois, c'est
qu'elles n'ont jamais envisagé d'autre carrière et sont incapables de
composer avec la multitude de possibilités professionnelles. «On
pense que ces personnes sont décidées, mais en réalité, elles sont indécises»,
soutient Isabelle Falardeau.
Mais tôt ou tard, le pic est confronté à la réalité. Nicolas Bussières,
conseiller chez Diogène Recrutement, une firme de ressources humaines
de Sainte-Foy, a déjà invité un candidat à faire une réflexion sur son
orientation professionnelle, après cinq minutes d'entrevue. «Il
n'avait pas les traits de personnalité d'un conseiller en gestion des
ressources humaines, comme la facilité à communiquer», précise-t-il.
Le candidat a semblé réagir positivement à sa remarque. «Je lui
ai donné le petit coup de pied dont il avait besoin pour passer à l'action.»
N'empêche, de bons candidats peuvent passer sous le nez des recruteurs
les plus expérimentés. «Pour un poste, je regarde parfois 60 dossiers
et je convoque près de 12 personnes en entrevue», souligne Jean
Gauthier, président de la firme de recrutement Gauthier Conseils. Sur
ce nombre, trois ou quatre rencontreront l'employeur qui, lui, n'en choisira
qu'un... «Le recrutement n'est pas une science exacte.» Ce
spécialiste du recrutement estime que tous les candidats qu'il sélectionne
pour une première rencontre avec l'employeur sont susceptibles d'être
embauchés. «Une personne peut être refusée tout simplement parce
qu'elle est trop compétente pour un poste, explique-t-il. On pense qu'elle
perdra rapidement de la motivation.» Jean Gauthier mentionne aussi
que si un candidat lui dit qu'il n'était pas en pleine forme lors de l'entrevue,
il lui permettra d'en passer une autre.
Il ne faut évidemment pas baisser les bras au premier obstacle. Marie-Ève
Sylvestre, avocate, en est la preuve. En 1996, l'Université McGill a refusé
sa candidature au baccalauréat en droit, après lecture de son dossier.
«Je n'ai jamais vraiment su pourquoi. J'avais une forte moyenne.
Par contre, j'ai fait mon cégep en trois ans au lieu de deux parce que
j'étais impliquée en politique étudiante. Je crois que c'est ce qui m'a
nui.» Elle a été admise la même année à la faculté de droit de l'Université
de Montréal. Depuis, elle a terminé première de la cohorte de 2000 du
Barreau du Québec, a travaillé comme clerc à la Cour suprême du Canada
et effectue présentement des études de doctorat à l'Université Harvard...
Tant pis pour McGill!
Les sceptiques sont confondus...
Plusieurs personnalités ont essuyé de cinglantes rebuffades au cours de
leur formation ou au début de leur carrière. Ils ont persévéré dans leur
voie envers et contre tous... et ont gagné leur pari. Histoires de revanches
célèbres.
Elvis Presley, chanteur et acteur
Après son premier spectacle, voici le commentaire qu'il essuya de la part
de Jim Denny, directeur de l'émission musicale où il s'était produit :
«T'arriveras à rien. Tu devrais retourner conduire ton camion.»
Marilyn Monroe, actrice
Quand celle qui portait encore le nom de Norma Jean Mortenson cogna à
la porte de l'agence de mannequins Blue Book en 1944, la directrice ne
lui offrit aucun espoir : «Vous feriez mieux de trouver un travail
de secrétaire ou un mari.»
Thomas Edison, inventeur du phonographe, du kinétoscope, de l'ampoule
électrique et de la lampe à incandescence
À la petite école, un professeur lui a signifié qu'il n'était pas une...
lumière. Décrété «instable» par ce dernier, Thomas Edison
a quitté l'école à l'âge de sept ans.
David Hume, philosophe
En 1744, alors qu'il avait 33 ans, celui qui est désormais reconnu comme
un digne représentant de l'empirisme philosophique a été refusé à la chaire
de «morale et philosophie pneumatique» de l'Université d'Edimbourg.
Jacques Brel, auteur-compositeur, chanteur et acteur
En 1954, Jacques Brel est arrivé 27e sur 28 lors du «Grand Prix
de la Chanson» de Knokke-le-Zoute, en Belgique. Le 28e participant
avait été disqualifié dès la première audition, pour cause de voix médiocre!
Luc Robitaille, hockeyeur
Avec quelque 620 buts marqués depuis ses débuts dans la LNH, Luc Robitaille
se dirige tout droit vers le Temple de la Renommée. Qui l'eût cru? En
1984, il a été repêché en neuvième ronde par les Kings de Los Angeles.
Cent soixante-dix joueurs ont été choisis avant lui!
Réjean Ducharme, écrivain
En 1966, aucun éditeur québécois n'a voulu du premier roman de Réjean
Ducharme, L'Avalée des avalées. C'est Gallimard, un cousin français, qui
a daigné le publier...
Charles Aznavour, auteur-compositeur, chanteur et acteur
À ses débuts sur scène, Charles Aznavour n'inspirait rien qui vaille à
la critique française, qui le trouvait «trop petit, sans voix et
sans charisme». La chanteuse Édith Piaf, dont il devint plus tard
le parolier, a tout tenté pour faire percer son ami. Un directeur de théâtre
avait eu cette réplique cinglante : «Je ne peux tout de même
pas engager l'électricien de Piaf.»
Albert Einstein, physicien
Au début du siècle dernier, Albert Einstein a longtemps vainement tenté
de se faire embaucher comme assistant de recherche par plusieurs universités
européennes. On le trouvait «trop frondeur et indépendant».
Seize ans plus tard, le génie terminait ses travaux sur la théorie de
la relativité générale.
Sources : Courrier International; Info Science (www.infoscience.fr);
Yahoo! Encyclopédie (fr.encyclopedia.yahoo.com);
Encyclopédie Wanadoo Hachette (www.wanadoo.fr);
Yahoo! musique (fr.music.yahoo.com);
La Presse Canadienne; Ligue nationale de hockey (nhl.com/lineups/player/8450941.html).