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[Hors
piste]
Les
sens de l'art
par
Lise Villeneuve
Nom : Marie-France Bérard
Âge : 39 ans
Emploi : Responsable des visites au Musée d'art contemporain de
Montréal
Formation : Baccalauréat en histoire de l'art
On a de la visite : Mon travail consiste à être littéralement un
médiateur entre l'ouvre d'art et le public. L'équipe d'éducateurs du Musée
offre des visites guidées et commentées des différentes expositions. En
plus d'effectuer moi-même des visites, je supervise l'équipe. Je travaille
au Musée depuis environ 10 ans.
Accrocheuse : Pour chaque visite, on s'adapte aux individus, à
leurs intérêts, à leurs besoins. L'âge de nos visiteurs varie de 4 à 97
ans! Nous recevons le grand public, les enfants, mais aussi des gens qui
ont des besoins spécifiques, comme des personnes handicapées physiquement
ou intellectuellement. Eux aussi fréquentent les musées, certains même
assidûment!
Les yeux du cour : On reçoit chaque année plusieurs groupes de
personnes handicapées intellectuellement. Les visites avec ces personnes,
c'est exactement la même chose qu'avec le public régulier. Seule la façon
de commenter la visite est différente. Il faut simplement s'attarder à
ce qui les intéresse, ce qui peut les émouvoir, et être à l'écoute de
leurs besoins, de leurs intérêts, de leurs coups de cour.
Montrer du doigt : On reçoit occasionnellement des aveugles intéressés
par des ouvres ou des artistes en particulier. Guider un aveugle, ça représente
tout un défi! Au fil du temps, j'ai réussi à développer une technique
pour les aider à entrer en contact avec l'art. S'il s'agit de sculptures,
on explore les ouvres de façon tactile, après avoir demandé les autorisations
nécessaires aux conservateurs du Musée. On met des gants de coton et on
découvre ensemble cinq ou six sculptures. Pendant ce temps, je leur parle
de l'histoire de l'ouvre et du travail de l'artiste.
Bricolage : La visite d'une exposition de peinture sera quant à
elle plus descriptive puisqu'on ne peut pas toucher les ouvres. À ce moment-là,
j'essaie de faire une «transcription» de l'ouvre en deux dimensions,
ou en relief, sur des plaques de styromousse ou sur des feuilles d'aluminium.
J'y reproduis les formes, la structure, la composition générale de l'ouvre,
ce qui permet d'avoir un point commun pour amorcer la discussion avec
les visiteurs aveugles.
Traduction svp : En tant que personne voyante, je suis toujours
un peu désemparée au moment de la description. Par où commencer? Qu'est-ce
qui est important? Comment décrire afin que toute cette série de mots
ait du sens? En fait, je me rends compte qu'on est souvent porté à sauter
d'un élément à un autre, sans faire les liens qui rendraient tout ça cohérent!
C'est une technique qu'il faut développer. Et parfois, ce sont les personnes
aveugles qui m'aident et me disent : «Oups! Là t'as oublié quelque
chose! T'as oublié de me décrire tel lien ou tel détail!»
Trompe-l'oil : En plus de «reproduire» les ouvres sur
un autre support, j'utilise des métaphores, surtout pour les couleurs.
Je dirai, par exemple, un rouge vibrant comme un coup de trompette! ou
un jaune très chaud, très éclatant, comme le soleil. Tout ça vient très
naturellement, et je mentionne les couleurs parce qu'il ne faut pas se
censurer : les aveugles eux-mêmes nous demandent de nommer les couleurs.
Même s'ils ne les voient pas, ou ne les ont jamais vues, ils savent que
c'est quelque chose d'important dans le monde des voyants et ils comprennent
ce que ça veut dire si on fait une comparaison auditive, par exemple.
Le plus beau des cadeaux : . c'est lorsque je sens que j'ai réussi
à stimuler les gens intellectuellement ou dans leurs émotions. Ils ressentent
du plaisir parce qu'ils ont été en contact avec l'art, parce qu'il s'est
VRAIMENT passé quelque chose entre eux et l'ouvre. Quand cela arrive,
j'ai réellement l'impression d'avoir fait mon travail, de leur avoir transmis
ma passion pour l'art.
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