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  [Métallurgie et fabrication métallique industrielle]
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par Sylvie L. Rivard

Industries dynamiques recherchent main-d'oeuvre spécialisée! Malgré les perspectives d'emploi intéressantes et la promesse de carrières stimulantes dans les domaines de la métallurgie et de la fabrication métallique, les candidats manquent à l'appel. Avec le vieillissement de leurs travailleurs, ces deux industries doivent coûte que coûte préparer la relève.


Métallurgie et fabrication métallique industrielle : c'est vague? Et si on vous dit chaudières, réservoirs, conteneurs, boulons, quincaillerie, coutellerie... Vous aurez tout compris : ce sont des industries essentielles.

En deux mots, l'industrie métallurgique et celle de la fabrication métallique industrielle (FMI) interviennent dans la transformation des métaux. Proches parentes, l'une ne va pas sans l'autre.

D'après les plus récentes données de Statistique Canada (1999), l'industrie métallurgique québécoise regroupe 147 entreprises employant 29 000 travailleurs. Chacune de ces entreprises transforme principalement l'un des cinq métaux suivants : aluminium, acier, cuivre, zinc et magnésium. La majorité des emplois en métallurgie proviennent toutefois des sous-secteurs de l'aluminium (60,4 %) et de l'acier (27,2 %), selon la Direction des industries chimiques et de la métallurgie du ministère des Finances, de l'Économie et de la Recherche (MFER). L'industrie métallurgique est composée de grandes entreprises telles qu'Alcan, Ispat Sidbec, Stelco Mc Master, Magnola, Noranda, Aluminerie Alouette, etc.

Pour sa part, selon les données du Comité sectoriel de la main-d'oeuvre dans la fabrication métallique industrielle (CSMOFMI), l'industrie de la FMI regroupe près de 2 000 établissements québécois et environ 60 000 travailleurs. Elle est composée de quelques grandes entreprises — comme Bombardier, le Groupe ADF (Au Dragon Forgé) et Les aciers Canam —, mais surtout de PME.

Besoin de sang neuf!
L'industrie de la métallurgie a connu son lot de difficultés lors des périodes de ralentissement économique. Toutefois, les perspectives d'emploi s'annoncent prometteuses. «Au cours des années 1970, les entreprises ont procédé à d'importantes vagues d'embauches», souligne Suzanne Proulx, présidente du Comité sectoriel de main-d'oeuvre de la métallurgie du Québec (jusqu'à récemment Comité sectoriel de la sidérurgie du Québec). «D'ici à quelques années à peine, de 50 à 70 % de la main-d'oeuvre de certaines entreprises sera admissible à la retraite. Puisque ces travailleurs sont fortement syndiqués et dotés d'excellentes conventions collectives, ils seront tentés de partir.»

À tel point que l'industrie cherche à définir des stratégies pour assurer la transmission de l'expertise aux plus jeunes ainsi que pour freiner les départs massifs. Les travailleurs expérimentés pourraient, par exemple, être appelés à suivre une formation de formateurs (coaching) pour transmettre leur savoir. L'aménagement du temps de travail (comme les formules de temps partagé et les horaires plus souples) est aussi envisagé pour inciter les travailleurs âgés à reporter l'heure de la retraite.

Mais tôt ou tard, l'industrie de la métallurgie aura besoin de sang neuf dans l'ensemble des régions où elle est présente : Montérégie, Saguenay-Lac-Saint-Jean, Côte-Nord, Abitibi-Témiscamingue, Mauricie et la grande région de Montréal. «Certaines entreprises éprouvent déjà de la difficulté à recruter une main-d'oeuvre qualifiée, note Suzanne Proulx. Par ailleurs, les écoles de la Montérégie — où est concentré le sous-secteur de la sidérurgie (acier) — ont aussi du mal à combler les places disponibles sur leurs bancs.» Un cercle vicieux, quoi : pas d'élèves, pas de relève.

Alcan a réussi à tirer son épingle du jeu pour l'instant, nuance Gérald Martel, directeur des relations industrielles au groupe Alcan Métal primaire Québec. «Le taux de chômage élevé de la région du Saguenay-Lac-Saint-Jean, le fait qu'il y ait peu de grandes entreprises, la force d'attraction d'Alcan sur les travailleurs de la région, les conditions salariales et les liens étroits de l'entreprise avec les écoles d'enseignement expliquent en partie cette situation.» Mais l'entreprise a dû contacter des centres d'emploi à l'extérieur de sa région pour pourvoir à certains postes en mécanique et en instrumentation, ajoute-t-il.

«Même si le problème est occulté pour l'instant au sein des alumineries, il reste que la moyenne d'âge dans certaines usines est de 50 ans», souligne toutefois Roger Martineau, président par intérim du Syndicat national des employés de l'aluminium d'Arvida (SNEA), affilié à la Fédération des syndicats du secteur de l'aluminium (FSSA). «Cela laisse présager de sérieux problèmes si les écoles ne nous fournissent pas assez de diplômés.»

L'industrie de la FMI, dont la moitié des établissements nichent à Montréal et en Montérégie, n'est pas en reste dans ce combat. À l'automne dernier, le CSMOFMI a mené une vaste campagne promotionnelle pour l'industrie qui, évoquait-il dans un communiqué de presse en octobre 2002, «fait face à une pénurie de main-d'oeuvre qualifiée et qui, faute de relève, s'inquiète même de son avenir».

Claude Dupuis, président du CSMOFMI et directeur des opérations à C-MAC Métaltek, soutient que l'industrie de la FMI québécoise a d'abord besoin de main-d'oeuvre spécialisée. «Notre créneau est la fabrication sur mesure et sur commande, ce qui implique la conception de produits différents, à l'unité ou en petits lots. Plus une entreprise fabrique sur mesure, plus ses besoins de main-d'oeuvre spécialisée sont élevés. Malheureusement, encore aujourd'hui, l'idée véhiculée est que les métiers spécialisés n'offrent pas de perspectives intéressantes. Or, il y a de fichus beaux métiers en FMI qui marient compétences techniques et imagination, comme celui de matriceur!»

Métiers sur mesure
Dans ce domaine, la majorité des diplômés dénichent rapidement un emploi. Rolland Robert, enseignant au Centre de formation en métallurgie de Laval (Commission scolaire de Laval), donne des cours en ferblanterie/tôlerie (seconde transformation). «Il ne se passe pas une semaine sans que l'on reçoive des appels ou des télécopies d'entreprises à la recherche de main-d'oeuvre, dit-il. Certains élèves travaillent le soir, d'autres malheureusement quittent l'école pour entrer plus vite sur le marché du travail.»

Selon le Comité sectoriel de main-d'oeuvre de la métallurgie du Québec, des travailleurs spécialisés comme les mécaniciens industriels, les mécaniciens de machinerie et les tuyauteurs seront demandés au cours des prochaines années dans l'industrie de la métallurgie. Du côté des métiers non spécialisés, les opérateurs sont ardemment recherchés.

Au Comité sectoriel de la main-d'oeuvre dans la fabrication métallique industrielle, on croit que les machinistes, outilleurs, moulistes, matriceurs, opérateurs de machines d'usinage et mécaniciens seront populaires au cours des prochaines années dans l'industrie de la FMI. Une demande, mais plus circonscrite, s'observera également pour les soudeurs, soudeurs-assembleurs, assembleurs de structures métalliques, tôliers et opérateurs de presse. Les techniciens en génie mécanique, programmeurs de machines à commande numérique et dessinateurs devraient aussi s'en tirer haut la main.

L'industrie de la métallurgie et celle de la fabrication métallique industrielle ne demandent qu'à dégoter des perles rares formées dans les écoles. Pour l'instant, faute de main-d'oeuvre qualifiée, la formation sur le tas devient la porte de sortie de certaines entreprises. Mais si l'offre de diplômés s'accentue, il y a fort à parier que les entreprises feront la queue aux portes des écoles.


Des industries apparentées

L'industrie métallurgique, en aval du secteur des mines où l'on procède à l'extraction du minerai, comprend les entreprises dont l'activité principale consiste à fondre et à affiner les métaux — notamment l'aluminium, l'acier, le cuivre, le zinc et le magnésium. C'est l'industrie de la première transformation des métaux. Le produit de la fonte et du raffinage est habituellement utilisé sous forme de lingots pour fabriquer, par laminage ou étirage, feuilles, rubans, barres, tiges et fils métalliques. Il est aussi utilisé sous forme liquide pour produire moules et autres produits métalliques de base.

L'industrie de la fabrication métallique industrielle regroupe pour sa part les établissements dont l'activité principale consiste à forger, estamper, former, tourner ou assembler des éléments métalliques pour fabriquer une multitude d'objets. Telle que définie par le Comité sectoriel de la main-d'oeuvre dans la fabrication métallique industrielle (CSMOFMI), elle inclut également les secteurs de la fabrication de machinerie, de la construction et de la réparation de navires, et de la fabrication de matériel ferroviaire roulant. Ces entreprises de seconde transformation des métaux travaillent les métaux afin de fabriquer des produits, de l'équipement et des machines destinés aux marchés industriels, aux services publics et aux commerces.


Treize formations gagnantes

Selon le ministère de l'Éducation du Québec, parmi les 50 formations offrant les meilleures perspectives d'emploi en 2002-2003, 13 se trouvent dans les industries de la métallurgie et de la FMI.

Métallurgie
  • Assemblage de structures métalliques (DEP)
  • Traitement de surface (DEP)
  • Fabrication métallique
  • Matriçage (ASP)
  • Outillage (ASP)
  • Conduite et réglage de machines à mouler (DEP)
  • Montage de câbles et de circuits en aérospatiale (DEP)
  • Techniques d'usinage (DEP)
  • Usinage sur machines-outils à commande numérique (ASP)
  • Tôlerie de précision (DEP)
  • Fabrication de moules (ASP)
  • Technologie du génie industriel (DEC)
  • Techniques de production manufacturière (DEC)
  • Techniques de transformation des matériaux composites (DEC)
  • Source : Ministère de l'Éducation du Québec, Top 50 de la formation professionnelle et technique 2002-2003, (www.inforoutefpt.org/dgfpt/top50_2002-2003).


    La formation, c'est payant!

    En raison de la complexité croissante du travail tant en métallurgie qu'en FMI, les entreprises valorisent de plus en plus la formation professionnelle.

    Les aciéries, entre autres, travaillent étroitement avec les écoles pour qu'elles offrent des programmes répondant aux besoins précis de l'industrie de la métallurgie. «Les entreprises ont déterminé le profil idéal d'un mécanicien d'entretien et nous avons conçu un programme sur mesure», explique Michel Croteau, directeur du Service de l'éducation des adultes et de la formation professionnelle à la Commission scolaire Sorel-Tracy.

    La formation comprend un diplôme d'études professionnelles (DEP) en mécanique industrielle, une attestation de spécialisation professionnelle (ASP) en commandes industrielles et une ASP en tuyauterie/soudage. «Les entreprises ne cherchent plus de bons vieux mécaniciens comme dans les années 1940, affirme-t-il. La mécanique ne suffit plus : on parle maintenant d'hydraulique, d'informatique, de pneumatique, d'électronique, etc. L'industrie recherche donc des ouvriers spécialisés mais polyvalents, en mesure de poser des diagnostics et de résoudre des problèmes.»

    Former du personnel à l'interne coûte cher en temps et en argent aux entreprises. Ainsi, les aciéries ont collaboré avec le Cégep de Sorel-Tracy pour que naisse une attestation d'études collégiales (AEC) pour les opérateurs. Michel Labrie, directeur du développement de la main-d'oeuvre chez QIT-Fer et Titane — un chef de file qui exploite un gisement d'ilménite près de Havre-Saint-Pierre et un complexe métallurgique à Sorel-Tracy —, reconnaît la valeur de ces diplômés. «Nous voulons embaucher des gens qui s'adaptent aux nouvelles méthodes, à l'innovation et au changement. Or, ces diplômés sont une source privilégiée pour nous : en suivant une formation, ils démontrent déjà un intérêt pour la métallurgie; un stage en entreprise nous permet de mieux les connaître et, lors de l'embauche, la formation à l'interne est écourtée.» Les résultats parlent d'eux-mêmes : seul un employé non qualifié sur 15 conservera son emploi après une période d'essai, tandis que la majorité des diplômés tiendront le coup.

    Et les salaires sont plus qu'alléchants! En métallurgie, le salaire moyen de départ d'un opérateur ou d'un mécanicien d'usine est d'environ 20 $ l'heure, auquel s'ajoutent les heures supplémentaires, souligne Suzanne Proulx, présidente du Comité sectoriel de main-d'oeuvre de la métallurgie du Québec.

    Du côté de la fabrication métallique industrielle (FMI), la formation est également valorisée. Selon un sondage effectué en 2001 pour le compte du Comité sectoriel de la main-d'oeuvre dans la fabrication métallique (CSMOFMI) et portant sur le recrutement et la formation dans ce secteur, la majorité des entreprises interrogées ont dit éprouver des difficultés de recrutement. Les trois raisons évoquées : le manque d'expérience, les qualifications inadéquates et la pénurie de main-d'oeuvre.

    À l'entreprise Julien inc. de Québec, faute de main-d'oeuvre qualifiée, la formation des travailleurs est souvent donnée à l'interne. «Dans notre région, comme il n'y a pas assez d'écoles qui forment des opérateurs de machines à commande numérique, nous prenons la relève à l'interne, déplore Yves Proteau, vice-président aux opérations. La majorité des travailleurs sont formés à partir de zéro. Nous avons notre propre école à l'interne, un directeur de formation y travaille à temps plein.» Le vice-président aimerait n'engager que des diplômés, mais la pénurie de main-d'oeuvre spécialisée rend cette situation quasi utopique, selon lui.

    «La venue de l'informatique et des appareils à commande numérique a permis de rehausser la complexité des pièces fabriquées, explique Claude Dupuis, président du CSMOFMI. Cela augmente les exigences face aux travailleurs.» Quand ils envahiront le marché, les diplômés pourront obtenir de meilleurs salaires, croit-il. Pour l'instant, le salaire de départ des métiers spécialisés de la FMI avoisine 12 $ l'heure; à cela s'ajoutent les primes pour le travail de soir, de nuit ou les week-ends, et les heures supplémentaires.


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