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[C'est
la vie!]
Certains travailleurs doivent multiplier les efforts pour percer ou réintégrer
le marché du travail. Handicap, maladie, passé difficile. La série C'est
la vie! leur tend le micro.
Refaire
surface
par
Emmanuelle Tassé
Les victimes de dépression, de schizophrénie ou d'anxiété ont leur
place sur le marché du travail, à condition de pouvoir y préserver leur
équilibre psychologique. Pour l'employé comme pour l'employeur, motivation
et saine communication suffisent souvent à partir du bon pied.
À la suite d'une dépression majeure, Laura (nom fictif), la mi-trentaine,
entamait au printemps dernier un stage chez la chaîne de vêtements Winners.
Très introvertie à son arrivée, cette ancienne aide-cuisinière et femme
de ménage s'adonnait discrètement à ses tâches : ouvrir les boîtes de
marchandise en entrepôt et placer les articles sur les étalages en magasin.
« Elle préférait s'isoler plutôt que d'affronter les collègues
ou les clients, raconte Diane Bourque, gérante de la succursale Jean-Talon.
Son superviseur lui donnait quelques repères sans insister. Nous l'avons
laissée évoluer à son rythme. »
Au bout de huit semaines, Laura s'ouvrait doucement, souriait, affirmait
ce qu'elle aimait et n'aimait pas. « Tout dépend de l'accueil
dans ce genre de situation. Les gens en difficulté psychologique s'adaptent
bien et s'épanouissent dans un milieu chaleureux et compréhensif »,
estime Diane Bourque.
Loin d'être un mal isolé, les problèmes de santé mentale concernent une
personne sur six au Québec. Ils n'ont rien à voir avec la déficience intellectuelle,
bien que les deux termes soient souvent confondus. D'après la politique
de santé mentale du gouvernement du Québec, « l'équilibre d'une
personne s'apprécie à sa capacité d'utiliser ses émotions de façon appropriée
dans les actions qu'elle pose ». Ce qui n'est pas le cas des
personnes souffrant de burnout, d'un passé psychiatrique lourd, de troubles
de la personnalité ou de troubles anxieux, de phobie sociale, de schizophrénie,
de dépression, de maniaco-dépression, autant de problèmes de santé mentale.
À la hauteur?
Laura avait décroché son stage salutaire après être passée par Accès Cible,
un organisme communautaire de Montréal qui offre des programmes d'intégration
au travail, de réadaptation et de maintien en emploi à des candidats qui
éprouvent des problèmes de santé mentale. « On ne gère pas
la maladie, explique Guy Rolland, coordonnateur des programmes. Si les
gens font la démarche de venir nous voir, c'est que leur état est stable,
ils en sont là dans leur évolution. »
Accès Cible évalue les difficultés, les besoins et la motivation des 75
clients qui cognent chaque année à sa porte. Au menu : démarches de groupe
(échanges d'expériences, relaxation), bilan personnel et professionnel,
ateliers de gestion du stress et des conflits. Appuyé par l'organisme,
chacun cherche ensuite un stage en fonction de ses goûts et de ses champs
d'intérêt. Pour l'employeur, il s'agit d'une main-d'ouvre gratuite et
d'une occasion de s'engager socialement. « Dans une majorité
de cas, le problème qu'éprouvent nos participants n'en est pas un de compétence,
mais de peur de ne pas être à la hauteur », précise Guy Rolland.
Même point de vue chez Martial Melançon, coordonnateur de Mil-Métiers,
un programme qui vise la réadaptation au travail et l'intégration sociale
des personnes qui ont des difficultés psychiques, à Chicoutimi. « Dès
qu'on leur sort de la tête l'idée qu'elles sont malades, une fatalité
à laquelle elles s'étaient résignées, explique-t-il, ces personnes affichent
une grande motivation et une volonté de fer afin de prouver de quoi elles
sont capables. »
Ginette David, intervenante chez Part du Chef, une entreprise montréalaise
d'insertion professionnelle en cuisine, insiste sur le fait qu'on doit
porter attention à l'équilibre psychologique de ces employés. « Ils
ont parfois été dévalorisés dans leur famille ou dans le cadre de leurs
emplois antérieurs. Souvent, ils ont été victimes de discriminations de
toutes sortes. » Les encouragements ou les accommodements peuvent
avoir sur eux un effet magique. Laisser l'employé prendre sa pause à d'autres
moments que ses collègues, s'il préfère être seul, lui permettre de commencer
plus tôt ou plus tard ou lui assigner un seul supérieur sont autant de
petits trucs qui font baisser le stress d'une personne à l'émotivité fragile.
À l'organisme Part du Chef, 70 % des candidats dénichent un emploi après
leur stage, ce qui démontre l'efficacité de leur prise en main. « Quand
ils sont bien en emploi, ces travailleurs-là s'absentent très peu et donnent
tout ce qu'ils peuvent, observe Ginette David. Ils restent très discrets,
n'expriment ni leurs attentes ni leurs besoins. À tel point qu'il faut
parfois les protéger : ce sont des personnes faciles à exploiter. »
Franc jeu avec les employeurs
La relation de travail se déroule très bien dans la grande majorité des
cas, estime Francine Lemieux, directrice générale du Service externe de
main-d'ouvre Saguenay (SEMO). Cet organisme, dont 27 % de la clientèle
souffre de problèmes de santé mentale, offre un service adapté d'insertion
professionnelle. La directrice est toujours franche avec les employeurs
qu'elle aborde. « Sans dévoiler le diagnostic, je leur parle
de la fragilité émotive du candidat. Ils savent qu'ils peuvent nous appeler
si quoi que ce soit ne tourne pas rond », dit-elle. Grâce au
SEMO, les gens sont placés dans des domaines aussi variés que l'hôtellerie,
la restauration, les scieries ou le secteur forestier.
Quand Chantal Morin a commencé son stage au Centre vétérinaire DMV, au
printemps 1998, après un burnout et une dépression majeurs, c'est Line
Lamarche, superviseure des techniciens en santé animale, qui a encadré
son travail de concert avec l'organisme Accès Cible. « Chantal
montrait énormément d'appréhension envers moi, se rappelle-t-elle. Elle
ressemblait à un petit oiseau perdu et la relation employeur-employé la
paniquait. Je lui ai confié de nouvelles responsabilités de façon très
progressive. Elle a pris de l'assurance, s'est révélée très douée avec
les animaux malades. Le centre l'a embauchée rapidement comme aide-technicienne,
et nous sommes même devenues amies. »
Selon Guy Rolland, le milieu communautaire a su s'adapter aux besoins
de cette large clientèle au cours des 10 dernières années. Les employeurs
y sont quant à eux plus sensibles. « Nous constatons beaucoup
moins d'abandons de formation, davantage de maintiens en emploi, un éventail
plus large de participants, une banque d'employeurs ouverts, énumère le
coordonnateur. Je crois que nous sommes sur la bonne voie. »
La section CarrièreC'est la vie est réalisée avec la participation
de Développement des ressources humaines Canada.
En reconstruction!
> Chantal Morin, 36 ans
> Aide technicienne, Centre vétérinaire DMV
« Je n'avais jamais souffert de quoi que ce soit avant le tremblement
de terre dans ma vie », confie Chantal Morin, 36 ans, en parlant
de la dépression majeure qui lui a miné l'existence.
Éducatrice spécialisée de formation, cette Saguenéenne a travaillé plus
de 10 ans en relation d'aide, essentiellement avec des adultes déficients
intellectuellement. Solide, sociable, Chantal menait une vie sans histoire
jusqu'au milieu des années 1990. Mais la perte d'un emploi qu'elle aimait
beaucoup, puis son affectation à un autre centre en 1996 ont mis son équilibre
à rude épreuve. Nouvelle équipe, mauvaise ambiance, rien n'était plus pareil.
« Je fermais les yeux, je niais tout, raconte-t-elle. Je me disais
tous les soirs "ce n'est qu'une mauvaise journée", malgré mes crises de
larmes à répétition, mon extrême lassitude. » Peu à peu, elle
se laissait submerger par le stress et la pression infernale d'un supérieur
exigeant. Au bout de deux ans, son médecin lui a conseillé d'arrêter de
travailler; son diagnostic : épuisement professionnel. « J'avais
attendu trop longtemps et perdu toute confiance en moi », dit-elle.
Au printemps 1998, soutenue par un psychologue et sous antidépresseurs,
Chantal a décidé de demander de l'aide auprès d'Accès Cible, un organisme
de réinsertion professionnelle pour les gens affectés par un problème de
santé mentale. De sa propre initiative, elle a décroché un stage au Centre
vétérinaire DMV, à Saint-Laurent, ce qui lui a permis de reprendre contact
avec la réalité du travail. « Je n'avais confiance en personne,
je ne rêvais plus à rien, mais l'idée de côtoyer des animaux m'a réconfortée. »
Elle a appris rapidement à sortir les chiens malades, à administrer les
médicaments, à tenir les animaux pendant les radiographies. « Je
ressentais la confiance que me témoignaient mes collègues, ajoute Chantal.
Je me laissais apprivoiser. » À tel point qu'à l'été, le centre
l'a embauchée officiellement comme aide-technicienne. Et quand son chat
Colombo est tombé malade, l'équipe s'est cotisée pour le faire soigner...
En poste depuis quatre ans, Chantal a davantage de responsabilités aujourd'hui.
Mais surtout, elle s'estime tirée d'affaire. « Je me suis totalement
reconstruite, affirme-t-elle avec assurance. Et je retrouve un sentiment
extraordinaire : celui de me réaliser. »
Ressources
>Accès Cible
Organisme d'intervention communautaire qui a pour mission de favoriser
l'intégration et le maintien en emploi des personnes vivant avec des problèmes
de santé mentale dans la grande région de Montréal.
Téléphone : (514) 525-8888
Télécopieur : (514) 525-9249
Courriel : info@acces-cible-smt.qc.ca
Site : www.acces-cible-smt.qc.ca
>Association des groupes d'intervention en défense de droits en santé
mentale du Québec
Association qui regroupe plus de 45 organismes d'aide et d'accompagnement
en défense des droits des personnes souffrant d'une maladie mentale.
Téléphone : (514) 523-3443
Télécopieur : (514) 523-0797
Courriel : agidd@cam.org
Site : www.cam.org/~agidd
>Centre d'activités pour le maintien de l'équilibre émotionnel de Montréal-Nord
(CAMÉÉ)
Le CAMÉÉ est un groupe d'entraide en santé mentale fondé et géré par des
personnes psychiatrisées ou ex-psychiatrisées.
Téléphone : (514) 327-3035
Télécopieur : (514) 327-8322
Courriel : ccamee@videotron.ca
Site : pages.infinit.net/camee
>La Clé des champs - Réseau d'entraide pour troubles anxieux
Organisme qui vient en aide aux personnes vivant avec des problèmes d'agoraphobie,
de phobie sociale ou de trouble panique.
Téléphone : (514) 334-1587
Télécopieur : (514) 334-2127
Courriel : lacle@cam.org
Site : www.cam.org/~lacle
>Mil-Métiers
Le programme Mil-Métiers vise à permettre la réadaptation au travail et
l'intégration sociale des personnes vivant avec des problèmes de santé
mentale dans la région du Saguenay.
Téléphone : (418) 549-0765
Télécopieur : (418) 549-7568
Site : www.icomm.ca/acsms/amilmetiers.htm
>Passeport Emploi
Service spécialisé de main-d'ouvre s'adressant aux personnes vivant des
problèmes de santé mentale ou possédant une déficience intellectuelle.
Téléphone : (418) 529-1512
Télécopieur : (418) 529-3618
>Phobies-Zéro
Phobies-Zéro est un groupe de soutien et d'entraide pour les personnes
souffrant de troubles anxieux (anxiété, trouble panique, phobie, agoraphobie).
Les services s'adressent également à la famille et aux proches.
Téléphone : (450) 922-5964 / Québec : (418) 832-5651
/ Trois-Rivières : (819) 374-8612
Télécopieur : (450) 922-5935
Courriel : administration@phobies-zero.qc.ca
Site : www.phobies-zero.qc.ca
>Projets PART (Programme d'Apprentissage au Retour au Travail) et Part
du Chef
Projets PART est un organisme qui propose aux adultes ayant un problème
de santé mentale des programmes et des services permettant leur réinsertion
sociale et professionnelle tout en développant leur employabilité. L'organisme
a aussi lancé Part du Chef, une entreprise ouvrant dans le secteur de
la production alimentaire
Téléphone : (514) 526-7278
Télécopieur : (514) 526-7569
Courriel : PART@projets-part.qc.ca
Site : www.projets-part.qc.ca
>Réseau alternatif et communautaire des organismes en santé mentale
du Montréal métropolitain (RACOR)
Le RACOR en santé mentale fait la promotion et la défense des droits des
psychiatrisés et des personnes ayant des problèmes de santé mentale. Le
site offre une liste d'organismes membres.
Téléphone : (514) 847-0787
Télécopieur : (514) 847-0813
Site : www.communautique.qc.ca/racor
>Revivre
Association québécoise de soutien aux personnes souffrant de troubles
anxieux, dépressifs ou bipolaires.
Téléphone : (514) 529-3081
Télécopieur : (514) 529-3083
Courriel : revivre@revivre.org
Site : www.revivre.org

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