De jour en jour, le sociologue Charles Côté constate avec dépit le
déclin de nos régions. De son poste de conseiller en développement au
Conseil régional de la Santé et des Services sociaux du Saguenay-Lac-Saint-Jean,
à Chicoutimi, il est à même d'observer à quel point des zones entières
du Québec sont au bord de l'asphyxie. Les régions du nord et de l'est
de la province, surtout, baignent dans un marasme économique qui menace
leur existence même.
En 1991, il publiait un essai fort bien documenté, La désintégration des
régions. Il y accusait les gouvernements de provoquer le déclin des régions
éloignées au profit des grands centres. Dix ans plus tard, il estime que
son analyse controversée demeure d'actualité. Explosif.
Selon vous, la situation économique de plusieurs régions frôle le désastre.
La situation est-elle vraiment si grave?
Elle est catastrophique. Il s'est créé plus de 100 000 emplois dans
la première moitié de l'année au Québec, mais ce sont les régions de Montréal
et de Québec qui en ont surtout profité. Ailleurs, c'est l'inverse qui
s'est produit : plus de 6 000 emplois perdus dans le Bas-Saint-Laurent,
presque 4 000 ici, au Saguenay-Lac-Saint-Jean. Depuis 30 ans, la Gaspésie,
la Côte-Nord, le Bas-Saint-Laurent, le Saguenay-Lac-Saint-Jean, l'Abitibi,
la Mauricie et l'Estrie restent les régions où ça va le plus mal, malgré
les efforts prétendus des gouvernements pour leur venir en aide. Elles
conservent leur rang peu enviable année après année. Depuis 30 ans, ces
régions présentent constamment un taux d'emploi très inférieur au reste
du Québec. De sorte que les Gaspésiens, par exemple, ont un revenu moyen
de 30 % inférieur à la moyenne québécoise. Dans les autres provinces,
comme en Alberta, il n'y a jamais plus de 3 % d'écart entre la région
la plus pauvre et la moyenne provinciale.