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  [La vente et la représentation]
Les spécialistes
par Martine Batani

Toujours en quête de nouveaux clients, les représentants en vente se spécialisent de plus en plus pour devenir de véritables conseillers. Oubliez l’image stéréotypée de la grande gueule trouvant toujours le mot pour rire! Le vendeur est plus que jamais à l’écoute de sa clientèle et au fait de l’évolution de son domaine.

«Vendre, c’est aider», lance spontanément, et sans rire, Michel Langlois, conseiller senior au Groupe Langlois, un cabinet-conseil en développement des ventes. Cette courte tirade démontre bien l’esprit qui prévaut dans le milieu de la représentation et de la vente d’aujourd’hui. Fini le temps des forts en verbe capables de vendre des réfrigérateurs aux Esquimaux.

De nos jours, un représentant doit vendre, évidemment… Mais en plus, il lui faut créer une relation particulière avec son client, histoire de s’assurer sa fidélité.


C’est qu’avec les années, les exigences des clients ne cessent de progresser. De même, les produits et services se raffinent et se complexifient toujours. Le vendeur doit s’adapter à ce mouvement incessant. Pour cela, le représentant doit être un «pro» dans son domaine. «Les vendeurs doivent être une référence dans leur industrie», ajoute Michel Langlois.

Plus encore, le représentant est l’ambassadeur de l’entreprise, indique Denis Chassé, chargé de cours aux Hautes Études Commerciales (HEC), formateur et consultant pour la firme de ressources humaines Étape par étape. «Le client jugera l’entreprise selon le représentant. Il doit donc y avoir une cohérence entre l’image marketing de l’entreprise et le vendeur.»

Rencontres des premier et deuxième types
Il suffit de jeter un coup d’œil aux petites annonces pour s’apercevoir que le titre de représentant est utilisé à toutes les sauces. Certaines offres se servent même de ce nom pour proposer un emploi dans la vente de détail.

En général, le représentant en vente fait de la promotion auprès des clients pour vendre ses produits et services, et tente d’élargir sa clientèle en étudiant les différents marchés qui s’offrent à lui. De plus, il boucle les transactions et assure un suivi pour inciter les clients à revenir.

Par contre, selon Alain Robitaille, agent de recherche à Emploi-Québec, il existe deux types de représentants : le vendeur non technique et le technico-commercial. La différence entre les deux grandes familles de représentants en est d’abord une de formation scolaire. «Généralement, on ne demande qu’un diplôme de 5e secondaire aux représentants non techniques, note Alain Robitaille. L’expérience des candidats dans la vente ou la promotion d’un produit est plus importante que la formation scolaire.» D’ailleurs, l’employeur offre souvent une formation sur mesure à son nouvel employé. «Nous avons beaucoup d’offres d’emploi de représentants dans les centres d’appels, remarque Caroline Dignard, superviseure en recrutement à l’agence de placement Quantum. Et dans ce secteur, la formation est très souvent donnée par la compagnie.»

Pour les représentants techniques ou technico-commerciaux, les employeurs demandent un diplôme collégial, un baccalauréat ou un diplôme donné par une institution spécialisée. «Sinon, on exige des compétences particulières, des aptitudes en mécanique ou en hydraulique, par exemple», ajoute Alain Robitaille.

Ce sont ces représentants qui sont appelés à se spécialiser. Ils vendent généralement du matériel sophistiqué dans les domaines hautement techniques des produits pharmaceutiques, médicaux, industriels ou des services de télécommunication, d’électricité et d’informatique.

Quant aux représentants non techniques, ils vendent des biens et des services essentiellement dans les secteurs pétrolier, alimentaire, manufacturier, hôtelier, etc.

L’incontournable spécialisation
«Les acheteurs recherchent de plus en plus des représentants spécialisés, indique Denis Chassé. Les généralistes occupent plutôt le premier niveau de représentants, c’est-à-dire ceux qui sont là pour déterminer les besoins des clients.»

Même discours de la part d’un représentant en produits pharmaceutiques, qui insiste pour garder l’anonymat. «Ce n’est pas strictement de la vente, estime ce Montréalais dans la trentaine. Les médecins et nous travaillons ensemble à des projets. Nous cherchons des solutions dont le bénéfice ultime va aller au patient. Nous participons au développement des médicaments.»

Afin de répondre à cette demande de spécialisation, les entreprises créent des équipes de vente comptant des gens issus de diverses formations. «Une équipe composée de gens diplômés en politique, en éducation physique et en comptabilité apporte de multiples façons de concevoir le travail à accomplir», fait observer le représentant en pharmaceutique.

«Ce qui nous importe le plus, précise Stéphanie Robin, chef adjointe aux ressources humaines de l’entreprise pharmaceutique Schering Canada, c’est la capacité d’apprentissage de nos représentants. Ceux qui ont uniquement un background en sciences devront assimiler l’aspect “vente” du métier, et vice versa.»

Yves Quintal est le fondateur de Quintal & Associés, un bureau de consultation en ressources humaines dans le domaine des sciences de la santé. Sa clientèle est formée, entre autres, d’entreprises à la recherche de personnel qualifié et de diplômés universitaires venant suivre une formation intensive en représentation pharmaceutique. Qu’ils soient fraîchement diplômés en comptabilité, en droit ou en biologie ou qu’il s’agisse d’infirmières expérimentées, tous ont un penchant pour les sciences. «La formation spécialisée n’est qu’un atout parmi d’autres en représentation», affirme Yves Quintal, qui a été lui-même représentant. «Il faut bien connaître la matière, mais aussi comprendre les mécanismes de vente», précise-t-il.

Yves Quintal œuvre dans le domaine de la santé depuis 1978. Il se rappelle qu’autrefois, le représentant pharmaceutique s’occupait d’une bonne dizaine de produits pharmaceutiques sur un très large territoire. «J’allais rencontrer des généralistes, des rhumatologues, des neurologues, des psychiatres, etc. Aujourd’hui, un représentant peut s’occuper seulement du Viagra, par exemple… Les entreprises veulent avoir des experts thérapeutiques qui maîtrisent bien les pathologies et les produits pour lesquels ils font la promotion.»

Selon lui, cette spécialisation a amené la création d’au moins 2 500 nouveaux postes de représentants depuis les cinq dernières années dans l’industrie pharmaceutique canadienne.

Le représentant idéal
L’hiver dernier, le Groupe Langlois a réalisé une étude comparative auprès de 35 gestionnaires aux ventes de grandes entreprises. La majorité d’entre eux ont affirmé que leur priorité était l’expérience en vente. Viennent ensuite le savoir-être et le savoir-faire. «Le savoir-être et le savoir-faire sont prioritaires, résume Denis Chassé. Le savoir-être, c’est les qualités du représentant : la curiosité, la confiance en soi, l’enthousiasme, la ténacité… Il faut être déterminé pour revenir à la charge lorsqu’on se fait dire “non”! Le représentant doit être une personne qui sait bien se présenter et qui est persuasive. La communication est vraiment l’élément le plus important.»

Le représentant pharmaceutique est du même avis. «Je pose beaucoup de questions aux médecins que je rencontre, explique-t-il, je m’intéresse d’abord à ce qu’ils vivent. Pour passer mon message, j’ai appris à être le plus bref possible, à aller droit au but.»

Enfin, le savoir-faire regroupe l’expérience professionnelle, le sens de l’organisation et de la planification.

Quant à la formation scolaire exigée, plusieurs institutions universitaires offrent des baccalauréats et des certificats en marketing qui comprennent des cours en vente. Au niveau collégial, on peut se familiariser avec la représentation grâce à la technique en administration (option marketing). Cependant, cette formation ne sera bientôt plus disponible, étant donné la révision complète du programme des techniques administratives. Une nouvelle formation intitulée Gestion de commerces permettra cependant aux futurs représentants d’acquérir des connaissances en promotion et vente. Sinon, certains cégeps ont au programme des attestations d’études collégiales en représentation.

Outre les cégeps et les universités, plusieurs firmes, comme celle d’Yves Quintal, ont mis sur pied des programmes de formation continue et sur mesure pour les représentants. L’Association canadienne des professionnels de la vente, qui regroupe 30 000 membres, remet aussi des accréditations de formation en représentation. Selon John de Sévigné, responsable de la section québécoise de l’Association et président de la compagnie Produits miniers Sévigné, leur formation permet d’aider les représentants à vendre plus intelligemment. «Les formations permettent de maintenir une norme de compétence pour les professionnels de la vente. Nous leur apprenons aussi à bien se présenter, leur rappelons l’importance d’être honnête et d’avoir une bonne connaissance des produits qu’ils vendent.»

Un conseiller avant tout
Le représentant est une personne pour qui les résultats comptent beaucoup, c’est-à-dire qu’il accepte de trimer dur pour boucler une vente : insister, réfuter les arguments du client et le relancer.

Comme beaucoup de représentants sont entre autres payés à la commission, plus il y a de ventes, plus ils font de l’argent. Pierre Lussier, conseiller chez St-Amour, une firme de recrutement de personnel, croit qu’une des raisons pour lesquelles les représentants se lèvent le matin, c’est pour faire de l’argent. Beaucoup d’argent. «Ils sont motivés par les résultats matériels qu’ils obtiendront après une vente. J’ai rencontré un jeune représentant qui avait affiché la photo d’une Porsche dans son bureau. Il travaillait très fort pour avoir cette voiture…»

Ce qui n’empêche pas le développement d’une relation forte entre le vendeur et son client. Michel Langlois est convaincu que c’est le changement le plus notable chez les représentants depuis les 10 dernières années : «Les représentants ne vendent plus seulement un produit, ils essaient de conseiller le client pour qu’il en fasse la meilleure utilisation. Il se crée un véritable partenariat entre eux.»


Place à l’infomédiaire

Selon l’Enquête sur l’adoption du commerce électronique par les entreprises québécoises en 2001, publiée en juin dernier par l’Institut de la statistique du Québec (ISQ), 44 % des entreprises québécoises ont recours à Internet pour magasiner, 30 % y passent des commandes et 14 % en reçoivent. Ainsi, le commerce électronique entraîne forcément un nouveau type de représentant. Selon Alain Robitaille, agent de recherche chez Emploi-Québec, ce représentant sert d’intermédiaire pour repérer les occasions d’affaires à partir des portails de commerce électronique. On l’appelle l’«infomédiaire».


Carrière d’avenir

Selon Alain Robitaille, agent de recherche chez Emploi-Québec, les perspectives d’emploi dans le domaine de la représentation pour 2002 à 2005 sont favorables. Les plus fortes demandes de représentants non techniques s’observent dans les centres d’appels (télémarketing), les télécommunications (téléphonie, câble, Internet, etc.) et dans le secteur manufacturier (meubles, vêtements, cadeaux, etc.).

Quant aux représentants techniques, ils sont très demandés dans le secteur pharmaceutique, ceux des télécommunications ainsi que des produits médicaux et biomoléculaires.

Au centre d’appels des Caisses Desjardins, environ 200 représentants travaillent dans les secteurs du service à la clientèle, de la télécommercialisation (vente et promotion) et des services financiers. «Nous sommes toujours en recrutement, spécifie Francine Comtois, conseillère en dotation. Nous cherchons des gens qui ont une expérience en vente et des qualités de vendeur, c’est-à-dire qu’ils donnent une importance particulière aux résultats.»

Et les salaires? Ils varient énormément d’une entreprise à l’autre, d’un secteur à l’autre et d’un représentant à l’autre! «En moyenne, 73 % du revenu du représentant est un salaire de base, estime Michel Langlois, conseiller senior au Groupe Langlois. Le reste, ce sont des commissions.
La tendance actuelle, c’est une combinaison du salaire, des commissions et des primes. En fait, c’est l’idéal, parce que les commissions donnent l’occasion au vendeur de se dépasser.»


Do you speak english?

Le bilinguisme est-il nécessaire? «Oui!» répond sans hésitation Pierre Lussier, conseiller pour la firme de recrutement St-Amour. «Une personne bilingue aura plus de chances de progresser au sein d’un groupe, explique-t-il. La plupart des grandes entreprises ont leur siège social à Toronto ou aux États-Unis.»

D’après le conseiller, peu d’employeurs québécois demandent une troisième langue. Quoique, dans certaines situations, un client espagnol pourrait craquer pour un vendeur s’exprimant dans sa langue maternelle. Mais, ce n’est plus un mystère, l’anglais est généralement la langue des affaires.

«Chez nous, ce qui importe le plus, c’est d’abord l’expérience en hôtellerie. Dans des cas ponctuels, nous allons donner des cours de langues aux employés», explique Louise Langelier, directrice des ventes du Centre de villégiature L’Estérel, à Sainte-Marguerite, dans les Laurentides, qui organise régulièrement des opérations de marketing en Europe et au Japon. «Par exemple, comme beaucoup de Japonais nous visitent à l’automne, nous donnons un bref cours de japonais, comprenant les formalités de bienvenue et d’au revoir.» Cela dit, parmi l’équipe des 10 représentants de L’Estérel, quelques-uns parlent italien ou espagnol. Comme quoi une troisième langue est une carte de plus dans sa manche.


Les trois niveaux

On compte trois niveaux chez les représentants. Le représentant de premier niveau se charge du démarchage, c’est-à-dire qu’il étudie les occasions d’affaires en contactant les clients par téléphone.

Au second niveau se trouve le représentant mobile, qui rencontre les clients sur le terrain pour confirmer leurs désirs. Puis, lorsque le produit est complexe, un représentant plus expérimenté, appelé de troisième niveau, s’occupe de finaliser la vente.

Aux États-Unis est apparu au cours des dernières années un représentant du quatrième niveau, seulement chargé de faire des relations publiques pour la compagnie : inviter les meilleurs clients, ou les clients potentiels, à une partie des Yankees, envoyer des fleurs le jour de leur anniversaire de mariage, etc. Un phénomène qui demeure marginal au Québec. «Ici, c’est au représentant de bien connaître les goûts de son client, note Denis Chassé, chargé de cours aux Hautes Études Commerciales (HEC). Ça fait partie d’une saine gestion.»


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