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  [Les édifices «intelligents»]
Comme à la maison
par Martine Batani

Terminés les maux de tête causés par une mauvaise ventilation, le teint vert résultat de l’absence de soleil ou les yeux rougis par les reflets des néons. Place au «bâtiment intelligent», équipé de toutes les nouveautés technologiques et même doté d’un petit supplément d’âme.

Si dans les années 1980 il suffisait d’un beau hall d’entrée, d’un tapis moelleux et de quelques peintures accrochées aux murs pour donner aux employeurs l’impression d’améliorer la qualité de vie des travailleurs, aujourd’hui, ce n’est plus le cas. Ceux qui conçoivent les nouveaux lieux de travail promettent d’éviter les erreurs du passé en développant le concept de l’édifice «intelligent».

«Pour avoir une entreprise performante, il faut que l’employé soit dans un environnement de travail confortable, agréable et qui donne envie d’y rester plus longtemps», juge Chantal Ladrie, chargée de projet pour Moureaux Hauspy, un important bureau de design d’intérieur montréalais. La designer a le mandat d’aménager les bureaux de CGI, une entreprise de technologies de l’information, dans la Phase 1 de la Cité du commerce électronique au centre-ville de Montréal — un édifice considéré comme «intelligent».


L’édifice intelligent est d’abord facile à réaménager. «Une des caractéristiques importantes de ce type d’immeuble, c’est son plancher surélevé, note Chantal Ladrie. Contrairement aux constructions du passé, le réseau de câblage et les conduits de ventilation se trouvent dans le plancher plutôt qu’au plafond.» Le déménagement des postes de travail s’en trouve ainsi facilité puisque chacun dispose de sa petite trappe cachée permettant le branchement et le débranchement de la quincaillerie.

«On s’est posé beaucoup de questions sur l’aménagement des bureaux et les divisions intérieures», explique Renée Daoust, porte-parole et membre du consortium Gauthier Daoust Lestage Faucher Aubertin Brodeur Gauthier Lemay et Associés, créateur du nouvel édifice de la Caisse de dépôt et placement (CDP). «Finalement, nous avons opté pour un système de murs amovibles.» Ce système permet une restructuration rapide et économique de l’espace, sans démolition ni reconstruction quand vient le temps de mises à pied ou d’embauches. «Plus une entreprise est capable de s’adapter rapidement aux fluctuations de ses activités, plus elle augmente sa longévité», estime Chantal Ladrie.

Au travail comme à la maison…
Dans plusieurs de ces nouveaux édifices, le réglage de la ventilation est accessible à chacun. Fini les poils au garde-à-vous qui imposent la petite laine même l’été pour les frileux, ou le front perlé en permanence pour ceux qui supportent mal la chaleur! «De plus, poursuit Chantal Ladrie, le temps des néons est bel et bien terminé. On crée des atmosphères beaucoup plus chaleureuses en utilisant l’éclairage indirect, en laissant pénétrer le plus possible la lumière extérieure. Et pour économiser de l’énergie, on opte pour une astucieuse lumière qui s’ajuste automatiquement selon l’éclairage naturel.»

Ainsi, grâce à son important fenêtrage et à ses stores motorisés, qui descendent et montent automatiquement selon l’intensité des rayons du soleil, le nouveau siège de la Caisse de dépôt et placement du Québec se veut user friendly. «Nous voulions octroyer à tous un droit à la lumière», précise Renée Daoust.

«Auparavant, la lumière était réservée aux bureaux fermés situés le long des fenêtres, se rappelle Chantal Ladrie. Mais aujourd’hui, ce sont les cubicules qui sont aménagés près des fenêtres et les bureaux ont souvent des murs en vitre pour profiter aussi de l’éclairage naturel.»

Gilles Saucier, de la firme d’architecture Saucier+Perrotte, croit que les entreprises point-coms ont lancé cette tendance des bureaux user friendly en s’installant dans d’anciennes manufactures, où les matériaux d’origine ont été conservés. «Les employés de ces sociétés ne sont pas intéressés à travailler dans des lieux aseptisés. Ils veulent garder un contact avec la matière brute, comme la brique, le béton, les vieux planchers de bois, par opposition à leur travail qui se déroule dans le virtuel.»

Saucier+Perrotte travaille actuellement, en collaboration avec la firme Menkes, Shooner, Dagenais architectes, à la conception du nouveau Pavillon de musique de l’Université McGill. La boîte planche aussi sur le projet du Perimeter Institute, un centre de recherche fondamentale à Waterloo, en Ontario. Le projet ontarien : une cinquantaine de bureaux favorisant l’isolement des chercheurs mais aussi un lieu de rencontre non officiel situé à la sortie des bureaux. «Les chercheurs vont sortir de leurs bureaux comme on sort d’une chambre à coucher. Le lieu de travail devient une grande maison.»

D’autres trouvailles en aménagement permettent d’améliorer le climat de travail. «Si les corridors sont plus larges, par exemple, les gens vont être tentés de laisser la porte de leur bureau ouverte», a constaté Gilles Saucier. Selon lui, les contacts entre collègues seront d’autant plus nombreux et facilités.

… en plus petit!
Dans une présentation vidéo de la future Cité du commerce électronique, on vante la hauteur des plafonds (11 pieds), les grandes fenêtres, la filtration de l’air à chaque étage, et surtout, la capacité d’accueil des espaces à bureaux. «L’avantage pour les entreprises locataires chez nous, ajoute Pamela A. Mullins, directrice du marketing de la Cité, c’est qu’elles peuvent installer plus d’employés au pied carré.»

La concentration de l’espace deviendrait une tendance dans les nouveaux immeubles, surtout pour des raisons d’économie. Traditionnellement, on prévoit de 175 à 200 pieds carrés par personne pour les immeubles de même classe que la Cité. Dans ce cas-ci, chaque employé doit s’accommoder de 130 à 150 pieds carrés.

«L’espace de travail rapetisse, confirme Chantal Ladrie, mais il est tout aussi efficace parce que mieux adapté aux besoins de l’employé.» Ainsi, plusieurs entreprises ont opté pour du mobilier ajustable : les employés n’ont plus à étirer les bras et à se déplacer pour accéder à leurs outils de travail, qui sont tous à la portée de la main. «Le bureau est aménagé comme les cuisines laboratoires», résume la designer.

Mais le resserrement de l’espace n’est pas nécessairement un progrès pour tous. Selon Jacqueline Vischer, responsable du programme de design intérieur de l’Université de Montréal, s’il y a 10 ans la qualité de l’air (chaud, froid, vicié) faisait l’objet de la majorité des plaintes des employés, elle a aujourd’hui été remplacée par le bruit. «Comme la densité d’employés au mètre carré augmente, les employés se plaignent des bruits des conversations, du téléphone et des déplacements.» Quelles sont les solutions possibles à cette promiscuité obligée? «Améliorer les conditions acoustiques en installant des cloisons plus performantes ou du tapis plutôt que du bois», conseille la spécialiste.

La plupart des entreprises et organisations consultent leurs employés avant de procéder à l’aménagement de nouveaux bureaux. Ces derniers donnent leur avis sur l’éclairage, l’équipement ou la ventilation, notamment. Cependant, la dimension des espaces, dans le cas de CGI par exemple, a été imposée par l’entreprise.

Les nouveaux efforts d’aménagement des lieux de travail ne permettront sans doute pas de combler tous les besoins et de rallier tous les goûts. N’empêche, si les néons et le beige des murs peuvent disparaître, personne ne s’en plaindra!


Les tours en construction ou en préparation à Montréal

Complexe culturel et administratif — Maison de l’OSM, Conservatoire d’art dramatique et de musique du Québec et bureaux gouvernementaux
Plans non définis. Budget : 281 millions de dollars.

Centre CDP
Deux tours, une de 10 étages et l’autre de 13, reliées par un atrium. Budget : 160 millions de dollars.

Cité du commerce électronique
Phase 1 (sur 3) : Tour de 25 étages. Budget : 75 millions de dollars.

Nouvelle tour de la FTQ
Tour de 14 étages. Budget : 35 millions de dollars.


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