Nom : Robert Gagnon
Âge : 27 ans
Profession : Prospecteur et géologue
Formation : Diplôme d’études collégiales
en technologie minérale et baccalauréat en géologie
Cowboy : Je suis prospecteur autonome. Je parcours l’Abitibi,
le Saguenay et le Grand Nord à la recherche de gîtes minéraux
d’or, de platine ou de palladium. Très peu de prospecteurs
vivent uniquement de ce travail. Pour ma part, j’effectue aussi
des contrats en tant que géologue ou prospecteur pour des sociétés
de services miniers ou des compagnies minières. Et je prospecte
même la fin de semaine et pendant mes vacances. Il faut avoir la
vocation du chercheur de trésor
Filons : Le métier de prospecteur ressemble à celui
de détective. Le coupable à trouver, c’est le gisement.
Il existe des pistes, des indices qu’il faut relier entre eux. On
a accès à des cartes qui nous permettent de déterminer
le potentiel des sols. Sur le terrain, on doit ouvrir l’œil.
Il y a des trucs : sous les arbres déracinés, on trouve
parfois du roc contenant un minerai; on peut aussi suivre les ruisseaux,
qui sont des conduits minéralisateurs menant, à l’occasion,
à du métal.
Découverte : J’ai commencé à m’intéresser
aux cailloux vers l’âge de 14 ans. J’aimais aller dans
le bois pour en ramasser. Mon père était soudeur et j’ai
toujours été en contact avec les métaux. Je lui demandais
d’où ça venait. Un jour, il m’a offert un détecteur
de métal. J’ai commencé à prospecter comme
ça, par curiosité.
Trésors : Il y a beaucoup de poésie dans les roches.
Elles sont âgées de milliards d’années. Elles
étaient là avant les dinosaures! La première fois
que j’ai vu de l’or, j’ai accroché. Une pépite
d’or, c’est beau, c’est noble. Les Incas croyaient que
les pépites d’or étaient des morceaux de soleil tombés
sur la Terre.
Terre promise : Auparavant, il fallait planter des piquets numérotés
pour délimiter les claims — les terrains sur lesquels on
effectue des recherches. Maintenant, on peut désigner nos territoires
dans le site Internet du ministère des Ressources naturelles. Les
droits d’exploration sont concédés par le gouvernement
du Québec pour deux ans. Actuellement, j’ai une quarantaine
de claims où j’effectue des analyses géochimiques
et géophysiques. L’argent provient de ma poche, de celle
de mes associés et parfois de subventions gouvernementales.
Terrain d’entente : Une fois que j’ai la preuve qu’il
existe une quantité importante de minerai sur un claim, j’essaie
de vendre mon bail à une compagnie minière. Je réussis
environ une fois par année et je fais entre 10 000 $
et 20 000 $ lors de chaque vente.
Ruée : La fièvre du métal, ça ne s’explique
pas, ça se vit. Il faut avoir déjà trouvé
quelque chose pour comprendre. Il y a trois ans, je suis tombé
sur un affleurement rocheux tout rouillé qui contenait du cuivre
et du nickel. J’étais tellement content que j’ai dansé
tout seul dans le bois ce jour-là!
Rock’n’roll : Chaque fois que je pars dans le bois,
il m’arrive une aventure. Cet été, par exemple, j’étais
au nord de Mistassini pendant les feux de forêt. Au début,
il y avait un peu de fumée. Lorsque je suis parti, le feu courait
presque après moi derrière le camion… L’hiver
dernier, mon partenaire a été emporté par un torrent.
J’ai dû le sortir de l’eau et préparer un feu
: il faisait –30°C.
Eldorado : Il nous arrive de travailler en équipe, mais
la prospection s’effectue souvent en solo. En automne, les nuits
sont longues. L’astronomie est un bon passe-temps : les étoiles
et les constellations, je les connais toutes! Souvent, j’écoute
la radio à ondes courtes ou je lis. J’ai un faible pour la
littérature russe. Surtout Dostoïevski, à cause de
ses personnages : je me retrouve dans leur solitude.
Bonheur nickel : Je trouve moins dangereux de dormir dans le bois
qu’en ville! Les ours, c’est pas si pire que ça. Quand
on est mal pris, il faut faire un feu tout de suite. Ça éloigne
les bêtes, ça réchauffe et ça assure une présence.
En voie d’extinction? Je vais prospecter jusqu’à
la fin de mes jours; je ne serais pas heureux autrement. Mon but n’est
pas de faire fortune, mais de trouver un gisement qui deviendrait une
mine. C’est un beau métier mais, malheureusement, la relève
se fait rare. Je suis parmi les plus jeunes à prospecter.