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  [L’aérospatiale, l’aéronautique
et le transport aérien]

Air Québec
par Martine Boivin et Mylène Tremblay

Une main-d’œuvre qualifiée, des produits novateurs et la présence d’entreprises hautement spécialisées assurent à l’industrie aérospatiale québécoise une position et une renommée importantes à l’échelle mondiale.

Malgré sa force, l’industrie aérospatiale québécoise n’a pu éviter les contrecoups des attentats terroristes dont on souligne le premier anniversaire ce mois-ci. Dans les semaines qui ont suivi, l’ensemble de l’industrie annonçait la suppression de 4 000 emplois, principalement chez les maîtres d’œuvre.

Or, avant même cette catastrophe, l’industrie aérospatiale mondiale volait déjà en zone de turbulences. «On a mis les licenciements sur le compte des attentats, alors que la baisse des activités commençait déjà à se faire sentir au début de 2001», fait valoir Bernard Strauss, conseiller en emploi au ministère de l’Industrie et du Commerce du Québec (MIC).


En freinant brusquement le transport aérien, les attaques terroristes n’ont fait que précipiter les annulations ou reports de certains contrats d’achats d’avions, qui se laissaient déjà entrevoir en raison du ralentissement économique de 2001. Ceux qui ont le plus souffert auront été les salariés des grands joueurs tels que Bombardier, Pratt & Whitney Canada, CAE Électronique et Bell Helicopter, alors que les PME semblent avoir traversé la tourmente sans trop de heurts.

Pour Carmy Hayes, conseiller en formation au Centre d’adaptation de la main-d’œuvre en aérospatiale au Québec (CAMAQ), il était évident que la croissance fulgurante des dernières années dans l’industrie (augmentation de 50 % des ventes entre 1996 et 2001, selon le MIC) allait être nivelée, un jour ou l’autre. «Les grands joueurs s’attendaient à un plafonnement de la demande. Ils avaient beau se montrer optimistes, mais dans les faits, ils demeuraient frileux à l’idée d’embaucher car ils craignaient d’avoir à procéder à des licenciements six mois plus tard.»

Prompt rétablissement
Il faudra attendre au moins le printemps 2003 avant que l’industrie ne se remette de la crise, qui aura pourtant favorisé le développement du transport régional et le marché des avions d’affaires, deux créneaux où Bombardier a pris les devants. «Les compagnies aériennes spécialisées en transport régional ont très bien rebondi à la suite des événements du 11 septembre. Le jet régional est le produit idéal pour faire face à un marché difficile», explique Marc Duchêne, porte-parole de Bombardier. Ainsi, quelque 800 travailleurs affectés à la chaîne de montage du modèle CRJ à 50 places ont été rappelés en cours d’année.

En outre, pour faire face à la compétition féroce qui oppose les entreprises partout dans le monde, les maîtres d’œuvre cherchent de plus en plus à rationaliser leur réseau d’approvisionnement et à réduire le nombre de fournisseurs avec lesquels ils font affaire. Ceci se fait au profit de quelques manufacturiers capables de prendre l’entière responsabilité du financement, du développement et de la fabrication des pièces ou des équipements sous-traités. «Tout le monde est à la recherche du meilleur prix, explique Bernard Strauss, de sorte que les entreprises sont obligées de réduire le coût des équipements.»

Afin qu’elles s’imposent sur le plan mondial, Carmy Hayes croit que les petites et moyennes entreprises doivent parvenir à intégrer plusieurs fonctions et à effectuer l’ensemble des opérations requises pour la production d’une même pièce.

Une main-d’œuvre exceptionnelle
Malgré le ralentissement des 12 derniers mois, l’industrie aérospatiale québécoise avait connu une croissance exceptionnelle entre 1996 et 2001. «Les ventes ont augmenté de plus de 50 % et l’emploi, de 21 %», affirme Bernard Strauss. À la fin de 2001, son chiffre d’affaires s’élevait à 11 milliards de dollars et 41 200 personnes y occupaient un emploi.

Ce succès, croit Bernard Strauss, est attribuable à la qualité de la main-d’œuvre. «Les travailleurs excellent sur tous les plans, que ce soit à la conception, à la fabrication, au service après-vente... Les stratégies de développement, par exemple, sont le fait de visionnaires qui savent prendre les bonnes décisions au bon moment. Lorsque Bombardier a lancé son jet régional à 50 places, ç’a été la révolution. Personne n’a cru au projet et, pourtant, l’avionneur a complètement transformé l’industrie du transport régional avec cet appareil.»

L’industrie emploie une main-d’œuvre souvent jeune, faisant preuve de créativité et d’efficacité. Elle se compose d’environ 50 % d’ouvriers spécialisés parmi lesquels on retrouve opérateurs, assembleurs, machinistes, plaqueurs, soudeurs, outilleurs et mécaniciens. On compte également une proportion importante d’ingénieurs et de techniciens, ainsi que du personnel administratif et scientifique.

Actuellement, les postes à pourvoir se situent surtout dans le domaine du génie, mais les employeurs cherchent aussi à embaucher des ajusteurs-monteurs de câbles, des régleurs-conducteurs de machines-outils, des mécaniciens d’aéronefs, des inspecteurs de la qualité, des techniciens en génie mécanique et des programmeurs-analystes.

Même si l’industrie a enregistré une baisse de 10 % de son effectif entre le 11 septembre et la fin de décembre, Carmy Hayes n’hésite pas à dire que, depuis, l’offre d’emploi a repris. Les diplômés des niveaux collégial, universitaire et professionnel n’auraient aucune difficulté à se trouver du boulot et seraient même sollicités de toutes parts. «L’offre et la demande sont en équilibre», affirme-t-il.

Toutefois, une enquête maison effectuée en juin par Jobboom auprès des services de placement des établissements d'enseignement des trois niveaux scolaires rendait compte d'une situation un peu plus mitigée. Selon les avis recueillis, les diplômés du secteur de l'aérospatiale subissaient encore les conséquences du ralentissement de l'industrie en 2001-2002. On s'attendait cependant à ce que la conjoncture évolue lentement, mais favorablement, au cours de la prochaine année.

L'attente avant le décollage?


Recherches en vol

Un nouveau centre de recherche en aérospatiale, rattaché à l’Université de Montréal, verra le jour en 2003. Ce centre, qui sera uniquement consacré à la recherche des technologies de fabrication, aidera l’industrie à développer et à améliorer les techniques d’usinage. De plus, l’École de technologie supérieure (ÉTS) offrira à partir de septembre un nouveau programme de maîtrise en génie aérospatial qui comprend deux spécialisations : avionique et commande, ainsi que fabrication et production aéronautiques.

(M. T.)


[Le transport aérien]
Turbulences

par Mylène Tremblay

En un an, le ciel canadien s’est trouvé complètement chambardé. Les lignes aériennes à tarifs réduits prennent les devants, alors que les transporteurs réguliers rongent leur frein.

Disparition de Canada 3000, mises à pied massives chez Air Canada et Air Transat, lancement de Tango et de JetsGo, montée fulgurante de WestJet : l’après 11 septembre aura été fertile en turbulences pour le ciel canadien et ses gens de l’air.

Seuls les transporteurs à rabais semblent prendre de l’altitude pour le moment. On assiste à une multiplication de ces lignes aériennes aux tarifs parfois dérisoires (des vols Montréal-Toronto à 20,02 $, comme lors d’une récente promotion!), offrant peu de services et employant moins de personnel, qui ont été attirées par le succès phénoménal du transporteur de l’Ouest canadien, WestJet. En moins de six ans, ce nouveau transporteur s’est accaparé 50 % du marché canadien dans le créneau des tarifs réduits. La récente crise du transport aérien l’a à peine ébranlé.

Air Canada, comme plusieurs autres gros transporteurs réguliers à travers le monde, compose difficilement avec les nouvelles réalités. Déjà fortement touchée par le ralentissement économique de 2001, la compagnie a été très affectée par les conséquences des attaques terroristes : les pertes du transporteur s’élevaient à 1,25 milliard de dollars en 2001. En décembre dernier, Air Canada comptait 5 643 employés de moins qu’à la même période un an plus tôt. «Nous avons travaillé avec les syndicats pour éviter les mises à pied, en insistant pour des départs volontaires. Près de 3 500 employés s’en sont prévalus», précise Nicole Couture-Simard, porte-parole d’Air Canada.

Si Air Canada a terriblement souffert des contrecoups du 11 septembre, d’autres transporteurs ne s’en sont carrément pas remis. Au pays, ces événements auront eu raison de Canada 3000 et de ses récentes acquisitions, CanJet et Royal Aviation. Une faillite durement vécue par les 4 800 employés, mis au chômage sans aucun préavis. Air Canada en a d’ailleurs profité pour lancer au même moment sa propre filiale à tarifs réduits, Tango, dans le but de récupérer sa clientèle d’affaires passée entre les mains de son rival WestJet. «Les gens d’affaires sont de plus en plus exigeants et sensibles aux prix, observe Jacques Roy, professeur de gestion à l’École des Hautes Études Commerciales (HEC) et spécialiste de l’aviation. Ils ne sont plus prêts à dépenser les yeux fermés.»

Nouveaux joueurs
De nouveaux choix s’offrent maintenant à ces voyageurs lucratifs, alors que les anciennes têtes dirigeantes de Canada 3000 et consorts lancent leur propre ligne aérienne. Ainsi, l’ex-président de Royal Aviation, Michel Leblanc, a annoncé le 12 juin le début des activités de son transporteur à rabais JetsGo. Dans l’est du pays, CanJet est sur le point de renaître sous la houlette du Groupe IMP de Halifax, son premier propriétaire, qui l’avait ensuite vendue à Canada 3000. Quant à elle, Air Canada, qui offre déjà le service Tango dans l’est, devait lancer Zip à la fin de l’été pour faire concurrence dans l’ouest au transporteur WestJet.

Dans les régions du Québec, trois nouveaux projets de transporteurs régionaux sont sur la table et pourraient se concrétiser au cours des prochains mois. Il s’agit d’Air Régional, Bravo et Sprint Air. Un quatrième service de transport, connu sous le nom de Groupe Charlot, devrait voir le jour à l’automne sans l’aide du gouvernement québécois, contrairement aux trois autres. De quoi relancer la saine concurrence étouffée par le monopole d’Air Canada en région, et au passage, stimuler l’emploi dans l’industrie.

Dualité Mirabel-Dorval
Avec le rapatriement à Dorval des derniers vols nolisés de Mirabel, prévu pour 2003, l’aéroport déchu devra désormais se rabattre sur sa vocation industrielle.

Cependant, si le projet de concentration des vols à Dorval met fin à la dualité Mirabel-Dorval qui a longtemps nui à Montréal, il n’aura pas nécessairement pour effet d’augmenter le nombre de passagers en correspondance à Montréal. «Dorval est un aéroport international indigne d’une métropole comme Montréal», estime Jacques Roy. Non seulement l’aéroport est-il aux prises avec un accès difficile et une exiguïté des lieux, mais Air Canada, qui avait pourtant promis de faire de Montréal une plaque tournante, consolide de plus en plus ses vols sur Toronto. Conséquence : Dorval se voit confirmé dans sa position d’aéroport régional alimentant celui de Toronto, tandis que les emplois reliés au transport aérien suivent le marché qui se développe davantage dans la Ville Reine, croit l’expert en aviation civile.

Comment éviter que Montréal, la seule vraie porte aéroportuaire du Québec, ne se fasse régionaliser et ne perde ses emplois? Le développement du secteur touristique serait la solution ultime. D’ailleurs, les voyages d’agrément semblent reprendre plus vite que les déplacements d’affaires. Jacques Roy se fait optimiste. «Montréal est une ville à vocation internationale qui compte de nombreux sièges sociaux, dit-il. À défaut d’en faire une plaque tournante, les autorités aéroportuaires et les gouvernements doivent susciter le tourisme pour créer de l’activité dans le secteur aérien au Québec.»


Des investissements et de l’emploi

La présence québécoise à l’édition 2002 du Salon aéronautique de Farnborough, en Grande-Bretagne, en juillet dernier, s’est soldée par des annonces d’investissements qui engendreront des centaines d’emplois en aéronautique et en aérospatiale. Parmi les investissements les plus importants annoncés lors de cet événement majeur dans l’industrie, notons ceux de Messier Dowty qui investira 23,2 millions de dollars pour accroître sa capacité de production de fabrication de trains d’atterrissage à Mirabel, et la participation de la Société générale de financement (SGF) dans le projet que nourrit Asco Industries de construire au Québec une usine de structures d’aéronefs. Évalué à 50 millions de dollars, ce projet créerait une centaine d’emplois sur une période de quatre à cinq ans.

La récolte 2002 pour le Québec à Farnborough est cependant moins fructueuse que celle d’il y a deux ans : près de 4 000 nouveaux emplois avaient été annoncés lors de l’édition de 2000.

Par ailleurs, depuis le début de l’année, la Zone de commerce international de Montréal à Mirabel s’était déjà enrichie de deux nouveaux investissements dans l’industrie aérospatiale, totalisant 68 millions de dollars et entraînant la création de 250 emplois. GE Elano Canada et CIC Aérospatial se joignent aux entreprises en place, dont Bombardier, International Cargo Equipment Resource (ICER) et National Metal Finishing (NMF).

(É. G. et M. T.)


Pionnier de l’espace

Les Américains se vantent d’avoir été les premiers à mettre le pied sur la Lune. C’est faux : le Québec a devancé d’au moins quelques minutes le plus puissant pays du monde.

C’est que le module lunaire qui a permis à l’astronaute Neil Armstrong de faire un si grand pas pour l’humanité était muni d’un train d’atterrissage fabriqué au Québec par l’entreprise Héroux, aujourd’hui connue sous le nom Héroux-Devtek. L’industrie québécoise a elle aussi fait un grand pas ce jour-là!

Classé au sixième rang mondial, derrière les États-Unis, le Royaume-Uni, la France, l’Allemagne et le Japon, le Québec représente 55 % des activités canadiennes dans les secteurs de l’aérospatiale et de l’aéronautique.

Parmi les 20 sociétés qui dominent le marché québécois, les maîtres d’œuvre Bombardier Aéronautique et Bell Helicopter Textron, de même que CAE Électronique et Pratt & Whitney Canada sont des leaders mondiaux. Plus de 250 petites et moyennes entreprises agissent comme sous-traitants ou fournisseurs de services dans des domaines aussi variés que la mécanique, le soudage, l’électronique, l’informatique et le traitement des métaux.

(M. B.)


Les grands joueurs

Bombardier Aéronautique : Conception et fabrication d’avions, de systèmes et de composants pour l’avionnerie. Services techniques, services de maintenance d’avions et services de formation de pilotes pour l’aviation d’affaires, le transport régional et le secteur militaire.
> 15 300 employés, Montréal (Saint-Laurent)

Pratt & Whitney Canada : Conception et fabrication de turbines à gaz : turbopropulseurs, turboréacteurs et turbomoteurs pour l’aéronautique et turbomoteurs pour applications terrestres et maritimes.
> 5 359 employés, Longueuil

CAE Électronique : Conception et fabrication de simulateurs de vol sophistiqués pour l’aviation civile et militaire, de systèmes visuels, de simulateurs de contrôle de centrales nucléaires et thermiques, de systèmes de détection d’anomalie magnétique ainsi que de systèmes de contrôle pour l’industrie de la marine et l’aérospatiale.
> 4 016 employés, Montréal (Saint-Laurent)

Rolls-Royce : Réparation et remise à neuf de moteurs à turbines aéronautiques. Production, réparation et remise à neuf de turbines industrielles. Atelier d’usinage de précision pour pièces de rechange de moteurs. Installation de pièces de rechange de moteurs d’avions.
> 1 550 employés, Montréal (Lachine)

EMS Technologie : Conception, développement, fabrication, montage, intégration et essai de sous-systèmes et composants de satellite et de produits nouveaux pour réseaux de satellites.
> 800 employés, Montréal (Sainte-Anne-de-Bellevue)

Bell Helicopter Textron : Conception, fabrication, assemblage et service après-vente d’hélicoptères civils. Analyse de systèmes, conception et fabrication des structures et pièces de matériaux composites, conception par la méthode des éléments finis, analyse d’oscillation, analyse dynamique du rotor, essais en vol.
> 1 240 employés, Mirabel

CMC Électronique : Conception, mise au point, fabrication et maintenance de systèmes d’avionique, de communication, de radar et de navigation GPS. Conception et fabrication de composants électroniques pour usages civil et militaire. Étalonnage, entretien et réparation de matériel électronique.
> 870 employés, Montréal (Saint-Laurent)

General Electric : Forgeage à chaud et à froid d’aubes de compresseurs de réacteurs d’aéronefs. Conception et fabrication d’outillages nécessaires à la fabrication d’aubes de compresseurs. Usinage électrochimique.
> 585 employés, Bromont

Héroux-Devtek : Conception, mise au point, fabrication, réparation et remise à neuf de trains d’atterrissage et de vérins. Fabrication de composants de moteurs d’avions, d’actionneurs hydrauliques et de systèmes hydrauliques. Traitement de surface.
> 500 employés, Longueuil

Howmet Aluminium Casting : Fabrication de pièces complexes de grandes dimensions en aluminium, coulées selon le procédé à la cire perdue pour les domaines de l’aérospatiale et de la défense.
> 263 employés, Laval

Oerlikon Contraves : Conception, intégration, essai et soutien de systèmes de défense, de systèmes électro-optiques et d’équipements électroniques.
> 246 employés, Saint-Jean-sur-Richelieu

Messier-Dowty : Conception et fabrication de trains d’atterrissage pour l’aviation générale et militaire, principalement pour les Airbus.
> 230 employés, Mirabel

(M. T.)


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