Le Québec bat des records de création d’emplois
depuis le début de l’année. Dans certains secteurs,
la demande de main-d’œuvre se fait particulièrement
pressante et un nombre grandissant d’employeurs font appel aux entreprises
de placement — une méthode qui leur permet de trouver la
perle rare plus facilement, et plus rapidement.
Têtes chercheuses chargées de dénicher les meilleurs
employés pour leurs clients en manque de bras ou de cerveaux, les
entreprises de placement sont à l’affût de tout ce
qui bouge, et surtout de tout ce qui bouge vite dans le domaine de l’emploi.
Elles sont donc souvent les premières à flairer les nouvelles
tendances qui s’y dessinent.
Actuellement, la reprise économique des derniers
mois se fait surtout sentir dans quatre domaines précis : «La
finance, la comptabilité, le pharmaceutique et le marketing sont
les secteurs où il y a le plus de demande», lance sans hésitation
Karen Groom, présidente de Groom et Associés, une entreprise
de placement de Montréal. «Ce sont des secteurs qui évoluent
très rapidement et les entreprises s’arrachent les candidats
qualifiés et compétents. Le téléphone n’arrête
pas de sonner…»
Le phénomène coïncide, selon elle,
avec le déclin de spécialisations auparavant très
convoitées, comme celles du secteur des nouvelles technologies
de l’information et des communications (NTIC). «Il y a un
an, l’informatique et les télécommunications étaient
les secteurs les plus en vogue. Aujourd’hui, la demande de main-d’œuvre
y a beaucoup diminué.»
Sophie Fortier, directrice des opérations chez Ancia, une entreprise
de placement de la région de Québec, partage cet avis. «Nous
avons encore une demande pour les postes reliés au secteur de l’informatique,
mais ça n’a rien à voir avec ce qu’on a connu
il y a un ou deux ans.»
Elle remarque par contre qu’il y a de grands besoins pour tous
les postes reliés au service à la clientèle, au secrétariat
et à l’administration. «Dans ces domaines, les entreprises
ont beaucoup de mal à trouver des candidats bilingues, dit-elle.
Ils sont rares. On assiste aussi à une pénurie de travailleurs
en ressources humaines.»
Chacun son agence
On compte près de 200 agences de placement au Québec, dont
la moitié sont spécialisées dans des secteurs d’activité
bien précis — notamment les domaines juridique, manufacturier,
bancaire, biopharmaceutique, du commerce de détail, des services
aux entreprises, des assurances, des technologies de l’information
et des télécommunications. Plusieurs agences offrent aussi
des services d’affectation temporaire de main-d’œuvre.
«Tous les secteurs d’activité peuvent un jour ou l’autre
faire appel aux services d’une entreprise de placement», explique
Richard Dufour, président sortant de la division québécoise
de l’Association nationale des entreprises de placement et de recrutement
de personnel. Il est aussi président de la firme de consultants
en personnel Logipro, spécialisée dans l’industrie
du camionnage et du transport en général. «Les agences
embauchent des consultants très au courant des tendances du milieu.
Souvent, elles sont mieux placées que leur client pour faire des
choix éclairés.»
Ainsi, certaines entreprises dépensent beaucoup de sous pour pourvoir
à un poste… sans que les résultats ne soient probants
pour autant. «Elles annoncent dans les mauvais médias et
ciblent les mauvais candidats, poursuit Richard Dufour. Passer des entrevues
à la chaîne est un métier en soi! Il faut avoir les
techniques et les connaissances pour découvrir la perle rare.»
De plus en plus populaire depuis que les entreprises fusionnent à
tout vent, l’affectation temporaire de personnel est également
un outil qui permet aux entreprises de fonctionner de façon plus
efficace. Lorsqu’une surcharge imprévue de travail arrive,
ou qu’un employé doit s’absenter, les entreprises font
appel à des employés temporaires.
Or, les grandes agences de placement sont de plus en plus nombreuses
à embaucher leur propre main-d’œuvre, qu’elles
louent aux entreprises dans le cadre de projets d’affectation temporaire,
quand «rapidité» rime avec «survie»…
«Par exemple, lorsqu’une employée quitte pour un congé
de maladie, l’entreprise a besoin d’un remplaçant,
et elle en a besoin tout de suite», explique Nathalie Barrette,
directrice de division aux bureaux montréalais d’Office Team,
une entreprise de placement et d’affectation temporaire internationale.
«Nous envoyons un employé la journée même, de
sorte que le travail continue sans
à-coups.»
Les employés temporaires sont rémunérés par
l’entreprise de placement, et non par le client. Ils peuvent ainsi
passer d’une entreprise à l’autre sans avoir à
remplir les formalités administratives reliées à
leur embauche. «Pour les employés, c’est une façon
très intéressante de “magasiner” parmi les différents
secteurs. Une adjointe administrative peut très bien réaliser
qu’elle préfère travailler dans une banque que dans
un bureau d’avocats, par exemple.» Les employés peuvent
être affectés à une entreprise pour une durée
d’un jour à un an et demi, selon le besoin du client.
Du côté de l’affectation temporaire, c’est le
secteur des services administratifs qui est extrêmement sollicité.
«Les candidats qui viennent porter leur CV chez nous peuvent se
retrouver au travail dès le lendemain, poursuit Nathalie Barrette.
Les gens sont parfois surpris de la vitesse à laquelle bougent
les choses dans le domaine!»
Une machine bien rodée
Lorsqu’une agence de placement reçoit un mandat de recherche
de la part d’une entreprise cliente, tout son réseau de contacts
se met en branle. Bases de données informatiques, sites Internet
d’offres de main-d’œuvre, annonces dans les journaux
spécialisés : le choix des armes dépendra de la nature
du poste à pourvoir.
«Soit nous fouillons dans nos banques de données qui sont
constituées des candidats nous ayant contactés au cours
de la dernière année, soit nous entreprenons une recherche
de type chasseur de têtes, explique Sophie Fortier, de la firme
Ancia.
«Quand nous cherchons un candidat très spécialisé,
nous n’avons pas le choix d’être proactifs, poursuit-elle.
On ne lance pas des perches à gauche et à droite pour ensuite
attendre les résultats. On cible directement des types d’organisations,
et on appelle les bons candidats, ceux qui ont le genre de formation et
d’expérience que notre client recherche.»
Dans le cadre d’un mandat plus général, la procédure
suit une série d’étapes permettant de séparer
le bon grain de l’ivraie. Dans un premier temps, les entreprises
de placement annoncent les postes disponibles dans leur site Web, ainsi
que dans des sites d’offre et de recherche d’emploi. Parallèlement,
elles font aussi des recherches dans leurs banques de candidats. Une fois
ces étapes terminées, les têtes chercheuses se retrouvent
avec une pile de CV : les candidats les plus intéressants sont
alors convoqués en entrevue, et doivent aussi passer les tests
requis par l’employeur [voir encadré en p.20]. «À
la lumière de tous ces résultats, nous envoyons à
notre client les deux ou trois meilleurs candidats, et ce sera à
lui de faire le choix final, explique Sophie Fortier. En période
de pénurie de main-d’œuvre, il peut arriver que nous
ne présentions qu’une seule candidature au client.»
Ce qui est une excellente nouvelle… pour le futur employé.
Les entreprises doivent alors délier les cordons de leur bourse
pour séduire le valeureux candidat. Les candidats qualifiés
sont de plus en plus nombreux à se retrouver en position de force
par rapport aux employeurs. C’est le phénomène du
balancier qui se manifeste, croit Sophie Fortier. «Depuis environ
un an, ce sont les employés qui ont le gros bout du bâton.
On commence à sentir les effets de la rareté de la main-d’œuvre
causée par le vieillissement de la population.»
Une agence de placement vous contacte? C’est peut-être le
moment idéal de demander, en plus d’un salaire satisfaisant,
la semaine de quatre jours. Ou un mois de vacances. Ou une voiture de
fonction. Ou un budget de dépenses. Ou…
[Dans le bain]
Histoire de créer des liens de confiance avec leurs clients, les
entreprises de placement essaient de ne pas trop s’éparpiller
géographiquement. Elles préfèrent cibler un territoire
en particulier et le connaître à fond. Ancia, par exemple,
couvre la grande région de Québec, alors qu’Office
Team se concentre sur la région montréalaise. «Les
entreprises de placement se doivent de bâtir des relations d’affaires
locales pour bien comprendre la dynamique et les besoins propres à
la région, explique Sophie Fortier, directrice des opérations
chez Ancia. En revanche, nous avons un réseau de partenaires à
travers la province. De sorte que si un client de Québec veut embaucher
un employé à Montréal, nous envoyons la demande à
un de nos partenaires de la région.» Et vice versa.
[Pour qui? Pourquoi?]
Qu’est-ce qui pousse un employeur à se tourner vers une
entreprise de placement pour pourvoir à des postes vacants? C’est,
en premier lieu, une question d’efficacité. «Bien souvent,
les entreprises n’ont ni le temps ni les ressources nécessaires
pour chercher des candidats, leur faire passer des tests, etc.»,
explique Richard Dufour, président sortant de la division québécoise
de l’Association nationale des entreprises de placement et de recrutement
de personnel. Richard Dufour ne compte plus les occasions où, après
avoir cherché la perle rare pendant des semaines, des entreprises
se sont finalement décidées à faire appel à
ses services.
La perle rare est fréquemment mieux cachée qu’on
ne le pense… Sophie Fortier, directrice des opérations chez
Ancia, explique qu’il lui faut souvent appeler chez les concurrents
de ses clients pour débusquer un candidat potentiel. «C’est
tout un art, confie-t-elle. Mais je suis en meilleure position que mes
clients pour faire de tels appels.» En effet, on imagine mal un
employeur appeler chez son concurrent immédiat pour parler à
un candidat.
En plus d’épargner du temps, les compagnies qui font appel
aux entreprises de placement économisent aussi de l’argent.
«Bien souvent, les PME de quelques employés n’ont tout
simplement pas les moyens de se doter d’un département des
ressources humaines. Pour ces entreprises, la recherche de candidats est
un fardeau, poursuit Richard Dufour. Nous sommes comme un département
des ressources humaines, disponible sur appel!»
«De toute façon, les entreprises ne sont pas tout le temps
en mode “embauche”, dit Sophie Fortier. Alors elles trouvent
qu’il est bien plus avantageux de sous-traiter avec nous. Pour elles,
c’est une économie sur toute la ligne.»
Il arrive également que ce soit les candidats qui, histoire de
maximiser leurs chances, contactent directement les agences de placement.
«Ça nous fait toujours plaisir d’inscrire de nouveaux
candidats dans nos bases de données, explique Sophie Fortier. C’est
un service gratuit qui profite à tout le monde, à nous,
aux clients et aux candidats.» L’inscription dans la base
de données d’une agence ne signifie pas que le téléphone
va sonner tout seul… Il ne faut pas arrêter de se chercher
un emploi pour autant.
La plupart des entreprises de placement conservent les candidatures pour
une période de 6 à 12 mois. Comme il n’en coûte
habituellement rien pour proposer sa candidature, il est conseillé
de faire affaire avec plusieurs agences à la fois. Les Pages Jaunes
et les sites de recherche dans Internet constituent un bon point de départ
pour la recherche d’entreprises de placement, tant pour celles qui
sont spécialisées que celles qui s’occupent de tous
les types d’emplois.
[Passer le test]
De toutes les méthodes permettant d’évaluer un candidat
à l’emploi, les tests psychométriques sont les plus
utilisés au Québec. Ces tests consistent en une série
de questions qui cherchent à évaluer l’activité
intellectuelle générale du candidat, ou encore certaines
qualités particulières — le raisonnement, la richesse
verbale, l’aptitude à la formation de concepts, la visualisation
spatiale, les aptitudes numériques, la mémoire, la créativité,
etc.
Plusieurs tests psychométriques sont disponibles dans Internet,
mais sachez que pour être vraiment significatifs, les résultats
doivent être interprétés par une personne compétente
(un psychologue ou un conseiller d’orientation).
Selon les exigences de l’emploi à pourvoir, il arrive aussi
que les entreprises de placement fassent subir aux candidats des tests
d’habileté manuelle ou technique (un test de soudure pour
un poste de soudeur, par exemple), des tests de langues (êtes-vous
réellement bilingue?) ou de compétences en informatique.
Les examens médicaux et le dépistage de drogues et d’alcool
sont utilisés surtout pour des emplois où les niveaux de
sécurité sont élevés. Dans le domaine du transport,
par exemple, ils sont même requis par la loi.
Il existe plusieurs autres méthodes d’évaluation.
Les tests de personnalité, entre autres, se présentent sous
la forme d’un questionnaire, d’une situation projective (un
arbre à dessiner, un village à construire), ou encore d’images
à classer ou à interpréter. Les tests de groupe,
pour leur part, rassemblent les derniers candidats en lice. Les participants
sont invités à s’exprimer dans le cadre d’un
jeu de rôles, dévoilant ainsi une partie de leur comportement
et de leur personnalité. Les tests de situation visent quant à
eux à intégrer les éléments du travail à
accomplir et ceux de la personnalité du candidat. Ils tentent de
mettre le postulant dans la situation la plus proche de sa future tâche
professionnelle.
Cependant, ces méthodes sont fort peu utilisées au Québec.
Une question de culture et de tendances, croit Johanne Blanchard, directrice
de recrutement chez Affiliates, une firme spécialisée en
personnel juridique : «Nos clients commencent à peine à
nous demander des tests psychométriques. C’est la mode. Avant,
seuls des tests d’habiletés techniques étaient exigés.»
Certains tests se révèlent trop coûteux en temps.
C’est le cas de la graphologie, qui consiste à examiner l’écriture
d’une personne afin de déterminer son tempérament
et ses aptitudes. «Pour faire une vraie étude graphologique,
les rencontres doivent s’étendre sur plusieurs mois pour
analyser l’évolution du candidat et le processus comporte
une grande quantité de productions écrites, explique Sophie
Fortier, directrice des opérations chez Ancia. Nous n’avons
généralement pas le temps de faire de tels tests, étant
donné la rapidité avec laquelle il faut répondre
aux besoins de nos clients.»
(N. B. et É. G.)