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  [Les agences de placement]
Pour viser juste
par Nicolas Bérubé

Le Québec bat des records de création d’emplois depuis le début de l’année. Dans certains secteurs, la demande de main-d’œuvre se fait particulièrement pressante et un nombre grandissant d’employeurs font appel aux entreprises de placement — une méthode qui leur permet de trouver la perle rare plus facilement, et plus rapidement.

Têtes chercheuses chargées de dénicher les meilleurs employés pour leurs clients en manque de bras ou de cerveaux, les entreprises de placement sont à l’affût de tout ce qui bouge, et surtout de tout ce qui bouge vite dans le domaine de l’emploi. Elles sont donc souvent les premières à flairer les nouvelles tendances qui s’y dessinent.

Actuellement, la reprise économique des derniers mois se fait surtout sentir dans quatre domaines précis : «La finance, la comptabilité, le pharmaceutique et le marketing sont les secteurs où il y a le plus de demande», lance sans hésitation Karen Groom, présidente de Groom et Associés, une entreprise de placement de Montréal. «Ce sont des secteurs qui évoluent très rapidement et les entreprises s’arrachent les candidats qualifiés et compétents. Le téléphone n’arrête pas de sonner…»


Le phénomène coïncide, selon elle, avec le déclin de spécialisations auparavant très convoitées, comme celles du secteur des nouvelles technologies de l’information et des communications (NTIC). «Il y a un an, l’informatique et les télécommunications étaient les secteurs les plus en vogue. Aujourd’hui, la demande de main-d’œuvre y a beaucoup diminué.»

Sophie Fortier, directrice des opérations chez Ancia, une entreprise de placement de la région de Québec, partage cet avis. «Nous avons encore une demande pour les postes reliés au secteur de l’informatique, mais ça n’a rien à voir avec ce qu’on a connu il y a un ou deux ans.»

Elle remarque par contre qu’il y a de grands besoins pour tous les postes reliés au service à la clientèle, au secrétariat et à l’administration. «Dans ces domaines, les entreprises ont beaucoup de mal à trouver des candidats bilingues, dit-elle. Ils sont rares. On assiste aussi à une pénurie de travailleurs en ressources humaines.»

Chacun son agence
On compte près de 200 agences de placement au Québec, dont la moitié sont spécialisées dans des secteurs d’activité bien précis — notamment les domaines juridique, manufacturier, bancaire, biopharmaceutique, du commerce de détail, des services aux entreprises, des assurances, des technologies de l’information et des télécommunications. Plusieurs agences offrent aussi des services d’affectation temporaire de main-d’œuvre.

«Tous les secteurs d’activité peuvent un jour ou l’autre faire appel aux services d’une entreprise de placement», explique Richard Dufour, président sortant de la division québécoise de l’Association nationale des entreprises de placement et de recrutement de personnel. Il est aussi président de la firme de consultants en personnel Logipro, spécialisée dans l’industrie du camionnage et du transport en général. «Les agences embauchent des consultants très au courant des tendances du milieu. Souvent, elles sont mieux placées que leur client pour faire des choix éclairés.»

Ainsi, certaines entreprises dépensent beaucoup de sous pour pourvoir à un poste… sans que les résultats ne soient probants pour autant. «Elles annoncent dans les mauvais médias et ciblent les mauvais candidats, poursuit Richard Dufour. Passer des entrevues à la chaîne est un métier en soi! Il faut avoir les techniques et les connaissances pour découvrir la perle rare.»

De plus en plus populaire depuis que les entreprises fusionnent à tout vent, l’affectation temporaire de personnel est également un outil qui permet aux entreprises de fonctionner de façon plus efficace. Lorsqu’une surcharge imprévue de travail arrive, ou qu’un employé doit s’absenter, les entreprises font appel à des employés temporaires.

Or, les grandes agences de placement sont de plus en plus nombreuses à embaucher leur propre main-d’œuvre, qu’elles louent aux entreprises dans le cadre de projets d’affectation temporaire, quand «rapidité» rime avec «survie»… «Par exemple, lorsqu’une employée quitte pour un congé de maladie, l’entreprise a besoin d’un remplaçant, et elle en a besoin tout de suite», explique Nathalie Barrette, directrice de division aux bureaux montréalais d’Office Team, une entreprise de placement et d’affectation temporaire internationale. «Nous envoyons un employé la journée même, de sorte que le travail continue sans
à-coups.»

Les employés temporaires sont rémunérés par l’entreprise de placement, et non par le client. Ils peuvent ainsi passer d’une entreprise à l’autre sans avoir à remplir les formalités administratives reliées à leur embauche. «Pour les employés, c’est une façon très intéressante de “magasiner” parmi les différents secteurs. Une adjointe administrative peut très bien réaliser qu’elle préfère travailler dans une banque que dans un bureau d’avocats, par exemple.» Les employés peuvent être affectés à une entreprise pour une durée d’un jour à un an et demi, selon le besoin du client.

Du côté de l’affectation temporaire, c’est le secteur des services administratifs qui est extrêmement sollicité. «Les candidats qui viennent porter leur CV chez nous peuvent se retrouver au travail dès le lendemain, poursuit Nathalie Barrette. Les gens sont parfois surpris de la vitesse à laquelle bougent les choses dans le domaine!»

Une machine bien rodée
Lorsqu’une agence de placement reçoit un mandat de recherche de la part d’une entreprise cliente, tout son réseau de contacts se met en branle. Bases de données informatiques, sites Internet d’offres de main-d’œuvre, annonces dans les journaux spécialisés : le choix des armes dépendra de la nature du poste à pourvoir.

«Soit nous fouillons dans nos banques de données qui sont constituées des candidats nous ayant contactés au cours de la dernière année, soit nous entreprenons une recherche de type chasseur de têtes, explique Sophie Fortier, de la firme Ancia.

«Quand nous cherchons un candidat très spécialisé, nous n’avons pas le choix d’être proactifs, poursuit-elle. On ne lance pas des perches à gauche et à droite pour ensuite attendre les résultats. On cible directement des types d’organisations, et on appelle les bons candidats, ceux qui ont le genre de formation et d’expérience que notre client recherche.»

Dans le cadre d’un mandat plus général, la procédure suit une série d’étapes permettant de séparer le bon grain de l’ivraie. Dans un premier temps, les entreprises de placement annoncent les postes disponibles dans leur site Web, ainsi que dans des sites d’offre et de recherche d’emploi. Parallèlement, elles font aussi des recherches dans leurs banques de candidats. Une fois ces étapes terminées, les têtes chercheuses se retrouvent avec une pile de CV : les candidats les plus intéressants sont alors convoqués en entrevue, et doivent aussi passer les tests requis par l’employeur [voir encadré en p.20]. «À la lumière de tous ces résultats, nous envoyons à notre client les deux ou trois meilleurs candidats, et ce sera à lui de faire le choix final, explique Sophie Fortier. En période de pénurie de main-d’œuvre, il peut arriver que nous ne présentions qu’une seule candidature au client.»

Ce qui est une excellente nouvelle… pour le futur employé. Les entreprises doivent alors délier les cordons de leur bourse pour séduire le valeureux candidat. Les candidats qualifiés sont de plus en plus nombreux à se retrouver en position de force par rapport aux employeurs. C’est le phénomène du balancier qui se manifeste, croit Sophie Fortier. «Depuis environ un an, ce sont les employés qui ont le gros bout du bâton. On commence à sentir les effets de la rareté de la main-d’œuvre causée par le vieillissement de la population.»

Une agence de placement vous contacte? C’est peut-être le moment idéal de demander, en plus d’un salaire satisfaisant, la semaine de quatre jours. Ou un mois de vacances. Ou une voiture de fonction. Ou un budget de dépenses. Ou…


[Dans le bain]

Histoire de créer des liens de confiance avec leurs clients, les entreprises de placement essaient de ne pas trop s’éparpiller géographiquement. Elles préfèrent cibler un territoire en particulier et le connaître à fond. Ancia, par exemple, couvre la grande région de Québec, alors qu’Office Team se concentre sur la région montréalaise. «Les entreprises de placement se doivent de bâtir des relations d’affaires locales pour bien comprendre la dynamique et les besoins propres à la région, explique Sophie Fortier, directrice des opérations chez Ancia. En revanche, nous avons un réseau de partenaires à travers la province. De sorte que si un client de Québec veut embaucher un employé à Montréal, nous envoyons la demande à un de nos partenaires de la région.» Et vice versa.


[Pour qui? Pourquoi?]

Qu’est-ce qui pousse un employeur à se tourner vers une entreprise de placement pour pourvoir à des postes vacants? C’est, en premier lieu, une question d’efficacité. «Bien souvent, les entreprises n’ont ni le temps ni les ressources nécessaires pour chercher des candidats, leur faire passer des tests, etc.», explique Richard Dufour, président sortant de la division québécoise de l’Association nationale des entreprises de placement et de recrutement de personnel. Richard Dufour ne compte plus les occasions où, après avoir cherché la perle rare pendant des semaines, des entreprises se sont finalement décidées à faire appel à ses services.

La perle rare est fréquemment mieux cachée qu’on ne le pense… Sophie Fortier, directrice des opérations chez Ancia, explique qu’il lui faut souvent appeler chez les concurrents de ses clients pour débusquer un candidat potentiel. «C’est tout un art, confie-t-elle. Mais je suis en meilleure position que mes clients pour faire de tels appels.» En effet, on imagine mal un employeur appeler chez son concurrent immédiat pour parler à un candidat.

En plus d’épargner du temps, les compagnies qui font appel aux entreprises de placement économisent aussi de l’argent. «Bien souvent, les PME de quelques employés n’ont tout simplement pas les moyens de se doter d’un département des ressources humaines. Pour ces entreprises, la recherche de candidats est un fardeau, poursuit Richard Dufour. Nous sommes comme un département des ressources humaines, disponible sur appel!»

«De toute façon, les entreprises ne sont pas tout le temps en mode “embauche”, dit Sophie Fortier. Alors elles trouvent qu’il est bien plus avantageux de sous-traiter avec nous. Pour elles, c’est une économie sur toute la ligne.»

Il arrive également que ce soit les candidats qui, histoire de maximiser leurs chances, contactent directement les agences de placement. «Ça nous fait toujours plaisir d’inscrire de nouveaux candidats dans nos bases de données, explique Sophie Fortier. C’est un service gratuit qui profite à tout le monde, à nous, aux clients et aux candidats.» L’inscription dans la base de données d’une agence ne signifie pas que le téléphone va sonner tout seul… Il ne faut pas arrêter de se chercher un emploi pour autant.

La plupart des entreprises de placement conservent les candidatures pour une période de 6 à 12 mois. Comme il n’en coûte habituellement rien pour proposer sa candidature, il est conseillé de faire affaire avec plusieurs agences à la fois. Les Pages Jaunes et les sites de recherche dans Internet constituent un bon point de départ pour la recherche d’entreprises de placement, tant pour celles qui sont spécialisées que celles qui s’occupent de tous les types d’emplois.


[Passer le test]

De toutes les méthodes permettant d’évaluer un candidat à l’emploi, les tests psychométriques sont les plus utilisés au Québec. Ces tests consistent en une série de questions qui cherchent à évaluer l’activité intellectuelle générale du candidat, ou encore certaines qualités particulières — le raisonnement, la richesse verbale, l’aptitude à la formation de concepts, la visualisation spatiale, les aptitudes numériques, la mémoire, la créativité, etc.

Plusieurs tests psychométriques sont disponibles dans Internet, mais sachez que pour être vraiment significatifs, les résultats doivent être interprétés par une personne compétente (un psychologue ou un conseiller d’orientation).

Selon les exigences de l’emploi à pourvoir, il arrive aussi que les entreprises de placement fassent subir aux candidats des tests d’habileté manuelle ou technique (un test de soudure pour un poste de soudeur, par exemple), des tests de langues (êtes-vous réellement bilingue?) ou de compétences en informatique. Les examens médicaux et le dépistage de drogues et d’alcool sont utilisés surtout pour des emplois où les niveaux de sécurité sont élevés. Dans le domaine du transport, par exemple, ils sont même requis par la loi.

Il existe plusieurs autres méthodes d’évaluation. Les tests de personnalité, entre autres, se présentent sous la forme d’un questionnaire, d’une situation projective (un arbre à dessiner, un village à construire), ou encore d’images à classer ou à interpréter. Les tests de groupe, pour leur part, rassemblent les derniers candidats en lice. Les participants sont invités à s’exprimer dans le cadre d’un jeu de rôles, dévoilant ainsi une partie de leur comportement et de leur personnalité. Les tests de situation visent quant à eux à intégrer les éléments du travail à accomplir et ceux de la personnalité du candidat. Ils tentent de mettre le postulant dans la situation la plus proche de sa future tâche professionnelle.

Cependant, ces méthodes sont fort peu utilisées au Québec. Une question de culture et de tendances, croit Johanne Blanchard, directrice de recrutement chez Affiliates, une firme spécialisée en personnel juridique : «Nos clients commencent à peine à nous demander des tests psychométriques. C’est la mode. Avant, seuls des tests d’habiletés techniques étaient exigés.»

Certains tests se révèlent trop coûteux en temps. C’est le cas de la graphologie, qui consiste à examiner l’écriture d’une personne afin de déterminer son tempérament et ses aptitudes. «Pour faire une vraie étude graphologique, les rencontres doivent s’étendre sur plusieurs mois pour analyser l’évolution du candidat et le processus comporte une grande quantité de productions écrites, explique Sophie Fortier, directrice des opérations chez Ancia. Nous n’avons généralement pas le temps de faire de tels tests, étant donné la rapidité avec laquelle il faut répondre aux besoins de nos clients.»

(N. B. et É. G.)


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